Toute la lumière sur les dommages collatéraux du burn-out!

Publié le 04/05/2016 à 06:28

Toute la lumière sur les dommages collatéraux du burn-out!

Publié le 04/05/2016 à 06:28

Un effet d'autant plus dévastateur qu'il est insoupçonné... Photo: DR

Du jour au lendemain, un collègue qui vous est cher s'en va, en raison d'un burn-out que personne n'avait vraiment vu venir. Vous avez mal pour lui. Tout comme vos collègues. Et chacun croise les doigts pour que la parenthèse imprévue lui soit bénéfique. Et ça s'arrête là.

Oui, la plupart du temps, ça s'arrête là. Chacun en prend un peu plus sur les épaules, ou au mieux l'entreprise se résout à recruter un stagiaire pour les semaines à venir, histoire de parer au plus pressé. Et c'est tout.

Mais, à bien y penser, n'y aurait-il pas d'autres impacts qu'une surcharge de travail sur l'équipe qui vient de perdre - même temporairement - l'un de ses éléments? Des impacts psychologiques, par exemple?

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L'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) a tenu à en avoir le coeur net, à l'occasion de la Semaine nationale de la santé mentale. Aussi a-t-il demandé à Crop d'envoyer en avril un questionnaire à 571 employés québécois, puis de l'analyser en détail.

Qu'en est-il ressorti? Eh bien, des révélations à faire froid dans le dos à plus d'un employeur, je pense!

Regardons ça ensemble :

> 1 sur 2. Au Québec, 1 employé sur 2 a déjà vu l'un de ses collègues partir en congé de maladie pour des motifs de santé mentale (dépression, burn-out, etc.).

> Des répercussions «intenses». De manière générale, 2 employés sur 3 perçoivent comme «très ou assez intenses» les répercussions engendrées par un tel départ. Cette perception est encore plus vive en régions, puisque ce sont 73% des employés qui trouvent les répercussions intenses. À noter que les personnes les plus sensibles à ces répercussions-là sont les employés de 18-34 ans, à savoir ceux des générations Y et Z.

> Top 5 des répercussions. Les répercussions sont diverses et variées aux yeux des collègues de celui ou celle qui a dû partir pour cause de santé mentale. Voici le top 5 :

1. Surcharge de travail. Ce sont 53% des employés qui estiment que ce départ-là se traduit par une surcharge de travail immédiate et conséquente pour eux. À noter que les femmes (60%) sont plus concernées par cela que les autres.

2. Augmentation du niveau de stress. 1 employé sur 3 considère que cela accroît leur propre niveau de stress au travail.

3. Détérioration de l'ambiance de travail. 29% des employés québécois disent que cela nuit nettement au climat de travail. À noter que les baby-boomers (48%) sont les plus concernés par ce point.

4. Démotivation. 29% des employés affirment que cela les démotive personnellement par rapport à leur travail.

5. Baisse de la performance globale. 1 employé sur 4 dit que cela se traduit par une diminution de la performance de l'équipe dans laquelle oeuvrait l'employé en question. À noter que les hommes (32%) sont particulièrement sensibles à ce point-là.

Plus. Absentéisme en région. Enfin, un fait particulier ressort de ce palmarès, même s'il ne concerne pas le Top 5 : en région, le départ d'un employé pour cause de santé mentale déclenche chez les autres une tendance certaine à l'absentéisme (28%). Autrement dit, au lieu d'en prendre davantage sur leurs épaules, ils ont le réflexe de se défiler, peut-être en faisant le calcul que cela leur évitera d'en avoir trop à porter, et donc de ne pas avoir à souffrir d'un burn-out à leur tour.

> Indifférence managériale. Aux yeux des deux tiers (64%) des employés québécois, leur employeur ne prend aucune mesure particulière lorsque l'un des employés part à cause d'un burn-out. D'après eux, il ferme les yeux et semble considérer que les autres arriveront bien à se débrouiller sans celui qui manque (un peu comme l'un d'eux part en vacances).

Bon. Je vous ai bombardé de chiffres, mais je crois qu'il était nécessaire de le faire pour vous faire saisir l'ampleur des dommages collatéraux d'un burn-out.

Pour résumer, voici les éléments fondamentaux à retenir, à mon avis :

> Le burn-out est bel et bien une réalité du quotidien au travail. Et non pas un épiphénomène comme semblent le croire nombre d'employeurs, considérant visiblement qu'il ne s'agit là de guère plus qu'une «forme moderne d'accident du travail». Car cela a un impact direct sur 1 employé québécois sur 2.

> Le burn-out entraîne des dommages collatéraux considérables. Ceux-ci sont «intenses» et ne se traduisent pas par qu'une simple surcharge de travail, mais aussi par une hausse du stress des employés en place, une détérioration de l'ambiance de travail, une démotivation des uns et des autres ainsi qu'une baisse de la performance globale. Et même, en région, par de l'absentéisme.

> Le burn-out a un effet d'autant plus dévastateur qu'il est insoupçonné. La plupart des employeurs ne semblent pas prêter attention aux impacts d'un départ en burn-out, puisqu'ils ne prennent aucune mesure adaptée lorsque cela survient dans leurs rangs. Ce qui a pour effet d'aggraver l'impact psychologique sur les collègues immédiats de celui qui a dû partir.

«Lorsqu'une personne s'absente ainsi, ses tâches sont redistribuées entre ses proches collègues, notamment aux plus performants. Malheureusement, ces derniers se retrouvent bien vite en surcharge de travail, et il n'est pas rare de les voir tomber à leur tour. Il faut donc faire preuve de vigilance et éviter à tout prix de créer un effet domino», dit Manon Poirier, directrice générale, de l'Ordre.

Voilà. Il me semble que c'est clair. Il convient de ne plus prendre à la légère l'absence d'un employé pour raison de santé mentale, comme le burn-out. Pour finir de convaincre ceux qui ne jurent que par les chiffres, j'en ai deux derniers à partager avec ceux-là :

> 21%. Au Canada, 1 employé sur 5 souffre actuellement d'un trouble de santé mentale ou d'une maladie mentale, selon la Commission de la santé mentale du Canada.

> 6,3 G$. Au Canada, les pertes annuelles de productivité dues à ces problèmes de santé mentale s'élèvent à 6,3 milliards de dollars pour les organisations canadiennes.

En passant, l'artiste français Francis Picabia a dit dans ses Écrits : «Toute conviction est une maladie».

 

À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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