L'expression la plus inquiétante pour les investisseurs en Bourse

Publié le 05/09/2014 à 11:52

L'expression la plus inquiétante pour les investisseurs en Bourse

Publié le 05/09/2014 à 11:52

Photo: Bloomberg

Cette semaine, James Albertine, analyste chez Stiefel Nicolaus, a annoncé qu’il recommandait maintenant d’acheter le titre de Tesla et qu’il portait son cours cible à 400 $.

La raison qu’il avance pour justifier sa recommandation m’a fait sursauter. Après avoir maintenu une position conservatrice sur le titre de Tesla depuis plus d’un an, l’analyste se sent «déchiré de majorer sa recommandation puisqu’il est clair que de nombreux risques sont toujours présents.» Il ajoute qu’«en dépit d’au moins une demi-douzaine d’inquiétudes…, ces dernières n’ont tout simplement pas d’importance pour le titre de Tesla. À notre avis, comme un train de marchandises, rien ne peut arrêter l’optimisme général face à Tesla, lequel est fondé sur une histoire de croissance parfaitement manucurée qui a capté l’attention d’une base d’investisseurs largement supérieure à ce dont les autres titres de manufacturiers automobiles peuvent attirer.»

En somme, pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre que l’analyste ne croit pas que le titre justifie son évaluation actuelle. Mais il en recommande néanmoins l’achat parce que sa forte popularité devrait se traduire par une appréciation croissante du titre. Autrement dit, le titre est trop cher, mais il croit que certains investisseurs seront prêts à payer encore plus cher pour cette entreprise très populaire! De toute évidence, la pression de recommander ce titre devait être particulièrement forte sur cet analyste.

Ça me fait drôlement penser aux nombreux analystes qui recommandaient le titre de Nortel à la fin des années 90. Comment certains d’entre eux pouvaient-ils justifier une évaluation de 150$ pour ce titre?

Encore une fois, ils devaient ressentir une forte pression de la part des investisseurs et de leurs patrons de recommander ce titre chouchou qui représentait à un certain moment près de 30% de la capitalisation de l’indice de la Bourse de Toronto.

C’est le même phénomène qui a pu expliquer que des analystes très sérieux recommandaient des titres Internet à la fin des années 90. Je me souviens notamment que plusieurs d’entre eux évaluaient ces sociétés en fonction de leurs dépenses en R-D parce que les moyens d’évaluation conventionnels ne tenaient plus la route.

Ainsi, on pouvait lire que tel titre Internet était moins cher et donc un achat parce qu’il se vendait à 8 fois ses dépenses de R-D au lieu de 10 fois pour les titres comparables!

Quelle est donc cette expression si dangereuse pour les investisseurs?

« Cette fois-ci, c’est différent »This time, it’s different. »)

Lorsque je vois une telle expression ou une de ses variantes, un signal d’alarme sonne dans ma tête. Car au contraire, l’histoire nous démontre clairement que « plus ça change, plus c’est pareil. »

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue : Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

 

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