Première: des étudiants de McGill deviennent investisseurs d'impact

Publié le 23/04/2019 à 15:05

Première: des étudiants de McGill deviennent investisseurs d'impact

Publié le 23/04/2019 à 15:05

Bhoomika Saxena, étudiante au baccalauréat en commerce à McGill et membre du Montreal Social Value Fund (Photo: courtoisie)

Bhoomika Saxena complète sa deuxième année au baccalauréat en finance à l’université McGill. Cet été, elle sera stagiaire pour le bureau torontois de la plus importante firme de gestion d’actifs au monde, BlackRock.


Toutefois, elle compte effectuer la navette Toronto-Montréal très souvent, pour mener un projet extracurriculaire qui lui tient à cœur: la mise sur pied du Montreal Social Value Fund. Ce fonds, qui devrait être lancé en septembre 2019, sera entièrement consacré à l’investissement d’impact.


Le Montreal Social Value Fund s’inscrit dans un mouvement naissant pour permettre aux étudiants universitaires canadiens d’apprendre l’investissement d’impact sur le terrain, en le pratiquant. Ils apprennent comment on peut employer le capital pour s’attaquer à des enjeux sociaux ou environnementaux locaux. L’investissement doit contribuer à la croissance de l’entreprise, afin qu’elle maintienne et étende son impact. L’impact est au cœur de la décision d’investissement. Dans chaque ville où se déploiera ce fonds, les étudiants seront souverains. Les décisions d’investissements leur appartiendront entièrement. Outre Bhoomika Saxena, l’équipe de Montréal est composée de 8 autres étudiants de McGill.



Comment est née l’idée?


Steve Petterson, associé chez Helder Ventures et fondateur du National Social Value Fund (Photo: courtoisie)



Steve Petterson, un diplômé de la UBC Sauder School of Business a créé le National Social Value Fund il y a deux ans.


C’est un projet personnel qu’il a démarré tout en étant à l’emploi de Helder Ventures, un fonds d’investissement d’impact de Vancouver lancé par Barend van der Vorm.


Steve souhaite contribuer au lancement d’un maximum de fonds étudiants d’investissement d’impact. Le National Social Value Fund sera la maison-mère, propriétaire des fonds locaux. Outre celui de Montréal, un autre s’organise à London, en Ontario.



Pourquoi un fonds d’investissement d’impact géré par des étudiants?



«J’ai découvert l’investissement d’impact par hasard, pendant mes études en finance, confie Steve. J’étais inscrit à un cours d’entrepreneuriat social, pour remplir une case horaire. J’ai été soufflé. À partir de ce moment, j’ai concentré mes énergies sur ce type d’entreprises et ce type d’investissement générateur de valeur financière, sociale et environnementale.»


Après avoir découvert l’investissement d’impact, Steve réalise qu’on en parle fort peu dans les universités. Ce que confirme Bhoomika. «Tout ce que je sais en finance durable, je l'ai appris par moi-même, dit-elle. À travers des lectures ou en assistant à des conférences.»


Steve a donc décidé d’agir. «Entre ma 3e et 4e année, j’ai contribué à élaborer un cours complet sur ce thème. Il est aujourd’hui dispensé à UBC.» Il poursuit, «Le National Social Value Fund est la suite logique du cours que j’ai contribué à cocréer. Le cours initie les étudiants à cette philosophie d’investissement. Le fonds leur permet d’appliquer leurs apprentissages. L’idée étant qu’ils transportent cette connaissance de la finance durable chez leur futur employeur, que ce soit directement dans l’univers financier ou dans tout autre secteur.»



D’où proviennent les capitaux de ce fonds?



Chaque fonds aura ses partenaires locaux: des organisations, qui accordent des subventions, et des investisseurs d’impact qui souhaitent contribuer à la formation de la prochaine génération d’investisseurs d’impact et/ou des gestionnaires de fonds. Ces investisseurs prêtent l’argent pour le long terme (5 à 10 ans) à un faible taux d’intérêt (1% à 3%). «Nous ne visons pas la quantité, mais bien la qualité des fonds. Les étudiants n’ont pas besoin de sommes importantes pour apprendre. Il faut surtout que les valeurs des bailleurs de fonds soient arrimées à celle du National Social Value Fund. Leur argent est prêté à des fins pédagogiques», explique Steve.


Pour le Montreal Social Value Fund, par exemple, pour chaque dollar que les étudiants auront amassé, le National Social Value Fund donnera l’équivalent. Et la maison-mère couvrira tous les frais associés au démarrage.



Comment fonctionne le fonds?



Dans chaque région, l’initiative provient des étudiants. Ils démarrent leur groupe, ils trouvent les entreprises où investir, ils réalisent les investissements et ils les gèrent. Le National Social Value Fund les soutient, mais chaque fonds est entièrement souverain.



De qui est-il composé?



«Le premier fonds a été créé à Vancouver en 2017, par des étudiants de UBC et Simon Fraser. La première cohorte a été sélectionnée par la maison-mère. J’ai volontairement évité de ne retenir que des étudiants en finance et en gestion. Ils auraient évalué les entreprises sous un seul angle. On trouve donc des étudiants en gestion et en finance, mais aussi en génie, en philosophie, en économie, en science politique, etc. » Chaque équipe est composée d’une moitié d’étudiants de 3e année et d’une moitié d’étudiants de 4e année. Elle est donc entièrement renouvelée chaque deux ans. Ce sont les étudiants qui choisissent leurs remplaçants.


