L'hiver, gardien du terroir boréal

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Septembre 2019

L'hiver, gardien du terroir boréal

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Édition du 14 Septembre 2019

Par Pierre Théroux

Au nord du 48e parallèle, les conditions hivernales offrent une protection naturelle contre certains ravageurs et maladies qui accable ailleurs les cultures. La mouche du bleuet, par exemple, est absente de la région. (Photo: 123RF)

FOCUS SAGUENAY–­LAC-SAINT-JEAN. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'hiver est roi, dit-on. Les hivers sont longs et froids, la neige y est abondante et demeure très longtemps au sol. Voilà autant de conditions qui permettent aux habitants de cette vaste région de plus de 100 000 kilomètres carrés, majoritairement sauvage, de cultiver et de mettre en valeur des produits du terroir boréal.

«On pellette plus de neige qu'ailleurs au Québec et les hivers ici sont rigoureux, mais il y a aussi des avantages», avance Isabelle T. Rivard, directrice du créneau d'excellence AgroBoréal, créé en 2008 pour favoriser le développement de la typicité boréale et nordique du secteur agroalimentaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les conditions climatiques liées à la région ont des influences directes sur la culture et la caractéristique des produits, fait valoir Mme T. Rivard. On pense bien sûr aux bleuets sauvages, dont la renommée n'est plus à faire, mais on y cultive également d'autres petits fruits (canneberges, camerises), des pommes de terre de semence, des plantes indigènes et certaines cultures fourragères destinées à l'alimentation des troupeaux qui profitent de ce climat boréal.

Au nord du 48e parallèle, les conditions hivernales offriraient une protection naturelle contre certains ravageurs et maladies. Le tout permet d'«utiliser moins de pesticides dans les cultures et moins d'antibiotiques dans les élevages, ce qui favorise des pratiques agricoles plus responsables et respectueuses de l'environnement», précise Mme T. Rivard, qui est biologiste et détentrice d'une maîtrise en ressources renouvelables. La mouche du bleuet est par exemple complètement absente de la région, laquelle est aussi exempte du virus respiratoire porcin.

De même, les étés plus courts et chauds, avec leur longue durée d'ensoleillement et de grands écarts de température entre le jour et la nuit, sont favorables à la croissance et à la survie des cultures. Il a notamment été démontré que l'alternance entre des jours chauds et des nuits plus fraîches favorise une accumulation de sucre dans les plantes. Selon AgroBoréal, ces différents facteurs permettent d'obtenir des propriétés nutritionnelles et nutraceutiques plus élevées pour plusieurs produits.

Autre avantage : la réserve faunique des Laurentides, qui sert aussi de protection contre différents ravageurs. «La région profite d'un isolement géographique grâce à ce massif montagneux qui agit comme une barrière naturelle et empêche les maladies ou les insectes de s'y propager», indique Mme T. Rivard. Les risques de propagation sont d'autant plus réduits par le fait qu'il n'y a pas, ou très peu, d'agriculture pratiquée entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la région voisine de l'agglomération de Québec, située à environ 150 km au sud.

Programme de certification

En 2014, AgroBoréal a mis en place un programme de certification qui vise la reconnaissance des produits d'origine végétale ou animale ainsi que des produits transformés issus d'un savoir-faire et d'une typicité liés aux conditions boréales.

Une trentaine d'entreprises et une cinquantaine de produits ont obtenu cette certification à ce jour, notamment la coopérative alimentaire Nutrinor, Bleuet Nordic (déshydratation de bleuet sauvage), la Ferme Tournevent (producteur de chanvre, sarrasin, avoine et gourgane), Végétolab (grossiste en production de plants fruitiers nordiques), Boréaceutique (développement et vente d'ingrédients actifs issus de végétaux boréaux) ou encore Champignon Boréal.

Dans les prochaines années, AgroBoréal entend pousser encore plus loin la mise en valeur des produits du terroir boréal de la région. L'organisme souhaite que cette image de marque dépasse largement ses frontières et celles du Québec.

«C'est un secteur encore très méconnu, mais qui présente un excellent potentiel de développement», estime Mme T. Rivard. Elle rêve d'ailleurs de voir le terroir boréal rayonner partout dans le monde, au même titre que la cuisine méditerranéenne, par exemple.

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