Le paradoxe de l'aide aux familles à faible revenu

Publié le 05/04/2015 à 12:28

Le paradoxe de l'aide aux familles à faible revenu

Publié le 05/04/2015 à 12:28

Photo: Shutterstock

L’enfer est pavé de bonnes intentions. On affiche l’image d’une corporation qui cherche à aider les gens défavorisés, mais en fin de compte, on détériore davantage leur situation. Voilà ce qui nous vient à l’esprit lorsque nous lisons que la banque BBVA Compass annonça son tout nouveau programme HOME, dont l’acronyme signifie «Home Ownership Made Easier» (cliquer ici pour l'article).

Il décrit bien le but visé: on cherche à rendre plus facile l’accès à la propriété. Cette banque, qui compte près de 700 succursales, est active dans le sud des États-Unis. Elle s’est engagée à offrir 11 milliards de dollars en prêts, investissements et services aux communautés à faibles revenus.

Toutefois, le programme vise ni plus ni moins à financer la propriété à 100%, et va même jusqu’à payer les coûts afférents à la transaction, jusqu’à concurrence de 4500$.

Le chef de la direction décrit son programme ainsi: «du point de vue des affaires, c’est sensé. C’est responsable de la part de la banque, et cela nous aide à mieux connecter avec les communautés dans lesquelles nous investissons. Nous nous sommes engagés à faire notre part, à la mesure de notre vision de ce que devrait être le système bancaire au 21e siècle».

Avec une telle initiative supportant les individus et les ménages à faible revenu, qui pourrait s’insurger contre cette si belle attention?

 La banque souligne le fait que dans certains cas, l’emprunteur va effectuer un paiement hypothécaire moindre que le loyer qu’il était habitué de payer en logement. Cette comparaison nous apparaît boîteuse, puisqu'elle ne tient nullement compte de tous les frais engendrés par la maintenance d’une maison. Comment une famille à faible revenu n’arrivant pas à amasser un petit capital pour un achat aussi significatif arrivera-t-elle à payer pour les frais imprévus et les rénovations lorsqu’ils seront nécessaires?

Des imprévus dépassant la capacité d'épargne

Par exemple, l’un de nos voisins a été forcé de débourser plus de 20 000$ pour le tronçon d’aqueduc reliant la rue à son entrée d’eau lorsque celui-ci est devenu désuet. Un autre a dû effectuer des rénovations urgentes nécessitant l’ouverture du plafond du deuxième étage, pour finalement s’apercevoir que la vermiculite du grenier contenait de l’amiante. La décontamination à elle seule a coûté 12 000$, il y a 10 ans. Ces événements ne surviennent pas fréquemment, mais ils constitueront un cauchemar pour ceux qui ne possèdent aucune économie.

Les agences Fannie Mae et Freddie Mac offrent déjà des prêts couvrant 97% de la valeur de la maison. La banque stipule que pour certains, le 3% de paiement initial s’avère un lourd fardeau financier! Il s’agit de 6000$ pour une propriété de 200 000$. Si un ménage s’avère dans l’impossibilité d’épargner 3% du prix d’une maison, comment peut-on espérer qu’il arrivera à payer les dépenses importantes lorsqu’elles surviendront? Aide-t-on vraiment les familles à faibles revenus en leur «suggérant» d’acheter quelque chose pour lequel elles n’ont pas les moyens?

Durant la crise, on a longtemps accusé les institutions financières de s’adonner à ce genre de pratique. Aujourd’hui, alors que la récession est terminée, cette incitation semble plutôt perçue comme une bonne action. Voilà un beau paradoxe!

Joyeuses Pâques à tous nos lecteurs.

Au sujet des auteurs du blogue : Patrick Thénière et Rémy Morel sont analystes financiers et propriétaires de Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com


 

À propos de ce blogue

Patrick Thénière et Rémy Morel sont associés et gestionnaires de portefeuille chez Barrage Capital, une firme montréalaise de gestion d'actifs. www.barragecapital.com

Les investigateurs financiers

Blogues similaires

Bourse: une reprise pas comme les autres

Édition du 20 Janvier 2021 | Dominique Beauchamp

ANALYSE. La reprise économique n’est pas comme les autres, car elle dépend entièrement ...

Bourse: le Bitcoin et Tesla sont des exemples d'excès sur les marchés, dit Vincent Fournier

15/01/2021 | Denis Lalonde

BALADO. Alors que les marchés boursiers atteignent des sommets, certains exemples d'excès font surface.