La logique parfois tordue des marchés

Publié le 08/11/2011 à 16:52, mis à jour le 09/11/2011 à 10:52

La logique parfois tordue des marchés

Publié le 08/11/2011 à 16:52, mis à jour le 09/11/2011 à 10:52

« On me demande souvent ces temps-ci comment la Bourse, surtout américaine, peut être aussi effrontée en engrangeant des gains, à un moment où les gouvernements sautent en Grèce et en Italie », admet Vincent Delisle, stratège chez Scotia Capitaux.

Il répond à ses interlocuteurs que les marchés sont des « échanges de perceptions » et ces jours-ci, les Bourses sont entièrement otages des rebondissements en Europe.

Le S&P 500 américain a gagné presque 2 % lors des deux séances du 7 et 8 novembre. L'euro et le pétrole se sont aussi appréciés.

« L’éjection de George Papandreou en Grèce et de Silvio Berlusconi en Italie reflète que ces pays sentent l’urgence d’agir, alors qu’avant le climat était complaisant », évoque M. Delisle.

Pierre Lapointe, stratège chez Brockhouse Cooper, fait la même lecture de la situation, à court terme.

«  Le fait que les gouvernements sautent indique que les politiciens comprennent enfin la gravité de la situation et s’organisent pour faire approuver les plans d’austérité », indique-t-il.

En Grèce, le remplaçant de George Papandreou n'est pas un élu. Lucas Papademos est un ancien vice-président de la Banque centrale européenne, diplômé du Massachusetts Institute of Technology. Politiquement, des mesures d'austérite hypothèquent grandement les chances de réelection. Avec un acteur externe comme président temporaire, les partis de coalition veulent conserver leur chance d'être réélu, ajoute-t-il.

“M. Berlusconi a un peu l'allure d'un personnage de bande dessinée parmi les chefs d'état mondiaux. Il y a une poignée d'adultes en Europe qui travaillent très fort. Les investisseurs considèrent que M. Berlusconi fait partie du problème et pas de la solution ", a déclaré à Bloomber Michael Holland, président du cojseil de la firme newyorkaise Holland & Co.

La Bourse prend du mieux en partie parce qu’elle avait chuté de presque 20 % en août et septembre, sur des craintes que les économies américaine et mondiale retournent en récession.

Or, les pires craintes ne se sont pas réalisées pour l’instant. Au contraire, les données économiques américaines, de l’emploi, aux dépenses de consommation, en passant par les prévisions des bénéfices futurs des entreprises, ne périclitent pas comme prévu, depuis six semaines.

«  Pour l’instant, les investisseurs constatent que la contagion européenne est mineure. L’économie mondiale tient encore bon parce que le consommateur américain, qui pèse 22 % dans l’économie mondiale, consomme toujours », résume M. Delisle.

L’argent qui avait quitté le marché en août et septembre, revient ainsi un peu en Bourse.

Aussi, les investisseurs font le calcul que les Etats-Unis, aussi aux prises avec des déficits chroniques et une dette énorme, ont plus de marge de manœuvre, pour redresser leur bilan, sur papier tout au moins que les Européens.

Leur population est plus jeune et leurs taux de taxation sont plus faibles qu’en Europe.

Ceci dit, le soulagement des investisseurs pourrait être de courte durée, reconnaît M. Delisle.

Que l’Italie doive payer des taux de presque 7 % pour se financer, alors que les États-Unis paient un taux de 0,3 % sur trois ans pour leurs dettes, avec des taux d’endettement similaires, indique que rien ne tourne bien rond sur la planète financière, trois ans après la crise.

 

 

 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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