Ce stratège vedette québécois est pessimiste pour les actions américaines

Publié le 26/01/2017 à 16:50

Ce stratège vedette québécois est pessimiste pour les actions américaines

Publié le 26/01/2017 à 16:50

Par Stéphane Rolland

François Trahan [Photo : David-Alexandre Alarie]

Difficile de monter plus haut lorsqu’on est au sommet. Les bonnes surprises risquent de se faire plus rares tandis que les données économiques sont déjà robustes aux États-Unis, prévient François Trahan, de Cornerstone. Le réputé stratège québécois qui a fondé sa firme à New York se range dans le camp des pessimistes pour 2017, a-t-il dit lors d’une rare intervention publique à Montréal organisée par CFA Montréal.


Pour maintenir le cap haussier, la Bourse aura besoin de bonnes surprises. Or, les chances qu’elles surviennent sont minces, selon le stratège. L’indice PMI, qui mesure l’activité manufacturière, se trouve à un sommet de plusieurs années. La confiance des consommateurs, pour sa part, se trouve à un sommet de dix ans. «Pour que la hausse boursière se poursuive, il faudra que les données économiques s’améliorent à partir de là.»


Le «plus grand risque» pour la Bourse est celui d’une contraction de multiples, estime. M. Trahan. Le S&P 500 s’échange à 17,7 fois les prévisions de bénéfices des entreprises formulées par les analystes interrogés par Bloomberg. Le stratège anticipe qu’un ralentissement économique amènerait une diminution de ce ratio de 2 points. «Cela représenterait une baisse de 15% pour l’indice, et ça, avant même de prendre en compte un rajustement à la baisse des prévisions de bénéfice », prévient-il.



Le stimulus Trump


Depuis la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, les investisseurs s’enthousiasment du futur programme d’infrastructure et des baisses d’impôts promises. Le S&P 500 a progressé de plus de 7% depuis les élections. Les investisseurs semblent croire que le volet protectionniste de son programme sera adouci au fil du temps tandis que les mesures de stimulation économique seront déployées rapidement.


M. Trahan voit les choses d’un autre oeil. Il faudra attendre probablement jusqu’à juillet avant que le prochain budget soit adopté, selon lui. Même si le Congrès est contrôlé par les républicains, il croit que les conservateurs fiscaux du Tea Party ne toléreront pas de creuser le déficit davantage pour financer le programme d’infrastructure. Des compromis devront être trouvés.


De plus, il souligne que, pour qu’une baisse des impôts génère des retombées économiques, il faut que les consommateurs utilisent cet argent pour dépenser et que les entreprises s’en servent pour investir. Or, les Américains sont beaucoup plus frugaux depuis 2008, note-t-il. Plus prudentes, les entreprises risquent aussi d’utiliser leur marge de manœuvre pour racheter des actions ou réduire leurs dettes.



Le rôle de la Fed


M. Trahan invite donc les investisseurs à regarder ailleurs pour anticiper les perspectives économiques. Selon lui, la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) a beaucoup plus d’incidence sur l’économie que les politiques fiscales des gouvernements. «J’ai toujours dit que je croyais que 80% de ce qui survient dans l’économie est attribuable à la politique monétaire et que 20% est le lot des politiques gouvernementales. Au fil de mes recherches, je me rends compte que nous sommes plus dans une fourchette de 95%-5%. Les politiques fiscales ont encore moins d’impacts que ce que je croyais.» Or, la Réserve fédérale (Fed) laisse entendre qu’elle entendait relever ses taux. Le contexte n’est plus à la stimulation économique, mais au resserrement.


Animateur du panel (auquel participait aussi Stéfane Marion, de la Banque Nationale, et Ari Van Assche, professeur du HEC), Clément Gignac, économiste en chef de l’Industrielle Alliance, a demandé à M. Trahan s’il n’y avait pas un risque qu’il soit trop pessimiste. «Il y a le risque que mon hypothèse d’une baisse de 15% du S&P 500 soit trop optimiste», répond M. Trahan, provoquant le rire dans la salle. «On a tellement d’économie fragile à travers le monde, précise-t-il. Dès qu’il y aura un ralentissement de l’économie américaine, il y a un risque qu’une de ces économies ait de sérieux problèmes financiers. Dans le cas de la Chine, ce n’est pas une question de “si”, c’est une question de “quand”. Le Japon, la même chose. Dans tout ralentissement économique, on court ce risque-là. »


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