La crise de croissance de l'économie collaborative en 6 constats

Publié le 03/11/2016 à 17:00

La crise de croissance de l'économie collaborative en 6 constats

Publié le 03/11/2016 à 17:00

L’économie collaborative n’était-elle qu’une jolie idée?


Et si l’économie collaborative est là pour rester, comment évoluera-t-elle?


Bref, l'économie collaborative traverse une crise de croissance.


Hier soir, Paola Tubaro, chercheuse au Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) de Paris, a échangé sur ces thèmes avec une cinquantaine de personnes. L’événement était coorganisé par l’Esplanade, le collectif OuiShare et Les Affaires. Nous avons tenté de voir au-delà du sempiternel cas d’Uber. Voici ce que je retiens de la discussion entre Paola Tubaro et les participants.


Premier constat: pas facile de dépasser le cas d’Uber


On sait tous que l’économie collaborative dépasse largement le cas d’Uber. Pourtant, il est extrêmement difficile de mener, et de conserver, la discussion autour d’autres acteurs qu’Uber. Le terme «ubérisation» laisse des traces.


Second constat: il est difficile de discuter de façon rationnelle d’économie collaborative. Le secteur devient très vite polarisé entre ceux qui ont des intentions pures et ceux qui n’en ont pas. C’est le combat de David contre Goliath.


Troisième constat: on s’attarde à tout ce qui se trouve autour de l’économie collaborative – les gains, les pertes, les impacts sur les individus et la société. Mais on étudie fort peu les modèles d’affaires de ces plateformes pour comprendre pourquoi elles réussissent ou échouent. Par exemple, on attribue une part trop importante du succès des grosses plateformes au comportement agressif de leurs dirigeants. Et si ce succès des grosses plateformes, au détriment des plus petites, était plutôt le résultat d’effets systémiques? D’une gouvernance déficiente? De failles réglementaires? D’un secteur immature?


Quatrième constat: le vrai partage est un marché de niche. Après l’engouement du début, on constate une baisse de la demande de partage. Combien de personnes veulent vraiment partager leur perceuse plutôt que la posséder? Moins que l’on croyait.


Cinquième constat: il faudrait commencer à parler de la reconstruction du travail issu de l’économie collaborative. On a beaucoup parlé de la précarisation du travail que l’économie de plateforme encourage. Paola Tubaro nous a plutôt fait découvrir l’initiative Sharers & Workers qui rassemble des entrepreneurs, des experts, de l’économie collaborative, du secteur numérique, des acteurs sociaux, des chercheurs, etc. Ensemble, ils se penchent sur la possible recomposition du travail et sur l’émergence de nouveaux repères.


Sixième constat: il faudrait se décoller un peu le nez de l’économie collaborative, prévient Paola Tubaro, de tout ce qu’on associe à ce terme fourre-tout et de tous les débats qu’elle suscite, pour suivre la progression des principes de l’économie collaborative dans l’économie. Elle cite le mouvement des Sharing Cities, lancé en janvier 2016, où les administrations municipales deviennent les maîtres d’œuvre de plateformes favorisant la collaboration entre les villes, les entreprises et les citoyens.


À surveiller: la montée du coopérativisme de plateformes, un modèle d’affaires encore très peu exploité dans l’économie collaborative. Pourtant, il est parfaitement arrimé aux valeurs de cette économie. La seconde conférence sur le coopérativisme de plateformes aura lieu à New York la semaine prochaine, du 11 au 13 novembre.


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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