Marine Le Pen se rapproche de la présidence

Publié le 13/03/2021 à 09:00

Marine Le Pen se rapproche de la présidence

Publié le 13/03/2021 à 09:00

La présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen (Photo: 123RF)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE — Les conséquences du résultat d’un récent sondage en France pourraient avoir un impact majeur sur les entreprises québécoises actives dans ce pays. Lors du second tour à la présidentielle française au printemps 2022, une majorité d’électeurs se refuserait à faire «barrage» au Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen en se reportant sur l’actuel président Emmanuel Macron.

Ainsi, à la lumière de ce sondage réalisé par Harris Interactive pour Commstrat et publié par le quotidien français L’Opinion, Marine Le Pen a donc techniquement une probabilité plus grande de remporter le second tour à la prochaine élection présidentielle en France.

Cela dit, le même sondage prévoit qu’Emmanuel Macron serait néanmoins vainqueur du scrutin au second tour. Par contre, sa victoire serait serrée: 53% des voix contre 47% pour la leader du RN, un parti politique qualifié d’extrême droite.

C’est la raison pour laquelle le sondage a créé une onde de choc en France.

Plusieurs observateurs se posent la question: et si Marine Le Pen gagnait le second tour en 2022 étant donné que l’écart est faible entre les deux candidats anticipés (6 points de pourcentage) et que le front commun s’effrite?

Lors des présidentielles de 2002 et de 2017, quand le Rassemblement national s’est retrouvé au second tour, les électeurs français avaient alors fait front commun pour barrer la route au RN.

Autrement dit, ils ont voté pour l’autre candidat, même s’ils ne partageaient pas du tout ses idées politiques pour plusieurs d'entre eux.

En 2017, au second tour, Emmanuel Macron a récolté 66,10% des voix contre 33,90% pour Marine Le Pen.

 

En 2017, une partie importante de l'électorat a voté pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen.

Source : France Politique

 

En 2002, au second tour, le président sortant Jacques Chirac a obtenu un score de 82,21% comparativement à 17,79% pour Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national (aujourd’hui le Rassemblement national) et père de Marine Le Pen.

Le Figaro rapporte que c’est du côté de La France insoumise, un parti politique qualifié d’extrême gauche ou de la gauche radicale, que les chiffres «sont les plus parlants» en ce qui a trait à l'effritement du front commun.

Advenant un duel Macron-Le Pen l'année prochaine, 52% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (le fondateur de La France insoumise) refuseraient de faire un choix.

De plus, les 48% autres se diviseraient en deux afin de voter pour Marine Le Pen (soit 24%).

Récemment, le quotidien Libération a publié une manchette qui a fait grand bruit en France.

On y retrouvait des témoignages d’électeurs qui affirmaient qu’ils ne feraient plus barrage au RN, dénonçant la présidence de droite d’Emmanuel Macron, alors que ce dernier s’est fait élire sur un programme centriste.

 

Les priorités d'une présidence Le Pen

Même si ce scénario est hypothétique pour l’instant, à quoi pourrait bien ressembler une présidence Le Pen?

En fait, cela dépendrait du résultat des élections législatives qui suivent l’élection présidentielle, et qui envoient la députation à l’Assemblée nationale française, sans parler d’alliances potentielles entre le RN et la droite conservatrice.

Chose certaine, la réduction de l’immigration, le renforcement des frontières, le maintien de la loi et l’ordre, le durcissement de la lutte au terrorisme, le renforcement du nationalisme économique et le protectionnisme figureraient parmi les priorités de la nouvelle présidente.

Étant donné le poids politique de la France en Europe et le rôle historique de ce pays dans la construction européenne, une victoire du RN à la présidentielle de 2022 aurait nécessairement un impact sur la vie politique et économique sur le vieux continent.

Mais cela ne sonnerait pas pour autant le glas de l’Union européenne.

Les autres pays européens s’adapteraient à la nouvelle donne en France, comme le reste de la planète s’est adaptée — à commencer par le Canada — à la nouvelle donne aux États-Unis après la victoire surprise de Donald Trump à l’élection présidentielle, en novembre 2016.

Quant aux entreprises québécoises qui brassent des affaires en France, elles devraient elles aussi s’adapter aux nouvelles priorités économiques du pays, d’autant plus si Marine Le Pen peut compter sur une majorité à l’Assemblée nationale — incluant une majorité qui s'appuyerait sur des alliances politiques avec d'autres partis.

 

 

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand