Déjà moins de frais d'intérêt sur la dette québécoise

Publié le 12/06/2016 à 13:53

Déjà moins de frais d'intérêt sur la dette québécoise

Publié le 12/06/2016 à 13:53

Chaque fois que le Québec paie 1 point de base (0,01 %) de moins sur ses emprunts, il épargne 2,5 millions de dollars. Ce n’est pas rien.

C’est ce que m’a confirmé le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, plus tôt cette semaine, juste après que l’agence Standard & Poors (S&P) ait évoqué des « perspectives positives » pour la cote de crédit du Québec. On peut ou non apprécier les agences en question, leur travail consiste essentiellement à évaluer le risque que représentent les emprunteurs. Plus élevés sont les risques, plus hauts seront les taux d’intérêt éventuellement accolés aux emprunts.

Et l’inverse. Quand le risque baisse, les taux baissent aussi. Et le Québec peut déjà espérer en profiter.

Compte tenu de notre historique collectif, on aurait pu s’attendre au contraire. À la page 242 du document Le plan économique du Québec, en fait le budget pour l’année 2016-2017, on signalait que chaque hausse de cent points de base (1%) des taux d’intérêt allait se traduire par une augmentation de 250 millions des frais d’intérêt sur la dette du Québec.

C’est ce qu’on redoutait au printemps. Mais l’opposé s’est produit.

D’abord, l’économie nord-américaine se révèle moins vigoureuse qu’on l’imaginait. Les prix toujours anémiques des ressources handicapent encore l’économie canadienne (sans même tenir compte des incendies de Fort McMurray) tandis que celle des États-Unis trébuche, avec un bilan de l’emploi plus faible que prévu ces derniers mois, particulièrement en mai.

La pression sur les taux d’intérêt est donc en train de s’atténuer, du moins pour l’instant.

En même temps, S&P prend en compte le redressement des finances publiques du Québec, obtenu, il est vrai, au prix d’efforts souvent douloureux. Et l’agence note dans son analyse la qualité du travail et de l’expertise du personnel du ministère des Finances. Ce n’est pas à dédaigner.

Que les mesures entreprises dans cet effort de rigueur aient toutes été judicieuses soulève encore des questions. Certains choix ont été et demeurent discutables.

Mais au bout du compte, l’atteinte de l’équilibre budgétaire reste salutaire. Le Québec paie déjà moins cher en frais d’intérêt sur ses emprunts. Même si le rehaussement de la cote de crédit du Québec devra attendre au mois 12 mois, le seul changement de ton de S&P envoie déjà un message favorablement reçu.

Il faut se rappeler que le service de la dette demeure le troisième poste budgétaire du Québec. Il représente environ 11 % de ses dépenses, après la santé et les services sociaux, plus ou moins 50 %, et l’éducation, 25 %. Chaque fois que le pourcentage de ce service la dette diminue, toutes les autres missions de l’état en profitent.

En cette fin de session parlementaire plutôt mouvementée pour le gouvernement Couillard, qui manifestement se cherche, c’est là une bonne nouvelle qu’il convient de saluer.

Prochain objectif de Carlos Leitao ? Convaincre Ottawa de ramener à 25 % sa contribution aux dépenses de santé des provinces, ce qui était le cas avant que de nouvelles méthodes de calcul dans les années 1990 ne la fassent passer graduellement à 19 %. Alors même que la pression ne cesse de s’accroître sur les provinces, alors que le fédéral doit décider, par exemple, s’il achètera 20 ou 30 hélicoptères… Ses revenus demeurent élevés même si ses priorités à lui sont moins immédiates.

Une rencontre au sommet se tiendra à Vancouver le 20 juin avec tous les ministres des Finances, Bill Morneau compris. En principe, Carlos Leitao dit noter une meilleure ouverture depuis le changement de gouvernement à Ottawa. Mais est-ce que les transferts seront véritablement plus substantiels ?

En tout cas, la maison québécoise est déjà plus en ordre. Il en coûtera désormais moins cher pour l’entretenir.

À propos de ce blogue

Observateur et commentateur privilégié de l’économie québécoise depuis plus de 20 ans, René Vézina fait le point sur un monde en évolution constante. Il jette un regard critique sur les événements et les vulgarise pour faire ressortir les enjeux cachés.

René Vézina

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