Hypothèque inversée: mythes et réalités

Publié le 24/01/2020 à 10:14

Hypothèque inversée: mythes et réalités

Publié le 24/01/2020 à 10:14

Par Institut québécois de planification financière
Une maison et un signe de dollar avec des flèches circulaires.

(Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Selon un sondage effectué par la firme Mintel, 43% des Canadiens ont moins de 100 000$ en épargne-retraite et seulement 6% sont en bonne position financière pour prendre leur retraite. Le manque d’épargne pour atteindre les objectifs de retraite est critique. De plus en plus de Canadiens considèrent l’option d’une hypothèque inversée. Mais de quoi s’agit-il?

Une hypothèque inversée, c’est un prêt qui permet d’accéder à une somme d’argent en fonction de la valeur de sa propriété, sans avoir à la vendre. Contrairement à une hypothèque traditionnelle obtenue auprès des institutions financières, aucun remboursement de capital ou versement d’intérêts n’est nécessaire tant et aussi longtemps que l’on est propriétaire de sa maison.

Pour être admissible, il faut être propriétaire et être âgé d’au moins 55 ans. Il ne faut plus détenir aucun autre prêt sur la propriété. Sous certaines conditions, on peut aller chercher jusqu’à 55% de la valeur de la maison. Certaines institutions exigent que la propriété ait une valeur minimum, par exemple 250 000$. On peut obtenir une hypothèque inversée auprès de courtiers hypothécaires indépendants.

Les avantages d’une hypothèque inversée sont que l’individu demeure propriétaire de sa maison, en utilise la valeur et n’a aucun remboursement à effectuer tant qu’il est propriétaire. Les seules dépenses à assumer seront l’entretien, l’assurance habitation ainsi que les taxes municipales et scolaires.

Les inconvénients d’une hypothèque inversée sont que leurs taux hypothécaires sont au moins 1% plus élevés que les taux hypothécaires traditionnels. Aussi, les intérêts s’accumulent et de l’intérêt est calculé sur l’intérêt. C’est donc l’institution qui a émis l’hypothèque inversée qui profite de l’intérêt composé.

Au décès, la succession doit rembourser le solde total du prêt, incluant l’intérêt cumulé. Si le conjoint copropriétaire est encore en vie, le prêt peut être maintenu jusqu’au deuxième décès.

Le temps qui est accordé pour rembourser une hypothèque inversée peut varier. Par exemple, la succession peut se voir accorder un délai de 180 jours pour rembourser l’hypothèque.

Aussi, si l’individu déménage en centre de soins de longue durée, la banque peut exiger le remboursement de l’hypothèque inversée.

Finalement, les frais d’évaluation de la propriété ainsi que les frais juridiques (honoraires du notaire, frais de clôture du dossier) doivent être payés par le propriétaire.

 

Un exemple d'hypothèque inversée

Prenons l’exemple de Patrick, 55 ans, qui désire explorer l’option de l’hypothèque inversée.

La valeur de sa propriété est de 450 000$ et son courtier hypothécaire lui propose une hypothèque inversée d’un montant de 150 000$. Patrick désire évaluer le coût, en intérêts, d’un tel choix, considérant qu’il veut garder sa maison pendant au moins 20 ans encore. Le taux d’intérêt sera de 5,59% pour les cinq premières années et augmentera légèrement tous les cinq ans pour atteindre 6,34% au cours des cinq dernières années.

Rappelons que Patrick n’aura aucune obligation de remboursement tant qu’il est propriétaire de sa maison. L’intérêt s’accumulera donc et s’ajoutera au montant emprunté. La première année, Patrick verra sa dette passer de 150 000$ à 158 502$. L’année suivante, l’intérêt sera calculé sur ce nouveau montant, et ainsi de suite. Au bout de 20 ans, l’intérêt accumulé sera de 335 972$. Ajoutons le montant emprunté de 150 000$, et la dette totale de Patrick devient 485 972$. Si l’on pose comme hypothèse que l’augmentation de la valeur marchande de la propriété est de 2 % par an, à ce moment la propriété de Patrick vaudra 668 676$. Une fois la dette de l’hypothèque inversée payée, il lui restera 182 704$.

Cette solution peut donc sembler avantageuse, mais Patrick devrait se poser quelques questions avant d’aller de l’avant :

 

  • Contracter une marge de crédit hypothécaire avec un taux d’intérêt moins élevé ne serait-elle pas une solution de rechange, même s’il aurait un paiement minimum à effectuer chaque mois?
  • Ne serait-il pas plus intéressant pour Patrick de vendre sa propriété, garder 150 000$ dans ses poches et utiliser le reste du montant pour acheter plus petit?
  • Quel est l’impact des intérêts à payer à la vente de la propriété sur l’héritage qu’il veut laisser à sa succession?
  • Comment cette somme de 150 000$ s’inscrit-elle dans les projets de retraite de Patrick?

 

L’hypothèque inversée peut sembler une stratégie intéressante et elle est proposée par des institutions financières canadiennes spécialisées. Ces institutions sont soumises aux réglementations du Canada. Mais le mieux serait d’obtenir les conseils d’un planificateur financier avant de prendre ce genre de décision, afin de vous assurer qu’il s’agit bien de la meilleure solution pour vous.

 

Amine Chbani, MBA, Pl. Fin.

 

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