Notre réussite économique passe par l’éducation dès la petite enfance

Publié le 24/02/2017 à 14:55

Marcelin Joanis est professeur de sciences économiques à l’École Polytechnique de Montréal, éditeur du Québec économique et père de deux enfants d’âge préscolaire. Il nous parle de l’importance de l’éducation dès la petite enfance pour assurer au Québec un avenir prospère.

Quel lien faites-vous entre le bon développement de nos tout-petits et la prospérité du Québec ?

Un lien fondamental, qui passe par l’éducation. Les pays qui ont connu une accélération de leur développement ont en commun d’avoir appuyé fortement sur le levier qu’est l’éducation. C’est particulièrement vrai pour une petite nation comme le Québec. Notre succès reposera sur le fait d’être un réservoir de main-d’œuvre hautement qualifiée. Notre réussite économique passe donc par ce que nous faisons en éducation.

Et pour vous, il faut se préoccuper d’éducation dès la petite enfance ?

Oui, par la mise en place d’un réseau de services de garde dont le programme d’éducation prépare nos enfants à l’école primaire.

La caractéristique de l’approche québécoise, c’est le développement d’un réseau public de centres de la petite enfance (CPE), qui est le prolongement de l’école publique. Et celle-ci a joué un rôle indéniable dans le redémarrage de l’économie québécoise dans les années 1960.

Je crois donc qu’il faut poursuivre le développement de ce réseau. L’accès à une place en CPE demeure difficile dans certains milieux, alors qu’au départ, on visait un accès universel. Les CPE subissent également des coupes budgétaires importantes.

J’interprète aussi la modulation des tarifs en fonction du revenu comme un facteur incitatif pour que les familles plus fortunées se tournent vers les garderies privées au lieu d’opter pour le service public. C’est un changement de cap majeur par rapport au projet d’origine, et c’est à mes yeux une erreur de parcours.

Le portrait 2016 de l’Observatoire des tout-petits note une amélioration de la situation économique des jeunes familles : de 2004 à 2013, la proportion d’enfants de 0 à 5 ans vivant dans une famille à faible revenu est passée de 18,5 % à 12,9 %. Le Québec de 2017 est-il devenu un paradis pour les familles ?

Il y a quelques années, on se vantait au Québec d’avoir des politiques très généreuses à l’égard de la famille. Or, quand on considère le choc tarifaire que constitue pour les familles de la classe moyenne la modulation des tarifs des services de garde, combiné au recul du fédéral sur la question du fractionnement du revenu (qui favorisait les jeunes familles), on reçoit le signal que les jeunes familles de la classe moyenne sont un groupe qui n’est pas ciblé de façon positive.

Il y a un décalage entre le discours et les politiques qui sont adoptées. Tout le monde se dit en faveur du soutien aux enfants et de l’aide à la classe moyenne, mais les familles avec de jeunes enfants sont frappées assez durement, et ça m’inquiète. On s’éloigne de politiques qui visent à favoriser la famille, alors que dans un contexte de vieillissement de la population, on s’attendrait plutôt à des politiques favorisant une natalité plus forte et de bonnes conditions de développement des jeunes enfants.

Croyez-vous que le milieu québécois des affaires a un rôle à jouer pour mettre en place des conditions favorables aux jeunes enfants ?

Oui. Le réseau des CPE a besoin de l’appui de la communauté d’affaires pour faire valoir le rôle important qu’il joue pour assurer une éducation de qualité dès la petite enfance.

Pendant des années, le Québec a voulu se distinguer de ses voisins par ses politiques favorables à la famille. Or, ces politiques s’affaiblissent. J’aimerais que nos gens d’affaires prennent la parole pour ramener la famille parmi nos grandes orientations en tant que société.

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