Le beurre et l'argent du beurre, version Québec

Publié le 24/01/2016 à 13:43

Le beurre et l'argent du beurre, version Québec

Publié le 24/01/2016 à 13:43

En octobre, le nombre de prestataires d’assurance-chômage a bondi de 4,7 % en Saskatchewan et de 2,7 % en Alberta. Sur un an, l’augmentation y atteint respectivement 35 % et 50 %.

Jadis parmi les locomotives de l’économie canadiennes, ces deux provinces peinent maintenant à la tâche. Et leur dégringolade va se poursuivre.

C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter le commentaire acide du premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, qui suggère aux maires de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) de retourner une partie de 10 milliards de dollars que le Québec récolte annuellement en péréquation.

On le sait, la CMM vient de rejeter le projet de pipeline Énergie Est de la société TransCanada. Or, un des problèmes de l'Alberta et de la Saskatchewan vient précisément du fait qu’elles sont enclavées et qu’il existe peu d’options pour acheminer le pétrole qu’on y produit vers les marchés extérieurs.

Au sud, Barack Obama ne veut rien savoir du projet Keystone XL. Celui d’Enbridge, Northern Gateway, qui regarde vers le Pacifique, est lui aussi mal vu en Colombie-Britannique. Et voici que l’opposition grandit au Québec quant à Énergie Est.

Par ailleurs, il est certain que cette opposition systématique va finir par se traduire par un manque à gagner. Dans l'Ouest, on ne pourra pas verser autant de fonds qu’avant dans le grand panier de la péréquation.

Même si c’est le gouvernement fédéral qui les redistribue à même les impôts et taxes qu’il prélève, les recettes qu’il va percevoir vont inévitablement décliner. Et la tarte à partager risque alors de rapetisser. Il faut le reconnaître, tout comme il faudra reconnaître que nos finances publiques déjà fragiles pourraient en accuser le coup.

Entendons-nous : les maires de la région de Montréal ont tout à fait le droit de dire non à TransCanada, tout comme le gouvernement du Québec. Il avait également le droit, et l’autorité, pour imposer un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, et d’en décréter un autre sur la mise en valeur de l’uranium. Mais ça commence à faire beaucoup. À répétition. Et ils savent lire, dans l’Ouest.

Pendant ce temps, la Saskatchewan continue à produire du pétrole, du gaz… et de l’uranium. Avec la potasse et le blé, c’est ce qui l’a enrichie. Et nous avons profité de cette richesse au Québec. Mais dans les faits, nous les avons laissé faire le sale travail. Qu’ils grondent aujourd’hui est parfaitement compréhensible. Mieux, c’est légitime.

Nous pouvons poser des conditions au développement que d’autres ne posent pas. C’est concevable. Mais il va falloir un jour plonger. Le Québec ne peut pas bloquer systématiquement les projets qu’on lui présente en invoquant une part de risque. Le risque zéro n’existe pas. Ou bien, pour être conséquent, il va falloir consentir à une réduction des paiements de transfert. C’est la vieille histoire du beurre et de l’argent du beurre. On ne peut pas avoir les deux. Il faut choisir.

Et qu’on cesse de vanter le potentiel de projets plutôt chimériques comme celui qui tient à l’électrification des transports. Oui, c’est une belle avenue à considérer, mais les bénéfices se feront sentir à long terme. Le Québec ne sera pas seul dans le course. Il se peut, par exemple, que Peugeot en arrive un jour à concevoir et développer des voitures électriques au Québec. Dans cinq ans, voire 10. Mais si on tient vraiment à l’assainissement des finances publiques au Québec pour éviter que les prochaines générations ne soient ensevelies sous une dette monstrueuse, il faut agir sans tarder.

Il faut prendre fait et cause pour le développement, un développement réfléchi et ordonné, mais un développement réel. Et cesser de faire la fine bouche en nous remettant aux autres pour nous faire vivre. 

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