La BCE livre la marchandise

Publié le 26/01/2015 à 09:56

La BCE livre la marchandise

Publié le 26/01/2015 à 09:56

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. (Photo: Bloomberg)

Une fois de plus, ce sont les banques centrales qui ont volé la vedette cette semaine. En effet, la Banque du Canada a causé toute une surprise en abaissant son taux directeur à 0.75%. L'annonce de la Banque centrale européenne (BCE) était plus prévisible, mais le résultat s'est avéré encore plus accommodant que ce que la majorité des experts prévoyait. Dans les deux cas les marchés ont accueilli les nouvelles favorablement, hausses solides à l'appui.


Dans l'ensemble, bien que la baisse des taux canadiens soit stimulante pour notre économie locale et importante pour les Canadiens, c'est l'annonce de l'élargissement du programme d'assouplissement quantitatif de la BCE qui a eu, et continuera d'avoir, le plus d'impact sur les marchés financiers à travers la planète.


En effet, lors d'une allocution historique, le président de la BCE Mario Draghi a annoncé que le programme élargi permettrait l'achat d'actifs valant 60 milliards d'euros par mois entre mars 2015 et septembre 2016. Les achats totaux annoncés de près de 1.1 trillions d'euros figurent dans le haut de la fourchette anticipée par la plupart des experts.


Le principal impact positif de cette annonce sera de dissiper les doutes et les incertitudes quant à la forme, l'envergure et la durée du programme. Ces questions ont causé passablement de volatilité sur les marchés au cours des dernières semaines, volatilité qui devrait normalement retomber à des niveaux plus communs si la Grèce ne cause pas de nouvelle surprise lors des élections du 25 janvier.


Maintenant que les détails du programme sont connus, les acteurs sur les marchés financiers savent à quoi s'en tenir jusqu'à septembre 2016 et profitent d'une bien meilleure visibilité pour structurer leurs projections.


L'objectif de la BCE est évidemment d'éviter que l'Europe plonge en déflation et de stimuler la croissance économique. Toutes choses étant égales par ailleurs, l'impact devrait être négatif pour l'euro, positif pour l'économie européenne et positif pour les marchés boursiers européens. À terme, si l'opération est une réussite, la croissance économique générée permettra de raffermir l'euro et de ramener l'inflation au niveau visé. Les résultats ne seront toutefois pas visibles avant la deuxième moitié de l'année et l'évolution des prix du pétrole pourrait venir brouiller les cartes puisque l'Europe en est un grand importateur.


Par ailleurs, le rééquilibrage de nombreux portefeuilles de placement institutionnels devrait contribuer à éviter une baisse trop marquée de l'euro. Alors que plusieurs investisseurs ont délaissé les placements européens ces dernières années au profit du marché américain, une politique monétaire plus restrictive aux États-Unis et plus accommodante en Europe devrait les inciter à revoir leurs positions.


À chaque fois que ce type d'annonce drastique est fait, il est quelque peu complexe d'en anticiper toutes les répercussions. Les résultats ont été variés jusqu'à présent: les États-Unis représentent l'exemple d'une opération qui semble bien ancrée sur la voie de la réussite alors que le Japon continue à expérimenter. En ce qui a trait à l'Europe, on saura dans quelques mois si la recette de Mario Draghi aura porté ses fruits.


L'investisseur avisé


L'investisseur avisé, surtout s'il fait partie de la masse qui est surpondérée en actions canadiennes et américaines, pourrait vouloir recommencer à s'intéresser aux actions d'outre-Atlantique. Les évaluations y sont plus conservatrices, le cycle des profits loin de son sommet et les mesures annoncées par la BCE devraient être largement favorables. Pour ceux qui décideront d'aller de l'avant, la décision de couverture de l'euro demeurera cruciale et pourrait influencer de façon importante le résultat de la transaction lorsque traduit en dollars canadiens.


Questions à poser


Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:


- Quelle est mon exposition au marché européen; quelle devrait être mon exposition cible à ce marché?


- Mon exposition aux fluctuations de l'euro est-elle couverte ou non?


- Quelle latitude mon gestionnaire a-t-il pour adapter mon portefeuille aux opportunités ou aux risques du moment?

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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