Tout pour garder les employés dans le secteur

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Octobre 2019

Tout pour garder les employés dans le secteur

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Octobre 2019

Par Pierre Théroux

­Luc ­Bachant, ­­Serge ­Bohec et Yves ­Benny étaient les invités de Les Affaires en juin dernier. (Photo : Jérôme Lavallée)

FOCUS RÉGIONAL: LAURENTIDES. La région des Laurentides aimerait bien garder sur son territoire une partie de ses quelque 100 000 résidents qui se rendent quotidiennement travailler à Montréal ou à Laval. Des messages publicitaires humoristiques affichés cet automne sur des panneaux le long des autoroutes, dans les transports en commun et diffusés à la radio et dans des capsules vidéo invitent d'ailleurs les navetteurs «tannés de se lever à 5 h et de revenir à 20 h» à postuler pour les milliers d'emplois à pourvoir dans cette vaste région qui s'étale au nord de la métropole.

Cette pénurie de travailleurs est d'ailleurs bien ressentie par Luc Bachant, directeur principal, Fabrication chez Bell Helicopter, Yves Benny, vice-président, Relations publiques et développement des marchés de la chaîne de restauration Benny&Co. et Serge Bohec, fondateur et PDG du fabricant de viennoiseries La Petite Bretonne. Ces trois dirigeants étaient panélistes lors d'une rencontre organisée en juin dernier par Les Affaires, à laquelle une trentaine de dirigeants d'entreprises, d'intervenants économiques et d'élus municipaux étaient aussi invités pour discuter des enjeux liés à la main-d'oeuvre.

Les employés comme ambassadeurs

M. Bohec estime que la solution passe notamment par la rétention de ses propres employés. «Pour ça, il faut avoir une entreprise qui a une bonne réputation et qui prend soin de ses travailleurs. Ça attire d'autres employés», précise celui dont l'entreprise créée il y a plus de 50 ans fabrique quotidiennement 1,2 million de minicroissants, son produit vedette vendu dans les épiceries au Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays d'Amérique latine.

Il se réjouit d'avoir lui-même décidé d'implanter un syndicat dans son entreprise. «Ça m'a permis de bien les traiter ; j'ai des employés qui sont ici depuis 35 ans et dont les enfants travaillent aussi ici», dit celui qui fait quotidiennement le tour de l'usine pour parler aux employés. «Je ne discute jamais de travail, mais de leur vie familiale. Ça me permet de mieux les connaître.»

M. Bachant fait écho à ces propos. «Nos employés sont les meilleurs ambassadeurs de l'entreprise.» Bell Helicopter n'a pas d'employés syndiqués, mais a implanté un programme de culture consultative qui contribue au recrutement et à l'implication des travailleurs. «C'est très rare qu'on prenne des décisions sans avoir consulté les employés», assure-t-il.

Les employés de bureau, qui représentent la moitié des quelque 1 100 travailleurs de l'usine de Mirabel, peuvent compter sur le travail d'un comité qui s'affaire à améliorer les conditions de travail. Dans l'usine, il y a des rencontres hebdomadaires entre les gestionnaires et leurs employés. «Avant, les évaluations se faisaient avec des questionnaires. Aujourd'hui, on le fait plutôt en dialoguant avec les employés afin de mieux connaître leurs besoins», fait valoir M. Bachant.

Des employés qui avaient déjà travaillé chez Bell Helicopter sont même revenus au bercail pour pourvoir des postes vacants lorsque la cadence de production a augmenté. Toutefois, compte tenu des occasions de travail, «on s'attendait à recevoir plus de CV», indique le directeur en précisant être toujours à la recherche d'employés.

L'entreprise est donc allée cogner à la porte du Centre de formation professionnelle des Moulins, à Terrebonne, qui offre notamment un programme en assemblage de matériaux composites pour le secteur aérospatial. «Comme il y avait très peu de finissants, on a bâti ensemble un programme de formation spécifique à nos besoins qui a permis de mettre sur pied deux cohortes totalisant 30 étudiants», souligne M. Bachant. Ce programme a suscité l'envoi d'une centaine de CV, dont une majorité par des enfants d'employés.

Culture et valeurs d'entreprise

Dans un secteur d'activité qui est en forte pénurie de travailleurs en plus d'être confronté à un taux élevé de roulement des employés, la restauration, Benny&Co. dit manquer de main-d'oeuvre, mais se tirer assez bien d'affaires. Le tout grâce aussi aux valeurs et à la culture d'entreprise véhiculées dans ses restaurants spécialisés en poulet rôti et en côtes levées, ce qui contribue à la satisfaction des employés, affirme M. Benny. «Chaque année, on fait un sondage auprès des employés pour savoir si on remplit nos promesses comme employeur, et quels seraient les changements à apporter, dit-il. Dans le dernier sondage, on a obtenu une note de 91 %.»

La chaîne mise d'ailleurs sur le référencement de ses employés, qui reçoivent une récompense financière s'ils contribuent à l'embauche d'autres travailleurs. L'entreprise investit aussi en publicité et en marketing, et multiplie les initiatives sur les réseaux sociaux afin de recruter des employés, majoritairement à temps partiel, et des étudiants. Elle offre ainsi des bourses à une douzaine d'étudiants et a récemment lancé un concours qui permettait à un employé de remporter un voyage d'une valeur de 1 500 $ pour une destination de son choix, accompagné de 1 000 $ d'argent de poche.

Le directeur général de l'Association de villégiature Tremblant, Pierre Bertrand, travaille aussi à la rétention des employés dans les restaurants et établissements hôteliers de son secteur. «Les employés ont accès à des formations qui leur permettent de relever de nouveaux défis, souligne-t-il. Quelqu'un qui commence comme femme de chambre ou aide-cuisinier, par exemple, peut donc aspirer à d'autres emplois mieux rémunérés. Même chez d'autres employeurs de la station de ski. L'important, c'est de les garder chez nous.»

Chez Absolunet, la transparence est de mise. La PME de Sainte-Thérèse organise ainsi des rencontres mensuelles avec les employés pour parler d'états financiers et de projets en cours. «Les employés ont besoin de sentir qu'ils sont impliqués, qu'ils participent à la croissance de l'entreprise», constate son président et cofondateur Martin Thibault.

La satisfaction des employés de cette agence de commerce électronique passe aussi par une meilleure qualité de vie. Comme en témoigne sa certification «Conciliation travail-famille» décernée par le Bureau de normalisation du Québec.

Selon l'un des nombreux slogans de la campagne publicitaire «Laurentides en emploi», cette qualité de vie se traduit également par «trouver un emploi près de chez vous».

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