Les marchés sont-ils dangereusement chers?

Publié le 23/08/2019 à 13:55

Les marchés sont-ils dangereusement chers?

Publié le 23/08/2019 à 13:55

Une boule de cristal avec un signe de dollar à l'intérieur.

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Plusieurs nous demandent si les marchés ne seraient pas devenus trop chers, surtout en considérant que nous sommes dans un marché haussier depuis maintenant plus de 10 ans (techniquement, la forte correction du quatrième trimestre de 2018 n’a pas mis fin au marché haussier, car la baisse n’était que de 19,9% alors qu’une baisse de 20,0% aurait été nécessaire pour y mettre fin).

À mon avis, deux facteurs sont cruciaux dans l’évaluation des marchés boursiers dans leur ensemble : les bénéfices et les perspectives de croissance des marchés ainsi que les taux d’intérêt à long terme.

Si je me fie aux sociétés que nous possédons dans nos portefeuilles, la croissance des bénéfices demeure bel et bien au rendez-vous. Nous prévoyons une croissance moyenne de près de 11% pour nos sociétés en 2019 par rapport à 2018. Il est difficile (et probablement futile) de tenter de prévoir la croissance future des sociétés, mais nous ne voyons pas pourquoi cette croissance ne devrait pas se poursuivre dans les trimestres à venir.

Par contre, nous croyons qu’il faut s’attendre à ce que le rythme de croissance des entreprises en général ralentisse : les marges bénéficiaires sont à des niveaux record, les sociétés sont relativement endettées présentement et les perspectives de croissance économique sont moins reluisantes. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est certainement un facteur qui pourrait continuer de peser sur la croissance économique nord-américaine.

Quant aux taux d’intérêt, ils demeurent très bas. Même qu’ils ont baissé sensiblement au cours des derniers mois, ce qui explique probablement le fort rebond des marchés boursiers depuis le début de l’année. Voici l’évolution à long terme des taux des obligations 10 ans du gouvernement américain :

 

 

Le taux 10 ans d’une obligation du gouvernement américain est présentement de 1,55% (la même obligation canadienne offre 1,16%). Ce sont ces taux qui servent de jalon dans l’évaluation de tout actif financier, des actions jusqu’aux obligations en passant pas l'immobilier. Dans un contexte semblable, nous jugeons qu’à 18,0 fois les bénéfices prévus en 2019, l’évaluation du marché boursier n’est pas nécessairement excessive, même si elle représente une prime de plus de 20% par rapport au ratio cours-bénéfices moyen historique qui avoisine 15,0.

À noter qu’un ratio cours-bénéfices de 18,0 se traduit par un rendement des bénéfices (les bénéfices divisés par le cours ou l’inverse du ratio cours-bénéfices) de près de 5,6%, ce qui se compare avantageusement aux rendements des obligations 10 ans des gouvernements américain et canadien.

Il y a toujours de bonnes raisons pour nous faire croire que les marchés boursiers pourraient corriger. Dans le moment, ce sont surtout les craintes d’un ralentissement économique, voire d’une récession, qui inquiètent les investisseurs, particulièrement avec la guerre commerciale qui sévit.

Je crois néanmoins que l’investisseur qui a un horizon de plusieurs années devant lui devrait continuer de favoriser les actions, même si nous estimons que les rendements des prochaines années seront sensiblement inférieurs à la moyenne historique de près de 10,0%. Il y a toujours des chances que les marchés corrigent, mais les actions devraient continuer d’enrichir les investisseurs au cours des 10 prochaines années et plus.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

Président exécutif du conseil et chef des placements, COTE 100

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