Nous devrons nous adapter aux changements climatiques

Publié le 07/11/2015 à 09:16

Nous devrons nous adapter aux changements climatiques

Publié le 07/11/2015 à 09:16

Par François Normand

ANALYSE DU RISQUE 1de4 (COP21) - À moins d'un revirement spectaculaire de notre mode de vie, nous n'arriverons probablement pas à réduire suffisamment nos émissions de gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement global à 2 degrés Celsius par rapport à la période préindustrielle et prévenir ainsi un emballement du climat. Bref, nous risquons de devoir nous adapter aux changements climatiques.

1de4 Climat: il faudra s'adapter

2de4 Les coûts économiques seront majeurs

3de4 Les investisseurs seront à risque

4de4 L'écologisme supplantera-t-il le capitalisme?

Et ces conséquences seront majeures: pénuries de nourriture et d'eau, déclenchements d'épidémies, destructions d'habitats, sans parler de migrations massives, de luttes pour les ressources et de l'instabilité géopolitique. Ce n'est pas Greenpeace qui fait ces sombres prévisions, mais le ministère américain de la Défense (Department of Defense: FY 2014 Climate Change Adaptation Roadmap).

Depuis 1880, la température moyenne de la Terre a augmenté de 0,8 degré Celcius, selon le plus récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la référence mondiale en matière de changements climatiques.

Et c'est l'humanité qui est responsable de cette poussée de fièvre de la Terre, affirme la communauté scientifique.

Le calcul est simple: il nous reste donc collectivement un coussin de 1,2 degré avant d'attendre le seuil critique des 2 degrés, limite fixée unanimement par les leaders mondiaux, il y a cinq ans, lors de négociations sur les changements climatiques.

Pourquoi ne faut-il pas dépasser ce seuil?

Parce qu'au-delà de cette hausse, les scientifiques craignent une accélération des changements climatiques.

Selon l'état de la connaissance, un réchauffement global supérieur à 2 degrés libérait le méthane contenu dans le pergélisol, la strate du sol gelé en permanence qui recouvre le cinquième de la surface terrestre, notamment dans le nord du Canada.

Le hic, c'est que le méthane est un GES de 28 à 34 fois plus dommageable que le CO2, selon le GIEC.

Et ce risque n'est pas théorique: le pergélisol a déjà commencé à fondre tranquillement.

C'est pourquoi, disent les scientifiques, il faut stopper à tout prix le réchauffement de la planète le plus vite possible, pour ne pas dépasser ce seuil critique.

Une question s'impose:

Aurons-nous collectivement la volonté, en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, de faire les sacrifices et les investissements qui s'imposent pour limiter nos émissions de GES?

L'ONU est optimiste, mais la tâche est herculéenne

Les responsables onusiens, qui préparent l'importante conférence de Paris sur les changements climatiques du 30 novembre au 11 décembre (COP21), semblent y croire.

Christina Figueres, chef du secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), affirme que les propositions des 150 pays en prévision de la conférence de Paris lui donnent l'espoir de limiter la hausse des températures à 2 degrés.

Mais elle affirme qu'il faudra en faire davantage pour maximiser les probabilités d'atteindre cet objectif.

Le moins que l'on puisse dire c'est que la barre est haute.

Voici quelques chiffres pour illustrer à quel point la tâche collective qui nous attend est herculéenne.

Pour limiter la poussée de fièvre de la Terre à 2 degrés Celcius, seulement 565 gigatonnes de CO2 (ou 565 milliards de tonnes) pourront encore être émises dans l'atmosphère d'ici 2050, selon le consensus scientifique.

Ces 565 gigatonnes de CO2 sont générées à partir de la combustion des énergies fossiles, soit le charbon, le pétrole et le gaz naturel.

Le hic, c'est que les réserves actuelles d'énergies fossiles des entreprises énergétiques dans le monde - les Royal Dutch Shell et ExxonMobil de ce monde - sont équivalentes à l'émission de 2 795 gigatonnes, selon le Financial Times de Londres.

80% des réserves d'hydrocarbures devront demeurer dans le sol

Par conséquent, si les dirigeants de la planète prennent des mesures sérieuses pour ne pas dépasser le seuil de 2 degrés Celsius, cela signifie que 80% des réserves d'énergies fossiles devront demeurer dans le sol, disent les spécialistes.

Autre conséquence: les besoins énergétiques futurs de l'humanité devront être comblés massivement par les énergies renouvelables, sans parler du développement à grande échelle du transport en commun et de la mise en place d'ambitieux programmes d'efficacité énergétique. Le tout accompagné d'une tarification agressive du carbone.

Et pour mettre les choses en perspective, les sociétés devront faire tout cela alors que la population de la Terre devrait passer de 7,3 milliards à 11,2 milliards d'habitants d'ici 2100, selon l'ONU.

Ce qui représente l'ajout de trois Chine.

On le voit bien, les changements climatiques représenteront LE défi de l'humanité au 21e siècle. Si la tâche est herculéenne, il y a toutefois des raisons de rester optimiste malgré tout.

Le meilleur est exemple est sans doute la mobilisation de la communauté internationale dans les années 1970 et 1980 pour sauver la couche d'ozone qui entoure la Terre, souligne Le Monde diplomatique.

Essentielle à la vie terrestre, la couche d'ozone était menacée en raison des émissions des chlorofluorocarbures (CFC).

Or, cette enveloppe qui empêche les rayons ultraviolets nocifs pour la vie animale et végétale d'atteindre le sol a été sauvée par la Convention de Vienne (1985) et Protocole de Montréal (1987), car ces deux traités ont permis d'éliminer 98% des substances qui appauvrissaient la couche d'ozone.

Si la tendance se maintient, elle devrait retrouver son niveau de 1980 vers 2050. Et le trou dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique devrait pour sa part disparaître d'ici 2065.

Il y a donc de l'espoir.

Reste toutefois à voir si nous pourrons répéter la même chose avec les émissions de GES.

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