Kervellerin : Des coquilles d’huîtres pour les imprimantes 3D

Publié le 18/11/2015 à 00:01

Kervellerin : Des coquilles d’huîtres pour les imprimantes 3D

Publié le 18/11/2015 à 00:01

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La poudre d’huîtres produite par Kervellerin est utilisée notamment par les fabricants de peinture, et entrera bientôt dans la fabrication d’objets créés avec des imprimantes 3D.

SOMMAIRE DU DOSSIER


Par Stanislas du Guerny, Les Échos (France)


ÉCONOMIE CIRCULAIRE – La nature regorge de richesses renouvelables inexploitées comme les coquilles d’huîtres, que la petite entreprise Kervellerin transforme désormais en ingrédients pour peintures et filaments pour imprimantes 3D.


« On ne regarde pas assez la nature, qui nous offre des richesses même dans les déchets », lance Martine Le Lu. Très soucieuse de la protection de l’environnement, cette pharmacienne a repris en 1999 Kervellerin créée par son père dans la commune de Cléguer, près de Lorient, en Bretagne.


La dirigeante a quitté le confort d’une entreprise industrielle pharmaceutique où elle était cadre pour se lancer dans cette aventure en y injectant l’ensemble de ses économies avec un objectif : innover à partir de produits naturels renouvelables. C’est dans cet esprit qu’elle s’est lancée dans la valorisation des coquilles d’huîtres, après trois années de R & D.


« Dans le Morbihan, où est installée mon usine, les ostréiculteurs sont légion. Leurs élevages perdent régulièrement des huîtres qui n’arrivent pas à maturité. Jusqu’à récemment, elles étaient jetées. Désormais, je les récupère moyennant paiement et me charge de les valoriser », indique Martine Le Lu.


Une peinture plus résistante


Chaque année, elle traite 4 000 tonnes d’huîtres. Elles sont nettoyées une à une, purifiées, tamisées, chauffées et broyées dans une machine – dont la conception « maison » reste secrète – pour obtenir une poudre ensuite mise en sacs.


Composée principalement de carbonate de calcium mais également de résine de pin et d’huile de soja, cette poudre est utilisée par les fabricants de peinture. Les marquages au sol de couleur blanche ou jaune des routes et autoroutes sont fabriqués à partir des coquilles d’huîtres. Ce type de peinture est plus cher que les produits conventionnels, mais sa durée de vie est beaucoup plus longue.


Si Martine Le Lu dispose de la compétence scientifique suffisante pour innover, elle n’a pas les moyens de travailler en solo. Elle s’est donc rapprochée de laboratoires scientifiques, notamment ceux de l’université de Bretagne Sud à Lorient, qui l’accompagnent dans un nouveau secteur, celui « des imprimantes en 3 dimensions ».


La poudre d’huîtres va en effet être utilisée dans la fabrication des filaments pour la création des pièces et objets sortis des imprimantes 3D. « D’autres applications sont à l’étude », indique encore la dirigeante, qui ne souhaite pas en dire plus sur le sujet.


Son usine morbihannaise déployée sur une superficie couverte de 3 000 m2 emploie une petite équipe de huit collaborateurs.« Sachons regarder autour de nous : la nature est très riche en matériaux qu’on peut utiliser sans la détruire. » – Martine Le Lu, dirigeante de Kervellerin


20 000 tonnes d’algues transformées chaque année


Martine Le Lu est donc tous les jours « au four et au moulin » pour superviser l’ensemble des activités de sa société.


Outre les produits à base de coquilles d’huîtres, elle vend des algues calcaires achetées en Islande pour le filtrage naturel de l’eau à la sortie des stations de traitement des collectivités. Chaque année, elle transforme près de 20 000 tonnes de ces algues séchées.


Kervellerin s’est également engagée dans les fertilisants naturels des sols agricoles. Ses gammes sont à base de coproduits de l’industrie du sucre, de pulpes de raisins. « Mon fil conducteur, insiste Martine Le Lu, consiste à limiter au maximum les intrants chimiques agricoles. Sachons regarder autour de nous : la nature est très riche en matériaux qu’on peut utiliser sans la détruire. »


Les ventes de l’entreprise au chiffre d’affaires annuel de 5 millions d’euros s’effectuent pour 30 % hors de France, principalement dans les pays européens.


SOMMAIRE DU DOSSIER


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Gestion du changement

Mardi 17 septembre


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Usine 4.0

Mardi 24 septembre


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Impartition TI

Mercredi 09 octobre

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