Les junk bonds inquiètent


Édition du 16 Janvier 2016

Les junk bonds inquiètent


Édition du 16 Janvier 2016

Des gestionnaires de portefeuilles obligataires, et non les moindres, prédisent que la chute du marché des obligations à rendement élevé (junk bonds) amorcée en 2015 se poursuivra en 2016.

Parmi eux, le gourou obligataire Jeffrey Gundlach, fondateur de DoubleLine Capital, va même jusqu'à dire que la situation est tellement semblable à 2007 que c'en est «terrifiant». «Les junk bonds sont un horrible placement à long terme. Ils devraient être vendus en période de hausse», a-t-il dit dans son discours à la 2015 Inside Fixed Income conference en novembre.

Bien qu'il juge que la situation n'est pas encore comparable à celle qui prévalait en 2007, l'investisseur activiste Carl Icahn pense que la débâcle des junk bonds ne fait que commencer et que ce marché n'est qu'un baril de poudre qui va exploser tôt ou tard.

Le malaise dans les junk bonds est devenu évident lorsque la société de gestion de portefeuille Third Avenue Management a annoncé, le 9 décembre, qu'elle empêcherait désormais les clients de retirer leur argent de son fonds Third Avenue Focused Credit Fund, qui s'élève à 788 M$ US.

Ce fonds avait perdu 13 % de sa valeur en novembre, et les clients avaient retiré environ de 979 M$ US entre le 1er janvier et le 8 décembre 2015, selon Morningstar.

Manifestement, le fonds Third Avenue détenait des junk bonds difficiles à liquider assez rapidement à des prix qui ne causeraient pas de préjudices aux clients restants. Cela pose la question de la viabilité de tels fonds : comment peut-on offrir le rachat quotidien d'unités d'un fonds dont les placements ne sont pas liquides ?

«Qui va vouloir entrer si on ne peut pas sortir ?» demande un autre gourou obligataire, Bill Gross, autrefois de PIMCO et maintenant chez Janus Capital Group.

La crainte est désormais que le phénomène de fermeture des fonds se propage. «Il n'y a jamais qu'une seule coquerelle», a déclaré Jeffrey Gundlach en entrevue à Reuters. Déjà, le 11 décembre, Stone Lion Capital Partners, une firme new-yorkaise avec un actif sous gestion de 1,3 G$ US, suspendait les demandes de rachat d'un fonds de couverture de 400 M$ US.

Selon plusieurs gestionnaires, les problèmes de liquidité dans les junk bonds auraient été accentués par les nouvelles dispositions mises en place dans la foulée de la crise financière de 2008 : les maisons de courtage déploieraient beaucoup moins de capital qu'auparavant pour maintenir un marché dans les junk bonds.

Ces problèmes ont eu un effet moindre sur ce type de fonds négociés en Bourse. C'est que, contrairement aux fonds communs de placement, qui sont forcés de vendre des junk bonds pour remettre leur argent à ceux qui vendent leurs unités, les FNB n'impliquent pas automatiquement la vente de junk bonds.

Cependant, il y a des causes plus profondes au malaise entourant les junk bonds. Environ 15 % de ces titres ont été émis par des sociétés énergétiques pour financer le boom de l'exploration du pétrole de schiste aux États-Unis, et un autre 15 % ont été émis par des sociétés du secteur des mines et métaux. Ces deux secteurs subissent une récession pas du tout «technique».

John Arnold, le légendaire trader en énergie, autrefois du fonds de couverture Centaurus Advisors, pense que la moitié de l'industrie de l'énergie américaine fera faillite en 2016. Dans un tel cas, la valeur des obligations qu'elles ont émises passera de junk à scrap...

Le temps d'investir ?

À l'autre bout du spectre, il y a des gestionnaires spécialisés dans les «junk bonds» qui jugent que c'est l'occasion d'investir dans ceux de sociétés oeuvrant dans des segments de l'économie qui vont bien, notamment dans le secteur industriel. Pour eux, il ne faut pas confondre des problèmes de liquidités dans quelques fonds avec une crise pour tout le secteur du crédit de moindre qualité.

Mais selon David F. Swensen, directeur des placements à l'Université Yale depuis 1985, les investisseurs bien informés devraient éviter les titres à revenu fixe à rendement élevé1 afin de ne pas courir le risque de se retrouver dans des situations sans issue.

1 David F. Swensen, Unconventional Success: A Fundamental Approach to Personal Investment, New York, Free Press, 2005, p. 109.

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