Réduire l'impôt sur vos revenus de placement


Édition du 19 Mai 2018

Réduire l'impôt sur vos revenus de placement


Édition du 19 Mai 2018

Par Raymond Kerzérho

Une stratégie de placement centrée uniquement sur la minimisation de l’impôt risque fort de s’avérer contre-productive.

Pour de nombreux citoyens, l'impôt sur le revenu est la plus importante dépense au budget, suivie de près par le logement. Pour un résident du Québec, le taux effectif d'imposition sur un revenu d'emploi de 100 000 $ est d'environ 30 %. Pour un résident de l'Ontario, ce taux est de 25 % (N.B. ces deux chiffres ne doivent pas être comparés directement, car les crédits et les déductions d'impôt ne sont pas les mêmes dans les deux provinces). Par comparaison, selon Statistique Canada, les Canadiens allouent en moyenne environ 27 % de leur budget au logement. Il est donc normal de se soucier de l'impôt.

Les facteurs à prendre en considération

Si vous détenez un portefeuille de placement en-dehors d'un régime enregistré (REER, FEER, CELI), le rendement qui compte vraiment pour vous est le rendement après impôt. La construction du portefeuille procurant ce rendement devrait tenir compte du traitement fiscal des revenus d'intérêt, des dividendes admissibles de sociétés canadiennes, des dividendes de sociétés étrangères et des gains en capital, le tout contextualisé selon votre situation personnelle (fourchette d'imposition, profil de carrière, participation à une caisse de retraite, actifs importants dans des comptes enregistrés, objectifs financiers et de vie, etc.)

Les outils de placement fiscalement avantageux

C'est ici qu'interviennent les outils de placement « fiscalement avantageux ». Ces outils appartiennent le plus souvent à l'un des deux types suivants : les produits structurés et les produits d'assurance-vie. Les produits structurés incorporent des produits dérivés (contrats à terme, swaps et options) pour minimiser les types de revenus de placement le plus lourdement imposés (intérêts et dividendes) et fournir des rendements sous des formes plus avantageuses du point de vue fiscal, le plus souvent par l'entremise de gains en capital reportés. Les produits d'assurance-vie vont, de leur côté, tirer profit du fait que les réclamations ne sont pas imposables, en créant un produit hybride intégrant à la fois un outil de placement et une police d'assurance-vie.

Minimiser les impôts n'est pas le seul facteur de réussite

Prenez garde ! Bien qu'il soit important de choisir des outils de placement le moins imposés possible, il faut aussi tenir compte de plusieurs autres facteurs dans la construction de votre portefeuille. Trop souvent, les produits structurés et d'assurance-vie fiscalement avantageux comportent de grandes lacunes. Leurs frais de gestion sont souvent élevés, ce qui peut annuler les gains qu'ils permettent de réaliser sur la fiscalité. Autre défaut, l'achat du produit vous engage à long terme, sans possibilité de liquider le placement, sauf peut-être à grands frais. Finalement, il est fréquent que le produit s'appuie sur un ensemble d'actions et d'obligations peu diversifié.

Ma liste de vérification

Personnellement, une approche de placement centrée sur la minimisation des impôts me fait un peu grincer des dents. À mes yeux, se concentrer uniquement sur cet objectif risque de causer des erreurs graves dans d'autres aspects importants de la gestion de portefeuille. Voici donc une brève liste de questions que vous devriez poser lorsque vous considérez un outil de placement :

> Le produit améliore-t-il la diversification par titres, par secteurs et à l'échelle mondiale du portefeuille ?

> Le produit comporte-t-il des frais de gestion compétitifs ? Selon nos analyses, un portefeuille équilibré offre un rendement espéré à long terme avoisinant les 5 % avant les frais et les impôts. Ne laissez pas le ver manger le poisson. Des frais qui dépassent 0,50 % disqualifient tout produit à mes yeux.

> Est-ce que le produit cadre bien avec mon portefeuille existant ? Que m'apporte-t-il de plus que je n'ai pas en ce moment ?

> Le produit est-il efficace sur le plan de la fiscalité ? Pour moi, cela signifie de payer ma juste part d'impôt, et pas plus. Par exemple, les produits qui versent de très importants dividendes (plutôt que des gains en capital) de source étrangère sont très peu efficaces, car ces dividendes sont pleinement imposés au taux des revenus ordinaires.

> Est-ce que le produit est simple, facile à comprendre ? Je suis très méfiant face aux produits qui sont complexes.

> Suis-je libre de liquider le placement à tout moment et à peu de frais si je n'en suis pas satisfait ?

> Le produit offre-t-il la transparence ? Serai-je informé régulièrement du rendement réalisé sur mon placement ? L'information à propos du produit est-elle mise à jour régulièrement ? Est-elle facilement disponible ? Est-elle présentée de façon à la fois complète et concise ? Cette information est-elle facile à comprendre ?

Conclusion

Je comprends totalement les investisseurs exaspérés par le coût de l'impôt sur le revenu, qui constitue la principale dépense de la plupart des Canadiens dont les revenus sont de moyens à élevés. Toutefois, une stratégie de placement centrée uniquement sur la minimisation de l'impôt risque fort de s'avérer contre-productive. La vie d'un investisseur est un long voyage. Pour vous rendre à bon port, votre portefeuille doit intégrer harmonieusement la recherche du rendement, la gestion du risque, le contrôle des frais et des impôts, tout en tenant compte de vos objectifs de vie.

Expert-invité
Raymond Kerzérho CFA, MBA, est le directeur de la recherche de PWL Capital. Il enseigne également la finance à l’Université McGill.

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