Cogeco bluffe-t-elle ?


Édition du 16 Juin 2018

Cogeco bluffe-t-elle ?


Édition du 16 Juin 2018

Cogeco bénéficie actuellement d’un paysage concurrentiel favorable alors que seulement 25 % de ses réseaux doivent batailler contre le lien optique jusqu’à la maison. [Photo: 123RF]

Le grand patron de Cogeco Communications (CCA, 67,54 $), Louis Audet, a le don de surprendre et de se présenter là où on ne l'attend pas. Il vient encore de le faire.

En 2006, M. Audet avait surpris tout le monde en sortant de ses terres et en se présentant au Portugal pour acquérir Cabovisao (de la société québécoise Cable Satisfaction, en liquidation). L'opération avait à l'époque jeté la panique chez les analystes, qui ne comprenaient pas que Cogeco sorte du Canada et achète des actifs d'une société en faillite. Au final, les analystes allaient avoir raison et l'aventure, se révéler un retentissant échec (prix payé 660 M $, prix de revente 60 M $).

M. Audet avait pourtant vu juste, et les confondit pendant quelques années. N'eut été d'un changement de politique gouvernementale (la privatisation de la société d'État Portugal Telecom, qui allait se mettre à guerroyer avec elle-même, faire tomber les prix et prendre Cabovisao en étau), l'incursion portugaise aurait plutôt été un retentissant succès.

À l'été 2012, le grand patron de Cogeco devait une nouvelle fois causer de grands remous dans la communauté financière. Après s'être cassé les dents au Portugal, voilà qu'il mettait les voiles sur les États-Unis, avec l'acquisition d'Atlantic Broadband. « Que vont-ils faire là ? Ils s'endettent lourdement pour un câblodistributeur plus ou moins développé, qui n'a qu'une faible pénétration », disait-on. La suite allait cette fois donner raison à M. Audet sur toute la ligne. Atlantic Broadband allait devenir un moteur de croissance pour Cogeco et créer beaucoup de valeur.

Deux surprises récentes

Depuis, quelques autres surprises, mais de second ordre. Jusqu'à il y a quelques semaines.

Cogeco annonce que Louis Audet quitte son poste de chef de direction. Personne n'avait vu venir le changement de garde.

Pour ajouter à la surprise, elle annonce avoir acquis pour 24 M $ de spectre sans fil dans la fréquence 2300-2500 MHz.

La première annonce n'a pas eu trop d'effet sur les analystes. La plupart se doutent bien que M. Audet ne s'éloignera pas trop des opérations. Il demeure d'ailleurs président exécutif du conseil d'administration. La deuxième, cependant, a encore une fois ramené le scepticisme.

Pourquoi Cogeco a raison d'être tentée par le sans-fil

Les derniers résultats de l'entreprise ont fait sourciller. Même si une bonne partie des revenus provient maintenant des États-Unis, Desjardins projette que 61 % de son bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) proviendra de ses activités de câble au Canada (Québec et Ontario) en 2018.

Or, au dernier trimestre, la société rapporte un recul de 0,6 % des revenus au Canada. Et une fonte combinée de sa marge bénéficiaire fait tomber le BAIIA de 1,5 %. Le problème ? BCE.

Cogeco bénéficie actuellement d'un paysage concurrentiel favorable alors que seulement 25 % de ses réseaux doivent batailler contre le lien optique jusqu'à la maison. Mais Bell force le jeu avec son offre Fibe, qu'elle continue de déployer. Chaque maison reliée à Fibe fait l'objet d'une nouvelle offre de service présentée en bouquet. On y trouve les services traditionnels de télé, d'Internet et de téléphonie, mais également le sans-fil. La direction de Cogeco dit vouloir contrer la glissade de ses chiffres par une augmentation de ses investissements en marketing.

Si RBC Marchés des capitaux a raison dans ses projections, il est toutefois douteux que ce soit suffisant à moyen terme. La maison prévoit en effet que, d'ici 5 à 6 ans, la pénétration de la fibre jusqu'à la maison pourrait bien être passée de 25 % à près de 80 %.

En l'absence d'une offre de sans-fil, Cogeco ne bataille pas à armes égales. D'où son intérêt pour du spectre.

Est-ce vraiment la chose à faire ?

On le disait plus haut, certains analystes sont de nouveau sceptiques.

Maher Yagui, de Desjardins, fait entre autres remarquer que plusieurs des marchés où Cogeco pourrait déployer un réseau sans fil comptent déjà quatre concurrents (BCE, Rogers, Telus et Québecor). Il est douteux qu'un cinquième joueur puisse y être rentable.

S'ajoute le fait que le niveau d'endettement de Cogeco n'est pas faible (3,6 fois le BAIIA). Il y a de l'espace pour monter à 4 fois le BAIIA, mais ne devrait-on pas plutôt rechercher une acquisition, ailleurs, qui puisse donner du rendement plutôt que de construire un réseau sans fil qui n'en donnera pas ?

Le pari général : on pourrait bien être ici en présence d'une opération de bluff.

Cogeco peut actuellement vouloir donner l'impression qu'elle va se lancer dans le sans-fil pour plutôt passer une entente de revente avec Freedom (Shaw) et/ou Vidéotron (Québecor). Celles-ci pourraient en effet redouter de devoir payer plus cher le spectre réservé aux nouveaux entrants dans l'avenir et peut-être être ouvertes à une alliance qui leur permettrait éventuellement de gagner des volumes à plus faible marge.

Un autre encan est prévu dans la fréquence 600 MHz le 4 décembre. On pourrait savoir d'ici là.

Un bon investissement Cogeco ?

Dans l'attente du dénouement du suspense, la question qui vient évidemment chaque fois.

Les choses vont bien aux États-Unis. Sur 75 % de son territoire, la société est la seule à offrir un bouquet trois services. Et pour sa dernière acquisition, MetroCast, 92 % du territoire n'est concurrencé que par de la connexion DSL ou du satellite. Cogeco ne devrait donc pas avoir trop de mal à créer de la valeur de ce côté pendant quelques années, grâce à l'introduction de nouveaux services et de nouvelles options (comme l'enregistreur TiVo).

Pendant ce temps, au Canada, la décroissance peut probablement être contrée pendant encore un an ou deux, avec des investissements accrus en marketing et des compressions ailleurs.

Contrairement à l'adage qui veut que ce soit à long terme que rapporte un investissement, il se pourrait cependant ici que le meilleur soit à court terme. D'autant que le titre est à escompte sur les pairs.

À moyen terme, la situation est plus nébuleuse. À moins que M. Audet ne nous réserve d'autres surprises.

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