Bernard Mooney : Comment l'encaisse affecte la création de richesse

Publié le 23/05/2011 à 09:00

Bernard Mooney : Comment l'encaisse affecte la création de richesse

Publié le 23/05/2011 à 09:00

[Photo : Gilles Delisle]

Au 31 mars dernier, le géant du logiciel Microsoft avait 50,1 milliards de dollars (G$) US en encaisse et placements à son bilan. Si j’enlève sa dette à long terme, l’encaisse nette atteint 38,2 G$ US.

Est-ce bon ou mauvais lorsqu’on considère sa création de richesse ?

Si vous me donnez le choix, je vais toujours préférer une société qui a un bilan solide et de l’encaisse. C’est un peu comme me donner le choix entre être malade ou être en santé.

Par contre, l’abondance (et certains diraient la surabondance) d’encaisse a des impacts sur la création de richesse d’une société, impacts que les investisseurs ont avantage à comprendre.

Commençons par les impacts positifs. Avoir 38 G$ US en encaisse donne à la direction une grande marge de manœuvre lorsque vient le temps de décider des projets d’investissements. C’est ce qui permet notamment à Microsoft d’investir à chaque trimestre plus de 2 G$ US en recherche et développement pour améliorer ses produits, services et logiciels actuels et en développer d’autres.

C’est ce qui permet également à la société de réaliser des acquisitions stratégiques, comme l’offre pour acheter Skype, la société de communications par Internet pour plus de 8 G$ US.

L’encaisse est également une protection importante contre les compétiteurs qui y penseront deux fois avant de se lancer dans des guerres de prix s’ils savent qu’elle a une solidité financière à toute épreuve.

Par contre, avoir beaucoup d’encaisse a également ses aspects négatifs. Le plus évident est l’impact sur les rendements. Pour reprendre le cas de Microsoft, à ses quatre derniers trimestres, la société a réalisé des bénéfices de 21,7 G$ US. C’est un rendement de l’avoir des actionnaires de 44 %.

Or, si je soustrais l’encaisse de l’avoir (car en théorie la société n’en a pas besoin pour réaliser ses revenus et ses profits) en éliminant aussi ses profits provenant des revenus d’intérêts que procure l’encaisse, j’arriverai à un rendement de l’avoir ajusté qui dépasse les 100%. C’est à mon avis la véritable rentabilité des activités de la société.

Évidemment, pour une société comme Microsoft, la différence entre les deux situations (rentabilité avec ou sans encaisse) n’est pas critique parce qu’elle a une rentabilité exceptionnelle. Par contre, dans d’autres situations, cela peut faire une bonne différence.

L’autre impact, plus difficile à quantifier, est relié à l’utilisation de l’encaisse. Les études ont montré et mon expérience me l’a confirmé : plus vous donnez de l’argent aux dirigeants, plus la tendance est forte pour faire des stupidités avec. Ce qui peut aller jusqu’à mettre en péril une entreprise.

Observez la grande ironie : une société avec « trop » d’encaisse dont la direction, se sentant pressée de mettre cet argent en action, fait une gigantesque acquisition qui la pousse à la banqueroute dans quelques années….

Pour revenir à Microsoft, à mon avis son acquisition de Skype est une très mauvaise utilisation de son capital. Payer plus de 10 fois les revenus (Microsoft se vend 2,5 fois) pour une société non rentable et dont la rentabilité future reste incertaine est un luxe que seuls des dirigeants gâtés par un bilan hyper solide peuvent se payer.

Ce qui donne de bons arguments à ceux qui prétendent que les conseils d’administration devraient verser systématiquement aux actionnaires la plus grande partie de l’encaisse produite. Comme ça, les dirigeants ne pourraient pas la gaspiller !

Bernard Mooney

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