Comptez sur les promesses américaines pour rebondir

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Février 2021

Comptez sur les promesses américaines pour rebondir

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Février 2021

Par François Normand

(Photo: 123RF)

Les deux plans de relance économique du gouvernement du nouveau président des États-Unis, Joe Biden, représentent une véritable manne d’occasions pour les entreprises québécoises dans les prochaines années. Comment les gens d’affaires d’ici profiteront-ils des 1900 milliards de dollars américains (G$ US) promis pour la reprise économique américaine et des 2000 G$ US pour mener la lutte aux changements climatiques ? Ils devront à la fois déjouer le renforcement du Buy American et surmonter les difficultés de faire du développement des affaires dans un contexte de pandémie.

Le président de Global Shave Clubs International, Sheldon Cwinn, voit le marché américain dans sa soupe depuis que le gouvernement Biden a annoncé sa stratégie pour relancer l’économie, car elle stimulera ses ventes aux États-Unis.

« Nos ventes y augmentent en moyenne de 15 % par année. En 2021, on prévoit toutefois qu’elles augmenteront de 20 % à 25 % ! » lâche-t-il au bout du fil. Cette PME montréalaise vend des rasoirs et des accessoires en ligne à des salons de barbiers et à des particuliers. Elle génère des revenus de 1,2 million de dollars, dont 75 % sont réalisés aux États-Unis.

C’est le plan de relance de 1900 $ US (2412 G$ CA) qui sera bénéfique à Global Shave Clubs International, s’il est adopté dans son intégralité par le Congrès. Il procurera notamment un chèque de 1400 $ US à chaque Américain, en plus de doubler le salaire minimum fédéral à 15 $ de l’heure. « Cet argent supplémentaire permettra à des gens de dépenser un peu plus », dit Sheldon Cwinn.

Puisque les démocrates contrôlent la Maison-Blanche et le Congrès (au moins jusqu’aux élections de mi-mandat, en novembre 2022), ils pourront faire adopter ce plan, même si les républicains peuvent retarder un peu le processus, disent les analystes politiques.

Robard Williams, vice-président principal à l’agence de crédit Moody’s, à New York, confirme que le plan Biden stimulera la consommation aux États-Unis. « Au total, le principal canal ayant un effet direct sur les entreprises du secteur privé — y compris les détaillants — est la consommation », écrit-il dans un courriel.

Il précise que ce plan s’additionne au Coronavirus Aid, Relief, and Economie Security Act de 2200 G$ US, approuvé en mars, pour aider l’économie américaine frappée de plein fouet par la pandémie de COVID-19.

La volonté du gouvernement Biden d’investir 2 000 G$ US dans un premier mandat pour lutter contre les changements climatiques représente aussi d’innombrables occasions d’affaires. Infrastructure, énergie renouvelable, transport en commun, bâtiment, industrie automobile… ce plan ratisse très large.

Pour le Québec, les occasions sont particulièrement intéressantes dans les secteurs de l’innovation, de la production d’électricité et des infrastructures, selon Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ). Les producteurs québécois d’énergie renouvelable Innergex et Boralex confirment que ce plan les aidera à croître davantage sur le marché américain.

« Il y avait déjà de belles occasions. Il y en aura plus, notamment par rapport au marché canadien », souligne Michel Letellier, PDG d’Innergex, qui exploite entre autres un parc d’énergie solaire au Texas.

Même son de cloche du côté de Boralex, qui exploite déjà des centrales hydroélectriques dans l’État de New York, en plus d’y avoir quatre projets de parc solaire en développement.

« La politique énergétique dépendait surtout des États. On va maintenant aligner la politique des États avec le gouvernement fédéral, ce qui facilitera le développement des projets », insiste le président et chef de la direction de Boralex, Patrick Decostre.

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec voit aussi d’un très bon œil les plans de relance, dans un pays où les producteurs américains de bois d’œuvre n’arrivent déjà pas à répondre à la demande locale, souligne son PDG Jean-François Samray.

« Le marché aura besoin davantage de bois pour construire et rénover des maisons, sans parler de la fabrication de coffrages pour couler du béton dans le secteur des infrastructures », dit-il.

Les dirigeants de BPDL (Béton préfabriqué du Lac) et du Groupe Canam ont expliqué à Les Affaires que les nouvelles dépenses pour construire et rénover les infrastructures aux États-Unis devraient se traduire par de nouveaux contrats pour leur entreprise.

Par contre, le renforcement du Buy American — une disposition qui impose un minimum de contenu local dans les projets financés par le gouvernement américain — risque de leur compliquer la vie.

