Bill Miller et Bill Ackman ont manqué d'intelligence émotionnelle


Édition du 23 Avril 2016

Bill Miller et Bill Ackman ont manqué d'intelligence émotionnelle


Édition du 23 Avril 2016

Par Michel Villa

[Photo : Shutterstock]

Bill Miller, gestionnaire de portefeuille chez Legg Mason, est reconnu pour un exploit hors du commun. Pendant 15 années consécutives, de 1991 à 2005, son fonds Capital Value Trust a affiché un rendement supérieur à celui enregistré par l'indice S&P 500, une séquence encore inégalée à ce jour. Sans contredit, à l'époque, il était considéré comme le plus grand gestionnaire de placement de la finance moderne.

Lorsqu'un gestionnaire de portefeuille connaît du succès, son niveau de confiance peut devenir très élevé et, par le fait même, sa gestion du risque être plus légère. Lors de la dernière crise financière, Bill Miller croyait fermement que les actions du secteur financier américain représentaient une occasion d'achat, et ce, malgré l'intensité de la débâcle boursière. Il a donc opté pour une stratégie axée sur des achats successifs de ces titres à des niveaux décroissants afin de profiter pleinement d'un éventuel rebond. Malheureusement, cela ne s'est pas produit. Pour l'année 2008, son fonds, Capital Value Trust, a procuré un rendement de - 55 % par rapport à un recul de 38 % pour le S&P 500, effaçant du même coup son incroyable performance relative cumulée au fil des ans.

Bill Ackman, un autre exemple

À l'instar de Bill Miller, l'investisseur activiste Bill Ackman a aussi connu sa période de gloire. De 2004 à 2014, Pershing Square Capital Management, sa société de gestion, a produit un rendement annualisé moyen de 20 %, surpassant aisément le rendement annualisé moyen de 8 % de l'indice S&P 500 au cours de cette période.

Pour l'année 2015, sa performance a toutefois été désastreuse. Compte tenu de son investissement dans Valeant Pharmaceuticals (VRX), Pershing Square Capital Management a généré un rendement de - 20,5 %, par rapport à un rendement légèrement à la baisse de 0,73 % en ce qui concerne le S&P 500. Comme l'a fait Bill Miller, Bill Ackman s'est servi de la déconfiture du cours boursier de Valeant à l'automne 2015 (- 40 % à la suite d'allégations de fraude par Citron Research) pour augmenter sa position par l'intermédiaire d'achats d'actions et de structures d'options. Néanmoins, cette approche n'a pas été payante. Le titre de Valeant n'a jamais remonté la pente, et l'investissement explique, à lui seul, plus de la moitié de la contre-performance du fonds en 2015.

Des leçons à tirer

Dans un premier temps, peu importe votre formation, votre expérience ou vos réussites passées, la gestion du risque est cruciale. Théoriquement, comme le cours d'une action peut valoir zéro, il vaut mieux être adepte de la diversification et gérer au moyen de règles strictes. Par exemple, limiter le poids d'un titre dans le portefeuille, prévoir un montant de perte maximale par position. En agissant ainsi, il sera possible de se prémunir contre des situations comme celles vécues par les gestionnaires Miller et Ackman.

Dans un deuxième temps, il est pertinent de développer son intelligence émotionnelle. Pour un grand nombre de personnes, l'intelligence intellectuelle est un facteur clé de la réussite en finance. Je n'en suis pas si convaincu. Un exemple : le club d'investissement MENSA, dont le seul critère d'admissibilité est d'exceller aux tests d'intelligence, a procuré un rendement annuel moyen de + 2,5 % de 1986 à 2001. Durant cette même période, le S&P 500 a procuré un rendement annuel moyen de + 15,3 % !

À l'étape de la sélection d'une action, nous faisons appel à notre côté rationnel (la pensée analytique, les faits, les statistiques) pour choisir le meilleur investissement en fonction de nos objectifs de rendement et de notre tolérance au risque. L'intelligence intellectuelle est nécessaire. Cependant, lorsque vient le moment d'implanter et de gérer un placement, cette intelligence a ses limites. L'être humain doit composer avec le caractère incertain et aléatoire du marché. Malgré la qualité de son analyse, il n'a aucun contrôle sur le résultat. C'est pourquoi la gestion émotionnelle est primordiale pour limiter les erreurs comportementales liées à notre besoin de contrôle et à notre désir d'avoir raison.

Bill Miller et Bill Ackman sont des personnes intelligentes. Toutefois, ils ont négligé la gestion du risque, et leur gestion émotionnelle a fait défaut. Au lieu d'analyser objectivement la situation, ils se sont enlisés dans des investissements non profitables. Dans le cas de Valeant Pharmaceuticals, plusieurs nouvelles accablantes parues en février ont nui à son cours boursier. Malgré cela, M. Ackman n'a rien fait, et, le 15 mars 2016, l'action de Valeant a chuté d'encore 50 %... Heureusement, nous pouvons tirer des leçons des erreurs des plus grands.

 

Michel Villa, est un CFA, trader (négociateur), formateur et conférencier sur la Bourse. Il publie sur son site Web michelvilla.com.

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