En 2016, Alphonse Desjardins lancerait un Uber coopératif

Publié le 17/11/2016 à 09:27

En 2016, Alphonse Desjardins lancerait un Uber coopératif

Publié le 17/11/2016 à 09:27

Quel modèle de coopérative Alphonse Desjardins fonderait-il en 2016?

«La vraie économie de partage, ce sont les plateformes coopératives», dit Jonathan Durand Folco, professeur à l’école d’innovation sociale de l’université Saint-Paul, à Ottawa

«Si Alphonse Desjardins avait 20 ans aujourd’hui, il lancerait probablement une plateforme coopérative», lance Antoine Roy-Larouche, cofondateur de la coopérative numérique Territoires, qui produits des outils numériques, dont des calendriers, au service des communautés.

(L’information qui a permis de rédiger ce blogue est tirée des conversations avec les participants à l’événement sur les plateformes coopératives, tenu le 12 novembre à l’espace collaboratif Temps Libre, dans le quartier Mile End de Montréal »)

Les coopératives de plateformes constituent la réplique aux Uber et Task Rabbit de ce monde. On reproche à Uber et cie de s’approprier le temps et les compétences de leurs fournisseurs en leur donnant très peu en contrepartie. En fait, de récolter tous les avantages avec un minimum de prise de risque. On décrie aussi l’appellation «économie de partage» accolée à ce type de plateforme. Au fond, ne s’agit-il pas d'économie raditionnelle vêtue de nouveaux habits?

Qu'est-ce qui définit l'économie de partage?

Mais alors, si ce n’est pas le recours à une plateforme pour accéder facilement à des biens et des services qui définit l’économie de partage, comment la circonscrire?

On avance aussi le critère de la libération des actifs sous-utilisés, qui permet de limiter le gaspillage et la surconsommation. Ainsi, celui ou celle qui loue son appartement quelques jours par année lorsqu’il est en vacances ou son espace de stationnement lorsqu’il est au travail, libère des actifs sous-utilisés. Celui qui achète plusieurs appartements qu’il n’a aucune intention d’habiter et qui les propose sur des plateformes de location de courte durée est un investisseur immobilier traditionnel. Il ne partage rien.

Un nouveau critère est en train d’émerger pour décrire la «vraie» économie de partage: les revenus tirés des activités sont récupérés par ceux qui fournissent les produits ou les services. C’est le modèle des plateformes coopératives. La plateforme n’est plus un intermédiaire entre des clients et des chauffeurs de taxi ou les aides domestiques. La plateforme appartient aux chauffeurs ou aux plombiers ou à tout autre fournisseur.

Le Québec, prochain champion des plateformes coopératives?

Le Québec est reconnu à l’échelle internationale pour son modèle coopératif. Nous sommes une terre de coops depuis des décennies. De nouvelles coops sont encore créées régulièrement. Mais, au Québec comme ailleurs dans le monde, le mouvement coopératif cherche son second souffle. En janvier dernier, j’ai visité la coopérative basque Mondragon, qui emploie des dizaines de milliers de personnes. On nous a confié que les jeunes de Mondragon, même s’ils ont vu leurs parents défendre avec enthousiasme les valeurs coopératives, ne brûlent pas de la même flamme. Comme si le modèle coopératif était celui de leurs parents. Le Québec n’échappe pas à cette tendance. Les valeurs que défend le mouvement coopératif plaisent aux jeunes, certes. Mais la formule paraît un peu poussiéreuse.

«Les plateformes coopératives peuvent donner un nouvel élan au mouvement coopératif, croît le Jonathan Durand-Folco. Elles permettent de le renouveler. Elles donnent aussi l’occasion au mouvement coopératif de s’inscrire dans le virage numérique de l’économie. Du coup, les coopératives pourraient faire partie du grand récit de l’économie en transition.»

Laurent Levesque, de la coopérative de logement étudiant Utile, avance que les plateformes coopératives, et ceux qui gravitent autour de cet univers, peuvent contribuer à injecter de la modernité dans les coops traditionnelles. Les plateformes coopératives pourraient devenir des fournisseurs des coopératives traditionnelles.

Antoine Roy-Larouche évoque le défi de sensibiliser les bailleurs de fonds traditionnels de l’économie sociale à l’univers technologique afin qu’ils puissent élargir leur financement aux plateformes collaboratives.

«Il faut lancer un mouvement québécois de plateformes coopératives, conclut Laurent Levesque. Il faudrait un mot-clic qui réponde à l’expression de plus en plus galvaudée "économie du partage". Un mot-clic qui reflète la vraie économie du partage.»

Voici le mot-clic qu’il suggère :

#partagedeleconomie

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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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