Les réseaux sociaux, le «cinquième pouvoir»?

Publié le 06/10/2020 à 14:12

Les réseaux sociaux, le «cinquième pouvoir»?

Publié le 06/10/2020 à 14:12

Des applications de réseaux sociaux sur un écran de téléphone intelligent

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Depuis quelques années, nous assistons à vitesse grand V à la naissance d’un nouveau type de pouvoir. Par le passé, la grande majorité des sociétés démocratiques de la planète ont développés des codes et règles bien précis afin d’assurer une gouvernance démocratique ayant comme base trois pouvoirs indépendants et distincts, soit le législatif (les élus), l’exécutif (le Gouvernement) et le judiciaire (notre système judiciaire).

C’est le politicien et écrivain britannique Edmund Burke qui, en 1790, utilisa pour la première fois le terme «quatrième pouvoir» en faisant référence à la presse. Un demi-siècle plus tard, c’était au tour d’Honoré de Balzac de remettre cette trilogie en question en affirmant, à son tour, qu’un quatrième pouvoir existait bel et bien, soit celui des médias.

Plus d’un siècle passa sans que ce quatuor fût remis en question, jusqu’à l’apparition des réseaux sociaux, ou plutôt jusqu’à leur domination impériale des 10 dernières années. Un cinquième pouvoir est apparu.

Rappelez-vous des débuts de cette vague de nouvelles applications mobiles qui promettaient de trouver un emploi, se faire de nouveaux amis ou exprimer des opinions en très peu de caractères... Des applications révolutionnaires qui ont vite réussi à conquérir des centaines de millions, voire des milliards d’utilisateurs sous de fausses promesses.

Qui aurait cru, moins d’une vingtaine d’années plus tard, que ces mêmes applications, au premier regard inoffensives, deviendraient de véritables menaces pour la démocratie.

Tristement, un subtil mélange explosif de «fake news», de propagandes conspirationnistes, de haine, de violence, de manipulations politiques et d’ignorance ont fait en sorte que des millions d’utilisateurs ont totalement perdu toute notion de réalité en se réconfortant dans un monde parallèle.

Un monde virtuel qui, grâce à l’exploitation de chacun de vos mouvements (géolocalisation), de chacune de vos émotions («likes», partages, et commentaires) et à l’analyse méticuleuse de milliards d’informations vous connaît mieux que vous-même. 

Un monde qui vous offre un faux sentiment de bien-être en vous gavant de contenu qui, selon l’utilisation que vous faites de vos réseaux, vous plaît, vous réconforte dans vos croyances et vous donne l’impression de faire partie d’une meute, qui comme vous, a raison... contrairement aux autres, qui bien sûr ont tort. 

Le danger, il est là. Au lieu de réunir, les réseaux sociaux nous ont éloignés. Au lieu de bâtir des communautés, ils ont créé des sectes. Au lieu de partager la bonne nouvelle, ils sont devenus des apôtres des fausses nouvelles. Au lieu de se «liker», on se déteste.

Je vais le dire tout de suite. Je suis un utilisateur et un amateur de différents réseaux sociaux. Je les utilise afin de m’exprimer, de partager des idées, des opinions, des photos ou anecdotes de mon quotidien, surtout de ma vie d’entrepreneur. J’y suis également des personnes que j’aime, qui m’inspirent ou qui me divertissent pour une raison ou une autre. Je les utilise en fonction de leur promesse de départ.

Mais attention, bien que j’accepte en les utilisant, qu’ils exploitent (confidentiellement selon leurs dires) mes propres données que je leur soumets volontairement (afin de me faire des pubs ciblées de gogosses inutiles que je consulte sur Google ou Amazon...), je me fais un point d’honneur d’utiliser ces plateformes uniquement pour des fins de divertissement, et jamais comme des sources crédibles d’information. Tristement, pour des centaines de millions d’utilisateurs, c’est le contraire. Si c’est écrit sur une de ces plateformes, c’est vrai!

Je ne suis pas ici pour donner des leçons ni pour décourager l’un ou l’autre de croire ou de ne pas croire ce dont ils sont convaincus. J’écris ce texte afin que l’on s’ouvre les yeux sur l’importance de mettre des balises afin d’encadrer l’influence que ses entreprises ont sur notre société.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont l’ultime pouvoir. Comme toute «bonne dictature», ceux-ci ont réussi à non seulement conquérir le pouvoir, ils ont, par le fait même, affaibli considérablement les autres pouvoirs en étant plus rapides et flexibles que le législatif, plus puissants et influents que l’exécutif, déclarant la guerre au judiciaire et ruinant la presse.

Pour conclure, je vous encourage fortement à visionner le documentaire «Social dilemma» présentement sur Netflix. On y dresse un portrait réfléchi, réaliste, basé sur des faits et inquiétant sur les coulisses de ces géants du web qui, tout doucement, mais sûrement, prennent le contrôle de votre propre vie sans même que vous le sachiez.

 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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