«Les étudiants sont attirés par notre projet pour l’autonomie. Nous ne leur disons pas quoi faire. Nous ouvrons les portes et leurs disons, «Allez à la rencontre des entreprises sociales et faites des expériences. Parfois, vous échouerez. Mais vous apprendrez à partir de la réalité, vous prendrez de vraies décisions.» Il poursuit, « Ma vision est qu’il se crée un Social Value Fund dans chaque communauté canadienne, peu importe sa taille. Et que les étudiants qui y participent aillent ensuite innover chez leurs employeurs.»



Comment mesure-t-on l’impact de ces fonds?



«Nous n’avons pas développé de mesure formelle. Mais la courbe d’apprentissage est évidente. Prenons la première cohorte. La première fois que les étudiants ont rencontré des entrepreneurs sociaux pour évaluer la possibilité d’investir dans leur entreprise, ils n’avaient aucune idée des questions à poser. À la fin de la première année, ils avaient imaginé un investissement sur mesure pour une entreprise locale.» Cette entreprise de contrôle parasitaire, Clean Start, s’est donné une mission d’Insertion sociale. Elle avait besoin d’argent pour étendre ses activités à l’île de Vancouver. Les étudiants ont imaginé la solution suivante, «Nous vous accordons un prêt à un taux de 5%, soit un peu sous les taux du marché. Aucun intérêt ne sera réclamé la première année. Si vous conservez vos cibles d’impact, nous réduirons le taux d’intérêt de moitié. Et si vous ajouté une autre cible d’impact, les femmes marginalisées par le marché du travail, nous ne vous réclamerons aucun intérêt.» La cible étant de conserver la proportion d’heures attribuées à des employés marginalisés par le marché du travail tout au long de la croissance. En janvier 2019, les mesures ont montré que Clean Start était proche de la cible, mais elle ne l’a pas atteint. Le prochain trimestre dira si la cible est atteinte.



Quels investissements ont été réalisés?



Le Vancouver Social Value Fund a réalisé trois investissements de 50 000$ chacun. Outre Clean Start, les étudiants ont investi dans Chop Value, une entreprise d'économie circulaire qui récupère des baguettes et les transforme en tables. Chop Stick compte ouvrir une succursale à Montréal. La troisième se nomme This Fish, elle emploie la technologie pour améliorer la traçabilité de l’industrie de la transformation du poisson. C’est une entreprise incroyable, toutefois elle s’éloigne un peu de notre mission hyperlocale.



Que sont devenus les étudiants de la première cohorte?



L’un d’eux travaille pour la firme-conseil en gestion Accenture. Un autre travaille pour un cabinet d’avocats local. Une autre pour le fonds d’investissement d’impact Renewal Funds, puis pour KPMG en Suède.



Pourquoi les étudiants font de bons investisseurs d’impact locaux?



«Notre hypothèse est que, pour les entreprises locales, les étudiants pourraient être plus utiles que les anges financiers. Je parle ici de petits investissements réalisés dans des entreprises qui ne visent pas une croissance régionale ou nationale. Les étudiants ont plus de temps à accorder à ces entreprises que les anges investisseurs, pour qui ces sommes représentent une infime portion de leur portefeuille. Certes, il leur manque de contexte. Mais nous compensons à offrant aux étudiants un comité d’investissement consultatif qu’ils rencontrent avant de réaliser leur investissement.» Il poursuit, «Nous croyons aussi que les étudiants réalisent ces investissements avec un œil neuf, sans idées préconçues, sans cynisme en imaginant les possibilités et non les limites. »


«J’ai très hâte de réaliser les premières vérifications diligentes, confie Bhoomika Saxena. Je suis consciente du défi de la mesure d’impact. On ne peut pas se contenter d’évaluer le résultat. Il faut aussi examiner le processus pour s’assurer qu’il ne produit pas davantage d’externalités qu’il ne résout de problèmes.» Elle conclut, «Ce qui me plaît particulièrement c’est l’aspect local de chaque fonds. On investit dans des entreprises qui s’attaquent à des enjeux spécifiques à notre communauté.»



Voici la liste des neuf étudiants de McGill membres de la première cohorte du Montreal Social Value Fund :



 -Bhoomika Saxena, étudiante au baccalauréat en commerce, majeure en finance.


-Olivier Boucher. baccalauréal en commerce, majeure en développement durable, spécialité en stratégie, entreprises sociales


-Maxime Lakat, baccalauréat en commerce, majeure en développement durable, mineure en entrepreneuriat social et études africaines


 -Eva Ren, étudiante au baccalauréat en commerce, spécialisation en gestion stratégique et analyse d’affaires


-Wylan Lee, étudiant au baccalauréat en commerce, majeure en finance et comptabilité  


-Isabella Turbyville, étudiante au baccalauréat en arts, majeure en environnement et développement et mineure en entrepreneuriat social


-Tanya Gandhi, étudiante au baccalauréat en commerce, majeure en économie et marketing


-Manan Lilani, étudiant au baccalauréat en commerce, économie et finance


-Lina Dieudonné , étudiante au baccalauréat en arts, majeure en économie et développement international et mineure en entrepreneuriat social

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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