Innovation: les 5 défis du couple start-up/grande entreprise

Publié le 07/12/2016 à 12:32

Innovation: les 5 défis du couple start-up/grande entreprise

Publié le 07/12/2016 à 12:32

André Bélanger est un entremetteur. Sa boîte, Hyperliens, est une agence de rencontre pour les grandes entreprises et les start-up. André agit comme expert-conseil pour la démarche InnoBahn, un événement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Ubisoft. La 3e édition aura lieu mardi prochain, le 13 décembre. C'est un évènement public ouvert à tous.

InnoBahn permet aux grandes entreprises de présenter à des start-up des problèmes pour lesquels elles n’ont pas trouvé de solution à l’interne. Un partenariat qui semble logique et naturel. Pas du tout! C’est une route chaotique semée d’idées préconçues, de résistance et de peurs. «Mon défi consiste à gérer les peurs de tout le monde. La peur de l’échec. La peur de perdre la face.»

Comment faciliter la relation du couple start-up/grande entreprise?

André Bélanger a tiré cinq leçons des premières éditions d’InnoBahn. Les voici.

Leçon no 1: ceci n’est pas un appel d’offres

« On ne peut pas innover avec une start-up en traitant le processus comme du développement de produit. Le réflexe des grandes entreprises consiste à adopter une position de donneur d’ordre et à imposer leurs conditions. En s’appropriant la solution avant que celle-ci soit livrée, la grande entreprise tue l’innovation. La grande entreprise est porteuse du besoin. La start-up, de la solution. Ceci exige de la modestie.»

Leçon no 2  l’ambition tue l’innovation

« Les rapprochements entre la grande entreprise et les startup doivent être vus pour ce qu’ils sont, soit des projets pilote. La tentation est grande de voir grand et loin. De procéder à des projections sur un an ou deux. En agissant ainsi, on détourne la démarche de son objectif. On va trop vite pour la start-up. Celle-ci peut prendre peur et se retirer. Ou persévérer et ne pas arriver à soutenir la demande. Quant aux employés de la grande entreprise, ils peuvent se sentir bousculés. »

Leçon no 3: la startup veut un terrain de jeu, pas de l’argent

«Les start-up qui s’engagent dans ce processus ont un seul but : tester leur produit sur le terrain, auprès de vrais utilisateurs. Je le répète, il ne faut pas voir la première collaboration entre une grande entreprise et une startup comme un appel d’offres. Cela ne servira aucun des deux partenaires. »

Leçon no 4  la startup est animal étrange qu’il faut apprivoiser

Le projet pilote qui a mené à la série InnoBahn se nommait Hyperliens. Il s’est tenu en juin 2015. À l’époque, André Bélanger ne s’occupait que de l’événement. Les entreprises (Bombardier, Québecor, Sobeys et Desjardins) étaient laissées à elles-mêmes pour la suite. « Ce fut une erreur. Il faut encadrer le processus en amont et en aval. Il faut préparer la grande entreprise à accueillir et collaborer avec la start-up. Tout comme il faut préparer la start-up à travailler avec une grande entreprise », explique-t-il. Le bilan de la première édition est révélateur. Sobeys et sa start-up ont amorcé une collaboration qui a été abandonnée car les priorités de l’épicier ont changé. Toutefois, la start-up a poursuivi son projet et vendu son produit modifié à un autre client. Dans le cas de Desjardins, la startup retenue n’a pas réussi à soutenir l’intérêt éveillé lors de l’événement. Le second pitch n’était pas à la hauteur du premier. Dans le cas de Bombardier et de Québecor, la relation a achoppé faute d’arriver à intégrer le projet à la structure de l’organisation.

Pour éviter les glissements et les déceptions, InnoBahn encadre désormais la relation avant et après. Les deux entreprises de l’édition du 13 décembre – Aéroports de Montréal et le Port de Montréal – ont déjà eu trois rencontres préparatoires. D’abord un exercice d’idéation libre. Ensuite, une rencontre avec toute l’équipe concernée par le problème identifié. Enfin, une rencontre avec les start-up intéressées pour leur expliquer le problème à résoudre.

Leçon no 5: soyons clairs!

Avant même de songer à collaborer une start-up pour innover, toute entreprise doit répondre à deux questions essentielles. La première: à quoi êtes-vous ouvert? La seconde : jusqu’où êtes-vous disposé à aller? «Toutes les entreprises affirment qu’elles veulent innover. Creusez un peu, vous trouverez autre chose. Il faut que la culture et la structure soient capables d’accueillir et de traiter l’innovation. Il ne faut présumer de rien. Chaque organisation a une capacité différente d’absorber ’innovation. Mieux vaut définir un cadre clair et réaliste avec ceux qui seront impliqués dans le projet de collaboration. Et le communiquer à la start-up pour qu’elles sachent à quoi s’attendre. »

 

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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