Visa peut se moquer de Walmart... pour le moment

Publié le 23/06/2016 à 15:44, mis à jour le 23/06/2016 à 19:24

Visa peut se moquer de Walmart... pour le moment

Publié le 23/06/2016 à 15:44, mis à jour le 23/06/2016 à 19:24

(Photomontage: Louise Rouleau)

BLOGUE - Rarement ai-je vu une entreprise critiquer sur la place publique un de ses principaux clients comme l’a fait Visa (NY., V) à l’égard de Walmart Canada il y a quelques jours.

La riposte de Visa à la décision du détaillant de ne plus accepter les cartes de crédit dans ses magasins paraît cinglante (lisez le texte Frais de crédit: Visa réplique à l’uppercut de Walmart Canada), mais lorsqu’on analyse la performance financière et les récents développements entourant le géant du crédit, on peut comprendre pourquoi il peut se permettre d’être un brin effronté.

Visa est une véritable machine à cash. L’entreprise californienne réalise une marge bénéficiaire nette frisant les 40% depuis les quatre derniers exercices, grâce à son réseau de paiements électroniques qui traite près de la moitié des transactions réalisées à l’aide de cartes de crédit et environ les trois quarts de celles effectuées avec des cartes débit dans le monde, selon la firme Nilson.

Les cartes portant le logo de Visa sont émises par 17100 institutions financières et détaillants de la planète, un réseau qui est pratiquement impossible à reproduire et qui lui confère un avantage concurrentiel de taille difficilement attaquable.

Visa surfe également sur une tendance qui lui est très favorable: la substitution des paiements en argent comptant par des méthodes électroniques. Ce phénomène va continuer de procurer un élan naturel aux volumes de transactions qu’elle traite pendant encore un bon moment.

Walmart Canada, une goutte d'eau

Comme elle n’a pas réussi à satisfaire Walmart Canada, Visa risque de voir s’évaporer les quelque 100 millions de dollars en frais de transaction que lui verse le principal détaillant du pays. Cela reste toutefois une goutte d’eau dans l’océan de revenus que l’entreprise tire de ses activités (14,28 milliards de dollars américains au cours des 12 plus récents mois).

Pour Wells Fargo Securities, les conséquences financières de la perte de Walmart Canada seraient «minuscules». Le Canada dans son ensemble ne représente que 4% du volume mondial de transactions traitées par Visa, selon la firme de courtage américaine. Plus spécifiquement, Walmart Canada compte pour à peine 0,15% du volume de transactions traitées par Visa chaque année à l’échelle mondiale.

Visa va peut-être perdre Walmart au Canada –je dis peut-être parce que le détaillant peut revenir sur sa décision sous la pression de ses clients–, mais elle vient d’amorcer un nouveau partenariat d’envergure avec Costco Wholesale (Nasdaq, COST) aux États-Unis. Onze millions de cartes Visa ont été émises jusqu’à présent dans le cadre de cette entente.

Visa a ainsi délogé American Express (Nasdaq, AXP) chez le très prisé exploitant d’entrepôts, après un règne de 16 ans de sa rivale.

Autre développement récent qui va mousser la performance financière de Visa: la conclusion de l’acquisition de Visa Europe. Le 21 juin, Visa a finalisé l’acquisition de cette entité dans une transaction totalisant 21,15 milliards de dollars américains.

Avant cette transaction, Visa Europe était détenue par plus de 3000 institutions financières établies dans 38 pays du Vieux continent. Visa Europe est la plus importante société de traitement de paiements outre-Atlantique, avec quelque 520 millions de cartes en circulation.

À court terme, cette transaction grèvera une partie de la rentabilité du géant du crédit. Les synergies que l’entreprise pourra tirer de cette transaction devraient toutefois lui être grandement favorables dans les prochaines années. Pour l’exercice 2017, Visa Europe devrait gonfler le bénéfice de Visa de 306M$US, selon Wayne Johnson, de Raymond James.

Tous ces éléments font en sorte que Visa peut se moquer de Walmart Canada pour un moment encore. Cela dit, le plus important émetteur de cartes de crédit du monde doit rester sur ses gardes et être proactif en ce qui concerne la délicate question des frais de traitement.

Walmart est loin d’être le seul détaillant à trouver les tarifs de Visa excessifs. Sous pression en raison de la montée du commerce en ligne, d’autres géants du détail pourraient emboîter le pas à Walmart et demander à Visa de réduire leur facture.

Un autre phénomène majeur risque d’ébranler la domination de Visa dans le créneau des paiements électroniques dans les prochaines années: la multiplication des systèmes de paiement des détaillants et des géants technos, comme Apple et Paypal.

Walmart a aussi ouvert un autre front avec un consortium de détaillants incluant Target et la chaîne de pharmacies CVS pour déployer un portefeuille mobile appelé CurrentC.

Le plus important détaillant du monde pourrait en outre avoir évincé Visa de ses magasins au Canada afin d’y implanter sa propre solution de paiement électronique, Walmart Pay.

À court terme, Visa peut se tenir debout contre les Walmart de ce monde, mais compte tenu de la vitesse avec laquelle évolue le lucratif marché du paiement électronique, elle ne pourra se mettre à dos de tels clients éternellement.