À chaque cycle, le Canada invite les scandales


Édition du 21 Avril 2018

À chaque cycle, le Canada invite les scandales


Édition du 21 Avril 2018

Par Dominique Beauchamp

L’engouement, pour la marijuana tout au moins, risque de durer puisque la légalisation prochaine du pot à usage récréatif au ­Canada donne de la légitimité à l’industrie. [Photo: Pixabay]

On sait déjà que la Bourse canadienne ivaut à seulement 3 % de la valeur boursière mondiale et que sa concentration dans les ressources la marginalise.

L'indice S&P/TSX compte également bien peu de sociétés des industries de la technologie et de la santé.

Ces carences à combler expliquent sans doute pourquoi la Bourse canadienne est périodiquement polluée par de nouveaux secteurs spéculatifs que le laxisme des règles locales facilite.

Par conséquent, le Canada est devenu une plaque tournante pour les mineurs de cryptomonnaies tels que Hive Blockchain Technologies (HIVE, 1,18 $) et de métaux rares tels que Liberty One Lithium (LBY, 0,38 $), ainsi que pour les producteurs de marijuana. Ces trois industries populaires auprès des petits investisseurs à la fin d'un marché haussier n'ajouteront rien à la réputation de la Bourse canadienne à long terme. Après tout, le quart des utilisateurs de bitcoin et la moitié des transactions proviendraient d'activités illicites, rapporte une étude australienne citée par Barclays.

« Le manque de profondeur du marché canadien fait en sorte que l'appétit des investisseurs pour de nouveaux secteurs leur donne périodiquement une importance démesurée », déplore Anthony Scilipoti, président de Veritas Research, un rare critique de l'inertie canadienne envers la spéculation. Ces épisodes de fièvre qui « finissent invariablement mal » - tels que les scandales entourant Bre-X, Nortel, YBM Magnex, Sino-Forest, Valeant ou Amaya/Poker Star - nuisent à notre capacité d'attirer des capitaux étrangers et, ultimement, augmentent le coût en capital de toutes les entreprises canadiennes, dit-il.

De bonnes affaires

Il est clair pourquoi les producteurs de marijuana, de métaux rares ou de tous les dérivés de blockchain (chaîne de blocs) réussissent à s'immiscer dans nos marchés.

Les critères d'inscription à la Bourse de croissance sont minimalistes. Cette Bourse compte 328 sociétés déchues susceptibles de servir de coquilles pour des acquisitions inversées.

Enfin, les frais d'inscription en Bourse et les frais de négociation et de financement sont évidemment de bonnes sources de revenus pour les Bourses et les courtiers.

Au premier trimestre, d'ailleurs, la Bourse de croissance contribuera nettement aux résultats du Groupe TMX (X, 75 $). Financière Banque Nationale prévoit un bond de 88 % du nombre de nouvelles inscriptions (à 30 sociétés), de 34 % des revenus tirés d'émissions secondaires (à 2,1 milliards de dollars) et de 24 % des revenus de négociation de titres (à 2,9 G$) pour ce parquet.

Canaccord Genuity dénombre 58 producteurs de cannabis, pour une valeur totale de 27 G$ au pays, précisant que ces données ne sont pas exhaustives.

L'industrie a récolté des capitaux record de 817 millions de dollars au quatrième trimestre de 2017. Trois d'entre eux dégagent un bénéfice d'exploitation, Aphria, MedReleaf et CannTrust. GMP Valeurs mobilières prévoit par exemple que le principal fournisseur de la SAQ au Québec, Hydropothecary (THCX, 4 $), quadruplera ses revenus d'ici 2020 et réalisera ses premiers profits dès 2019.

Chaque jour, plus de 500 M$ d'actions des doyens du cannabis Canopy Growth (WEED, 27,99 $) et Aurora Cannabis(ACB, 8,11 $) s'échangent, un volume qui les hisse dans le peloton de tête derrière les actions de la Banque TD (TD, 70,48 $), la Banque Royale (RY, 97,20 $) et la Banque Scotia (BNS, 77,22 $).

Le pot, la croissance avant tout

L'engouement, pour la marijuana tout au moins, risque de durer puisque la légalisation prochaine du pot à usage récréatif au Canada donne de la légitimité à l'industrie.

Aux États-Unis, le recrutement de John Boehner, l'ex-président de la Chambre des représentants, au conseil consultatif d'Acreage Holdings, fait encore une fois espérer que le vent tourne aux États-Unis concernant la légalisation fédérale.

L'industrie du pot commence aussi à attirer aussi des capitaux institutionnels. L'inscription au Nasdaq, en février, de la canadienne Cronos Group (CRON, 8,12 $) a fait bondir les achats institutionnels, rapporte Bloomberg. Canopy et Aurora pensent l'imiter.

Bien que GMP et Canaccord Genuity aient amorcé il y a un bon moment la couverture des producteurs de pot, la Banque de Montréal a financé Canopy en janvier et Cronos en mars, a affecté un analyste à l'industrie et tiendra une première conférence le 30 mai.

Pourtant, bien peu d'efforts sont déployés pour freiner ces mouvements de foule outre le conseil générique qui consiste à répéter aux petits investisseurs à faire leurs devoirs.

« Il faut croire que (les pertes) sont le prix à payer pour le progrès quand de nouvelles industries émergent. Qui se souvient de Netscape et de Pets.com ? C'est dans la nature humaine de se laisser séduire par des promesses exagérées », croit Pat McKeough, éditeur de Tsinetwork.ca.

À la Bourse de croissance, où la majorité des titres spéculatifs naissent, le directeur général Brady Fletcher a dit: « Nous n'avons pas l'intention de pénaliser tous nos entrepreneurs pour le contenu (légal) diffusé par des tiers », après la diffusion, par l'agence américaine OTC Markets Group, d'une liste d'alerte de 13 sociétés canadiennes faisant usage de promoteurs rémunérés pour mousser leur titre.

À l'ère de l'investissement « responsable » ou « à impact social », on ne peut pas dire que le Canada se place au-dessus de la mêlée en invitant la spéculation et des scandales potentiels qui appauvriront surtout les petits investisseurs.

C'est sans compter les poursuites qui pourraient éventuellement frapper les fournisseurs de cannabis - comme ce fut le cas pour les producteurs de tabac - de la part de fumeurs ou de leur famille - et peut-être des instances publiques - concernant le degré d'accoutumance ou les coûts pour la société de la consommation de marijuana.

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