Le mécénat a surtout besoin d'ambassadeurs

Publié le 14/06/2012 à 11:31

Le mécénat a surtout besoin d'ambassadeurs

Publié le 14/06/2012 à 11:31

BLOGUE. Le développement des liens arts-affaires semble mobiliser le ministère de la Culture du Québec ces derniers temps. Après l’annonce du bilan positif du programme Mécénat Placements Culture, la ministre Christine St-Pierre a présenté Culturallia, une nouvelle initiative qui agira comme plateforme de dialogues et d’alliances entre le milieu des arts et celui des affaires.

Première réflexion. Espérons que cet engouement ministériel pour les liens arts-affaires n’est pas une façon de préparer le terrain à des annonces de coupes de budgets publics. Plus d’argent du privé pour que l’État se désengage en douceur de la culture? La ministre s’en défend et souligne que la culture a besoin des gens d’affaires, de leur expertise et de leur vision. Elle en a profité pour rappeler que le Québec fait plus en terme de financement public de la culture mais que par rapport aux autres provinces, le privé est ici bien moins présent dans le milieu des arts.

Deuxième réflexion. Est-ce que ce nouveau projet va inciter les dirigeants à s’investir en culture? Des conférences, des activités de réseautage et un site internet, voilà ce que propose Culturallia. Les organismes culturels ont-ils besoin de cela pour se rapprocher du monde des affaires? Les dirigeants d’entreprises attendaient-ils un site internet pour s’investir en culture? Le site internet semble le nouvel eldorado des liens arts-affaires, plusieurs sont en lancement ou en préparation. Est-ce bien de cela dont nous avons besoin en priorité? Site internet, médias sociaux, oui, mais tout dépend d’abord de leur contenu.

Sur son site, Culturallia présente des exemples concrets d’alliances : le comptable de l'entreprise peut offrir de réviser le bilan financier de l'organisme culturel, le dirigeant peut siéger au conseil d'administration et présider les activités de financement, les organismes culturels peuvent soutenir l’innovation et la créativité en entreprise, un musée peut prêter des œuvres pour agrémenter les bureaux d’une agence immobilière, un ensemble de musique peut animer la rencontre annuelle des employés de l’entreprise, etc. Sérieusement, est-ce que le milieu de la culture et celui des affaires n’y avaient pas déjà pensé?

La présence d’ambassadeurs comme Éric Bélanger, président de l'entreprise Avant-Garde Technologie, est une idée plus innovante. En faisant la preuve des apports positifs de la culture dans le monde de l’entreprise (plus de créativité, d’innovation, meilleur climat de travail etc) on peut parier que les dirigeants seront plus enclins à se lancer dans l’aventure. Ajouter des chiffres, des études de cas, des témoignages concrets sur ce site Culturallia et vous convaincrez. Il faut prêcher par l’exemple, entendre le témoignage passionné de gens d’affaires-mécènes, de dirigeants de PME car ils convaincront leurs collègues de façon bien plus certaine et efficace qu’un site internet. La culture et les affaires n’ont pas besoin d’un site de rencontre mais de relations solides et soutenues par des politiques comme Mécénat Placements Culture, par des incitatifs fiscaux comme ceux trop peu connus des gouvernements du Canada et du Québec.

Saluons enfin le fait que cette annonce ait été faite en région, à Trois-Rivières, une ville culturellement très dynamique et qui a su mobiliser autour de ce nouveau projet aussi bien la municipalité, la Chambre de commerce que l’Orchestre symphonique ou des entreprises locales. C’est d’ailleurs à Trois-Rivières qu’aura lieu le premier événement de réseautage et la première conférence en septembre, suivra un deuxième événement en novembre, cette fois à Drummondville.

La semaine prochaine, je vous parle de l’initiative Culture en entreprise lancée par Culture pour tous. Un projet qui va dans le même sens et qui devra lui aussi démontrer que la culture en entreprise, ça rapporte !

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Sébastien Barangé, Directeur des communications et affaires publiques de CGI. (Twitter @SBarange)

 

Sébastien Barangé est activement engagé auprès de plusieurs organismes à but non lucratif:

membre du comité exécutif d'artsScène Montréal (Business for the arts)

président du conseil d'administration d'Art Souterrain

membre du conseil d'administration de la Fondation Michaëlle Jean

membre du conseil d'administration de la Fondation Tolérance

 

Ancien journaliste à Radio-Canada et collaborateur du Devoir, diplômé en communication de l’Institut d’Études Politiques (Aix-en-Provence, France) et en gestion des arts de HEC Montréal, Sébastien Barangé est curieux de tout ce qui est créatif et invite à penser différemment. Ce blogue est un espace de dialogue autour des liens entre les arts et le monde des affaires.

 

 

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