 

Le Buy American et le développement des affaires

« Comme nous réalisons environ 40 % de nos ventes aux États-Unis, le Buy American pourrait nous affecter », confie le PDG de BPDL, Robert Bouchard, en précisant que l’acier sera sans doute visé en premier (les armatures fabriquées par l’entreprise d’Alma contiennent 80 % de béton et 20 % d’acier).

L’entreprise a deux options pour limiter les effets du Buy American. Soit elle achète davantage de composants aux États-Unis pour assembler des structures au Québec, soit elle fabrique davantage de structures à son usine d’Abington, au Massachusetts.

Le patron du Groupe Canam, Marc Dutil, fait face au même dilemme. À l’instar de BPDL, l’entreprise qui conçoit et fabrique des composants métalliques pour l’industrie nord-américaine de la construction pourrait elle aussi se rebattre davantage sur son usine aux États-Unis, située à Claremont, au New Hampshire.

Du reste, une société qui veut vraiment percer le marché américain devrait considérer la possibilité d’avoir une présence aux États-Unis, estime Vincent Allard, fondateur et président de CorpoMax, une PME du Delaware spécialisée dans la création de sociétés américaines et le dépôt de marques américaines. « Les Américains sont nationalistes, dit-il.

Donnez-leur ce qu’ils veulent, soit de faire affaire avec une société américaine, qui a une adresse américaine, qui paie en dollars américains, et qui a un numéro 1-800. »Les avis sont partagés à ce sujet. Pour profiter des occasions d’affaires à venir aux États-Unis, des entreprises québécoises peuvent simplement y exporter leurs produits, surtout s’ils sont uniques et vendus à prix compétitif, affirme Martine Hébert, déléguée du Québec à Chicago.

« On peut y faire des affaires sans y avoir un bureau », dit-elle, en précisant que le réseau du Québec aux États-Unis — cinq délégations, deux bureaux et une antenne — peut aider les entreprises québécoises à y développer des partenariats.

En revanche, avoir un pied-à-terre au sud de la frontière facilite le développement des affaires, surtout en temps de pandémie, alors qu’il est pratiquement impossible de faire des voyages d’affaires, selon un Américain qui visite régulièrement le Québec. « On peut faire certaines choses à distance. Mais une réunion Zoom ne remplacera jamais une rencontre face à face et une visite d’usine », affirme Gary Douglas, président et chef de la direction de la North Country Chamber of Commerce, à Plattsburgh, dans le nord de l’État de New York.

Scierie Saint-Michel, dans Lanaudière, a depuis longtemps une stratégie de commercialisation qui l’a en quelque sorte « vaccinée » contre cette situation. Elle fait affaire avec un courtier en produits forestiers établi aux États-Unis, qui achète son bois au Québec pour le revendre ensuite sur le marché américain.

« Nous avons un lien avec lui depuis des années. Il a sa propre cour à bois aux États-Unis et son réseau d’acheteurs », dit le PDG de Scierie Saint-Michel, Jean-François Champoux. Le producteur de revêtements de bois Maibec, qui réalise le tiers de ses ventes aux États-Unis, mise aussi sur son réseau dans ce marché (entrepreneurs, marchands, distributeurs, incluant son usine de Stoughton, au Massachusetts) pour s’y développer.

Néanmoins, à partir du Québec, cette PME de Lévis réussit quand même à étendre son réseau de distributeurs et à développer de nouveaux marchés aux États-Unis, dont celui au sud des Grands Lacs, explique le PDG de Maibec, Patrick Labonté.

« Les formations se passent principalement en virtuel. Nous avons envoyé des trousses de formation afin qu’ils puissent voir, manipuler, toucher et littéralement sentir le produit (ça sent bon, le cèdre) », indique-t-il.

Chose certaine, les prochaines années seront très intéressantes pour les entreprises québécoises actives ou qui songent à percer le marché américain. La stratégie de relance du gouvernement Biden permettra de redémarrer la première économie mondiale, où le Québec achemine déjà 71 % de ses exportations de marchandises.

Malgré tout, cela ne sera pas une partie de plaisir. Malgré l’arrivée des vaccins, faire des affaires aux États-Unis demeurera un défi en raison de la pandémie. La concurrence y sera aussi très vive pour décrocher ces contrats, sans parler des tensions sociales, qui complexifient aussi les relations d’affaires.

Les milliers de milliards de dollars promis pendant les élections américaines représentent une manne d’occasions pour les entrepreneurs québécois. Certes, les risques sont grands, mais la récompense pourrait être à la hauteur des efforts fournis par les plus téméraires.

 

À consulter:

Guide d'affaires pour vendre aux États-Unis, selon Tom Creary

Le plan de Biden pour lutter contre les changements climatiques

 

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