Non, le Canada n'est pas dans la cour des grands en IA!

Publié le 03/04/2019 à 06:46

Non, le Canada n'est pas dans la cour des grands en IA!

Publié le 03/04/2019 à 06:46

On assiste carrément à une fuite des cerveaux formés ici-même... Photo: DR

Scientifiques, politiciens, entrepreneurs… Tout le monde clame haut et fort que le Canada – pour ne pas dire Montréal – est un acteur mondial majeur de l’industrie de l’intelligence artificielle (IA). Et l'argent public, tant du fédéral que du provincial, pleut à seaux remplis de millions sur les différents acteurs d’ici, l’objectif étant de rafler la mise de cette industrie naissante promise à un avenir économique fantastique au nez et à la barbe des concurrents que sont, entre autres, les États-Unis et la Chine.


Le hic ? C’est que le Canada n’est pas, en vérité, dans la cour des grands en matière d’IA. Loin de là. Comme en atteste une étude fracassante que vient de divulguer Jean-François Gagné, PDG et cofondateur d’Element AI, un fournisseur de produits en IA dont l’un des cofondateurs est nul autre que Yoshua Bengio, lauréat du prix Turing en 2018. Regardons ça ensemble…


L’étude intitulée «Rapport mondial 2019 sur les talents en IA» montre que l’industrie de l’IA connaît aujourd’hui un véritable engouement, en ce sens qu’à l’échelle de la planète le nombre de publications scientifiques à ce sujet a bondi de 25% depuis 2015. Idem, le nombre de participants à des conférences sur le sujet a progressé, rien que l’an dernier, de 19%. Résultat ? Le nombre d’experts en IA connaît actuellement une embellie exceptionnelle : +66% en 2018.


La question saute aux yeux : le Canada parvient-il à tirer son épingle du jeu ? Quelques chiffres révélés par l’étude permettent de s’en faire une juste idée:


– Une maigre expertise. Parmi tous les auteurs de conférences scientifiques sur l’IA données ces derniers temps un peu partout sur la planète, combien ont obtenu leur doctorat au Canada ? Seulement 4%. En guise de comparaison, le même pourcentage est de 44% pour les États-Unis et de 11% pour la Chine.


Autrement dit, rarissimes sont les experts en IA formés au Canada qui font figure de référence à l’échelle internationale. Certes, nous pouvons tirer une légitime fierté de compter parmi eux M. Bengio, l’un des pionniers de l’IA, mais à part lui…


– De maigres avancées scientifiques. Dans le monde entier, seulement 18% des chercheurs en IA – environ 4 000 personnes – ont fait dernièrement une trouvaille qui a eu un impact conséquent sur toute l’industrie, d’après l’étude. Or, combien d’entre eux venaient du Canada ? Seulement 1,1%. En guise de comparaison, le même pourcentage est de 27% pour les États-Unis et de 6,4% pour la Chine.


Autrement dit, rarissimes sont les experts canadiens qui sont à l’origine de réelles avancées scientifiques en matière d’IA.


– Une maigre attractivité. Parmi tous les experts en IA que compte la planète, combien travaillent pour une entreprise dont le siège social est établi au Canada ? Seulement 4%. En guise de comparaison, le même pourcentage est de 46% pour les États-Unis et de 11% pour la Chine.


Autrement dit, rarissimes sont les experts en IA qui oeuvrent pour des entreprises canadiennes.


– Des talents qui filent à l’étranger. Parmi tous les experts en IA formés au Canada, combien travaillent pour une entreprise étrangère ? 38%. Ce qui est beaucoup plus que la moyenne internationale, laquelle est de 27%.


C’est bien simple, l’étude montre que le Canada est, avec la Suisse, le pays qui perd le plus de talents formés en son sein au profit d’entreprises étrangères. Où vont-ils exercer leurs talents? Le tiers d’entre eux (29%) vont travailler aux Etats-Unis pour une entreprise américaine, les autres pays bénéficiaires étant surtout la Grande-Bretagne et la France.


«L’étude montre en toute transparence la rareté des talents, et a pour but d’aider tout le monde à comprendre où nous nous situons vraiment en tant que communauté, dit par voie de communiqué Jean-François Gagné, l’auteur de l’étude. Car c’est à l’aide de chiffres précis que l’on permettra à la communauté canadienne de l’IA d’avoir des discussions constructives sur les meilleures façons de mobiliser les talents.»


De fait, le constat est éloquent : le Canada n’est pas le champion de l’IA que l’on imaginait. «Si l’on considère la répartition géographique des talents, les Etats-Unis sont en tête en chiffres absolus pour presque tous les indicateurs», note d’ailleurs l’étude. Et il est tout à l’honneur de M. Gagné et d’Element AI de le reconnaître, mieux encore, de le souligner.


Bref, il y a bel et bien «du chemin à faire» pour briller à l’échelle internationale. Reste à savoir si le Canada est vraiment prêt à prendre le taureau par les cornes pour y parvenir, ou pas. Et par suite, si Element AI est lui-même en mesure d’accomplir, ou pas, la mission qu’il s’est attribué lors de sa fondation : «L’ambition d’Element AI s’aligne précisément sur le désir de garder, et même de rapatrier, le talent chez nous ; et évidemment de bâtir de grandes entreprises ici», avait alors déclaré Yoshua Bengio…


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Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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