Comment Blockstream compte remplacer le système économique mondial

Publié le 04/02/2016 à 14:53

Comment Blockstream compte remplacer le système économique mondial

Publié le 04/02/2016 à 14:53

Austin Hill, pdg de Blockstream, considère la mission de sa start-up fera l'objet d'un marathon et non pas d'une course. [Photo : Eva Blue, Creative Commons]

Lorsque la nouvelle du financement monstre de Blockstream est tombée hier, c’est avec consternement que j’ai constaté que la start-up montréalaise était restée aussi secrète. Le communiqué contenait encore très peu d’information sur ce que faisait concrètement la société, du moins dans un langage compréhensible, si ce n’est qu’elle misait sur le bitcoin. Pourtant, elle annonçait alors la clôture d’une ronde A de financement en capital de risque de pas moins 55 millions de dollars US.


Ce financement porte ainsi le financement de Blockstream à 76 M US, puisqu’elle avait été chercher pas moins de 21 millions US lors de sa ronde d’amorçage. Il s’agit d’une ronde A excessivement grande, même selon les critères de la Silicon Valley. À titre de comparaison, la ronde A d’Uber s’élevait à 11 millions en 2011 et celle de Snapchat, à 12,5 millions en 2013.


Cette ronde A est toutefois comparable au financement de sa rivale de New York, Digital Asset Funding, qui vient de boucler un financement de 60 millions US.


Pour Austin Hill, le pdg de Blockstream, ce financement sans précédent n’est pas un luxe, puisqu’il vise ni plus ni moins qu'à rebâtir le système financier international sur de nouvelles bases : celles du bitcoin et de la technologie qui y est associée. « Nous voulons remplacer le système financier international, qui est basé sur des technologies qui n’ont pas évolué depuis 20 ans, lance Austin Hill. Même s’il y a énormément d’intérêt pour le bitcoin en ce moment, nous voulions nous assurer d’avoir les ressources pour nous engager dans des projets à long terme. »


La start-up de 31 employés a des bureaux à Montréal, où elle a quatre employés incluant Austin Hill, et à San Francisco. Bref, avec une telle structure de coûts, Blockstream se retrouve dans une rare situation où elle pourrait se passer de revenus ou de nouvelles injections en capital de risque pendant des années.


Malgré tout, Austin Hill m’a laissé entrevoir comment sa start-up secrète compte faire de l’argent… tout en faisant réinventant le système économique mondial. La première étape de sa quête de domination mondiale a été de lancer The Elements Project, qu’Austin Hill compare à une boîte à outils facilitant la création d’applications compatibles entre elles basées sur la technologie du blockchain.


À la base, le blockchain est en quelque sorte un livre comptable décentralisé enregistrant toutes les transactions en bitcoins. Grâce à la cryptographie, ce livre comptable ne peut être manipulé, de sorte que son utilisation ne requière aucun intermédiaire, comme une banque ou un cabinet comptable. The Element Project, dont le code source est ouvert, pourrait permettre aux banques de lancer des plateformes de négociations basées sur cette technologie, par exemple. 


Le plan d’affaires de Blockstream


À part la firme comptable PwC, avec laquelle Blockstream a annoncé un partenariat, Austin Hill se fait discret sur la liste de clients avec qui travaille la start-up. Il assure toutefois que Blockstream offre des services à un éventail de grandes institutions financières et de gouvernements. En effet, selon Austin Hill, plusieurs gouvernements étudieraient la possibilité d’émettre une devise nationale basée sur la technologie du blockchain.


«Certains gouvernements et entreprises vont miser sur ce changement technologique et d’autres pas, de la même manière que Netflix a misé sur l’Internet haute vitesse pour se réinventer et que Blockbuster ne l’a pas fait », lance Austin Hill, qui ne manque pas de confiance dans l’adoption du blockchain par les grands acteurs du système économique mondial. 


Pour profiter de la révolution technologique qu’elle entrevoit, Blockstream se positionne comme l’une des start-ups les mieux placées pour fabriquer le système d’exploitation du système financier du futur. Ce positionnement, qui explique l’intérêt des investisseurs pour la start-up, est dû au fait que Blockstream compte parmi ses co-fondateurs plusieurs contributeurs de premier plan au développement du bitcoin.


Austin Hill dit ainsi vouloir imiter le modèle de la multinationale Red Hat, qui contribue massivement au développement du système d’exploitation à code source ouvert Linux, en offrant des services et une version propriétaire de Linux à ses clients corporatifs.


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À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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