Le changement climatique menace la prospérité économique

Publié le 14/11/2015 à 09:18

Le changement climatique menace la prospérité économique

Publié le 14/11/2015 à 09:18

Par François Normand

ANALYSE DU RISQUE 2DE4 (COP21) - Vous pensez que les coûts pour lutter contre le changement climatique sont élevés? Attendez de voir ce qui nous attend si nous ne réduisons pas massivement nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Au menu? Réduction de la croissance économique, explosion des dépenses publiques, destruction d'infrastructures et détérioration de la santé publique.

1de4 Climat: il faudra s'adapter

2de4 Les coûts économiques seront majeurs

3de4 Les investisseurs seront à risque

4de4 L'écologisme supplantera-t-il le capitalisme?

Depuis des années, plusieurs gouvernements dans le monde - incluant l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper au Canada - hésitent à adopter des plans sérieux pour réduire de manière substantielle les émissions de GES dans l'industrie, l'habitation et le transport, et ce, de crainte de nuire à l'économie.

Or, l'inaction nuit justement à l'économie confirment les unes après les autres les études à ce sujet.

Pourquoi?

Parce que ne rien faire pour limiter le changement climatique coûtera encore plus cher que d'investir des milliards de dollars par année pour améliorer l'efficacité énergétique, adopter des technologies propres ou produire de l'énergie renouvelable.

Une pure logique financière.

La première étude sérieuse produite à ce sujet est sans doute celle publiée en 2006 par l'économiste et l'ancien vice-président de la Banque Mondiale, Nicholas Stern.

Le fameux rapport Stern évaluait les conséquences du changement climatique à environ 0,5 % à 1 % du PIB mondial par année, et ce, autour de 2050.

En 2014, le PIB mondial s'établissait à 78 280 milliards de dollars américains (G$US), selon les estimations du The Word Factbook de la CIA, l'agence du renseignement américain.

Ainsi, selon le rapport Stern, l'impact oscillerait donc de 391,4 G$US à 782, 8 G$US par année pour l'économie mondiale.

Mauvaise nouvelle...

L'impact économique se fera aussi sentir à court terme.

En 2011, la Table ronde nationale sur l'économie et l'environnement et l'économie (un forum canadien) estimait que les coûts du changement climatique pour le Canada pourraient s'établir à 5G$CA par année en 2020.

Ce qui représente quatre fois le montant de 1,3 G$CA que le gouvernement du Québec vient d'avancer pour sauver le CSeries de Bombardier...

Et la Table estime que l'impact pour le Canada pourrait s'établir à une somme comprise entre 21G$ et 43 G$CA par année dans les années 2050.

Comment se traduisent concrètement les impacts économiques du changement climatique?

Par exemple, le Québec subira des impacts importants pour la santé humaine, pour ses écosystèmes et ses infrastructures, selon le consortium Ouranos sur les changements climatiques.

Ce passage d'une récente étude du consortium résume bien la situation:

« À cet égard, il est prévisible que le gouvernement du Québec soit directement et indirectement sollicité, notamment pour fournir les soins de santé nécessaire aux personnes affectées, mais aussi pour aider les populations et les municipalités lors de dégâts majeurs dus aux risques naturels associés aux changements climatiques, pour leur permettre de réparer, de déplacer ou encore de reconstruire des bâtiments et infrastructures hors des zones à risque. »

Voici les infrastructures qui pourraient être affectées (c'est-à-dire déplacées, reconstruites ou perdues) par l'érosion des côtes au Québec d'ici 2065.

Routes:    294 km

Chemin de fer: 26 km

Bâtiments gouvernementaux: 101

Bâtiments privés: 5 289

Terrains non bâtis: 1 310

En 2065, à elle seule, la perte de valeur des infrastructures québécoise affectées par l'érosion des sols pourrait représenter une somme de 557 M$ à 859 M$ par année pour le gouvernement du Québec, selon Alain Bourque, directeur général d'Ouranos.

Un récent tweet de Michael Bloomberg - l'ancien maire de New York et fondateur du groupe médiatique Bloomberg - montre bien le défi collectif auquel nous sommes confrontés à l'égard du changement climatique.

« 90% des grandes villes ont été construites sur des terres côtières, faisant d'elles les victimes les plus probables du changement climatique. »

Des États sont aussi menacés par la hausse du niveau de la mer.

Par exemple, plus de 20 millions d'habitants du Bangladesh pourraient être déplacés d'ici 2050.

C'est pratiquement le tiers de la population canadienne.

En Europe, les Pays-Bas courent aussi le risque de perdre une partie importante de leur territoire et de leur capital de production, sans parler d'un probable déplacement de population.

En 2008, le comité Veerman estimait que le niveau de la mer pourrait monter de 65 à 130 centimètres d'ici 2100. Le rapport Veerman soulignait aussi que les Néerlandais devront investir des sommes astronomiques pour protéger leur pays contre la montée des eaux.

Toujours sceptique par rapport aux coûts pour lutter contre le changement climatique comparativement à celui de ne rien faire ou presque?

Et si le climat était un peu comme la santé, et qu'il fallait mieux prévenir que guérir?

Depuis 1880, la température moyenne de la Terre a augmenté de 0,8 degré Celcius, selon le plus récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la référence mondiale en matière du changement climatique.

Et si cette hausse dépasse les 2 degrés, nous pourrions assister à une accélération du changement climatique, avec son cortège d'effets encore plus dévastateurs, craignent les spécialistes du climat.

Bref, la Terre fait de la fièvre.

C'est pourquoi il serait peut-être plus sage d'investir maintenant pour que cette poussée de fièvre ne se transforme pas un jour en convulsion.


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