Qui gagne quand l'euro perd?

Publié le 02/02/2015 à 12:29

Qui gagne quand l'euro perd?

Publié le 02/02/2015 à 12:29

Photo: Shutterstock

Les annonces récentes de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque nationale suisse (BNS) imposent une importante pression à la baisse sur l'euro. D'un autre côté, la stimulation orchestrée par la BCE pourrait bien rendre le marché européen particulièrement intéressant du point de vue de l'investisseur. Pour tirer profit du contexte favorable qui pourrait se dessiner au cours des prochains mois sur les marchés boursiers européens, il importe de connaître les secteurs qui pourraient en profiter.


Les résultats corporatifs sont influencés d'une multitude de façons par les mouvements de devises. Les deux premiers effets sont directs, les deux suivants se produisent par ricochet:


- Effet de traduction – les profits réalisés en devises étrangères apparaîtront comme étant plus élevés une fois traduits en devise locale;


- Effet de transaction – la disparité entre les devises associées aux revenus (plus fortes) et celle associée aux coûts (plus faible) vient élargir les marges bénéficiaires;


- Effet concurrentiel – une devise locale plus faible procure un avantage concurrentiel aux entreprises locales qui peuvent réduire leurs prix;


- Effet de dividende – similaire à l'effet de traduction, il permet aux entreprises de diminuer leur ratio de distribution sans diminuer leur dividende, leur laissant par le fait-même des fonds excédentaires qui peuvent être utilisés à d'autres fins.


Les entreprises basées dans la zone euro génèrent en moyenne quelque 50% de leurs revenus en devises étrangères. Un euro plus faible devrait être particulièrement favorable aux exportateurs européens, surtout après deux années durant lesquelles la force de l'euro représentait un important vent de face pour ceux-ci. Selon les estimations d'UBS, pour chaque baisse de 10% de l'euro, l'effet de traduction permettrait de hausser les profits moyens rapportés de 3% à 4%. Dans les mêmes circonstances, l'effet de transaction viendrait ajouter de 1% à 2% additionnels. Bien que largement favorable, l'effet combiné demeure limité par une variété de facteurs qui varient d'une entreprise à l'autre tels que la couverture de devises, la discordance entre les devises de part et d'autre du bilan ou certains décalages dans le temps.


Les secteurs européens qui sont les mieux placés pour profiter du contexte sont les produits de consommation, la santé et les industrielles. Des trois, ce sont probablement les entreprises du secteur de la consommation discrétionnaire, plus particulièrement les produits de luxe et l'automobile, qui en tireront les bénéfices les plus imposants. Dans tous les cas, il demeure toutefois important de bien comprendre les affaires des entreprises, leurs avantages concurrentiels et leur évaluation, sans se baser uniquement sur les effets de devise pour justifier une décision de placement.


L'investisseur avisé


L'investisseur avisé, surtout s'il fait partie de la masse qui est surpondérée en actions canadiennes et américaines, pourrait vouloir recommencer à s'intéresser aux actions d'outre-Atlantique. Les évaluations y sont plus conservatrices, le cycle des profits loin de son sommet et les mesures annoncées par la BCE devraient être largement favorables. Pour ceux qui décideront d'aller de l'avant, la décision de couverture de l'euro demeurera cruciale et pourrait influencer de façon importante le résultat de la transaction lorsque traduit en dollars canadiens.


Questions à poser


Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:


- Quelle est mon exposition au marché européen; quelle devrait être mon exposition cible à ce marché?


- Mon exposition aux fluctuations de l'euro est-elle couverte ou non?


- Quelle latitude mon gestionnaire a-t-il pour adapter mon portefeuille aux opportunités ou aux risques du moment?


 

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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