BMO invite les entreprises à parler politique au travail

Publié le 12/09/2018 à 11:12

BMO invite les entreprises à parler politique au travail

Publié le 12/09/2018 à 11:12

(Photo: Directeur général des élections)

Certaines entreprises subventionnent la carte Opus de leurs employés pour les inciter à utiliser le transport collectif. Ce geste dépasse les murs de l’organisation et son empreinte environnementale directe. Malgré tout, les entreprises qui le posent l’inscrivent dans le cadre de leur responsabilité sociale (RSE).

BMO pousse le concept de RSE une coche plus loin. L’institution financière va dans une direction qui fera jaser: le terrain politique.

Il y a dix ans, L. Jacques Ménard, l’ex-dirigeant québécois, avait associé l’institution financière à la cause rassembleuse du décrochage scolaire. BMO, accompagnée d’autres joueurs, a consacré beaucoup d’effort à encourager la persévérance scolaire au secondaire. Son successeur, Claude Gagnon, quant à lui, dirige l’action sociétale de BMO Québec du côté de la participation citoyenne. Comme financier, il estime que notre monde est devenu trop imprévisible et que cela nuit aux affaires et à la vitalité économique.

Brexit, Trump et autres volte-face

«Le soir du vote du Brexit, je me suis couché en me faisant dire que le non passerait à 71%, raconte le dirigeant. Le matin, j’ai appris que le oui l’avait emporté! Le soir des élections américaines, on s’aventurait vers une victoire démocrate. À mon réveil, la carte électorale américaine était remplie de rouge! Le même type de surprise s’est répétée aux élections municipales montréalaises. Qu’en sera-t-il à Toronto?»

Il poursuit, «Pour accorder des prêts, j’ai besoin de savoir où s’en va le monde. Il en va de même pour les investisseurs locaux et étrangers. La stabilité politique concerne les gens d’affaires.»

L’instabilité politique contemporaine, plusieurs l’attribuent au cynisme et au désengagement des citoyens face à la démocratie. Un désengagement qui entraîne une perte de légitimité des institutions et donne lieu à des volte-face brutaux des citoyens.

Le rôle des entreprises dans la lutte au désengagement politique

BMO estime que la communauté d’affaires a un rôle à jouer dans la lutte à ce désengagement face à la démocratie. Et elle a choisi comme cible la participation des jeunes, particulièrement au vote. En 2008, le taux de participation des 18-34 ans aux élections a été de 40%. Ce sont 6/10 jeunes Québécois qui ne sont pas allés voter. Et, année après année, les jeunes s’éloignent des urnes.

Pourtant, des efforts ont été faits. Des campagnes «cool» ont été imaginées juste pour eux. Des ateliers sont donnés dans les écoles. En fait, cela fait 15 ans que l’Institut du Nouveau Monde, un OBNL de participation à la vie démocratique, frappe sur ce clou. Mais, dans le dossier de la participation des jeunes, l’INM a parfois l’impression de prêcher à des convertis. Les jeunes qui fréquentent ses écoles d’été et d’hiver sont déjà attirés par la vie démocratique.

Changer de cible pour convaincre les jeunes d'aller voter

Il y a un endroit où l’on trouve beaucoup de jeunes qui ne votent pas: les entreprises. Le profil type du non-votant ressemble à ceci: un homme qui a quitté les bancs d’école relativement tôt pour joindre le monde du travail. Il habite surtout en région et se sent très loin des enjeux, et des jeux, de la poliitque.

BMO lance donc un appel aux entreprises québécoises: ouvrez vos portes aux animateurs l’INM afin qu’ils mènent des cercles de discussions avec vos employés sur la participation à la vie démocratique.

Des ateliers ont déjà été donnés chez Canam et chez Tecknion. Au total, 26 ateliers sont à l’agenda. Ils couvrent 18 entreprises et sept régions du Québec. Une dizaine d’autres ateliers sont en négociation.

Les entreprises ont-elles envie qu’on parle de politique dans leurs murs?

C’est LA question. Depuis le début de l’initiative, il y a quelques semaines, l’accueil des entreprises est polarisé. D’un côté, les dirigeants qui disent spontanément, «Oui venez!». De l’autre, ceux qui ne veulent approcher la chose politique d’aucune façon. Il existe un vrai malaise à parler politique sur le lieu de travail. Comment un gestionnaire peut-il amener le sujet d’un atelier sur la participation à la vie démocratique sans risquer d’avoir l’air de vouloir influencer le vote de ses employés? Au Québec, la politique est associée à la politique partisane.

Profiter de la période électorale pour amorcer ces ateliers de discussion en entreprise est à la fois une bonne idée et une idée risquée. Le sujet est d’actualité, battons le fer pendant qu’il est chaud. Mais, pour certains, le sujet est peut-être trop brûlant.

La persévérance scolaire n’était pas un dossier facile. C’est un enjeu complexe, mais une cause rassembleuse. Toutes les entreprises ont intérêt à ce que les jeunes Québécois affichent un meilleur taux de diplomation. Elles voient un lien direct entre cette cause et leur bien-être.

La participation citoyenne à la vie démocratique c’est autre chose. Pour qu'un gestionnaire établisse un lien entre le taux de participation aux urnes et la santé de leur entreprise, il faut une conscience élargie du monde qui nous entoure. Après avoir assisté ce matin aux présentations de Claude Gagnon, de BMO, et de Julie Caron Malenfant, dg de l’INM, et aux échanges entre les gestionnaires présents, je me pose la question suivante: l’entreprise qui acceptera d’ouvrir ses portes le fera-t-elle d’abord parce que le dirigeant est un citoyen inquiet de la marche du monde ou parce qu’il s’agira d’un geste corporatif de RSE et de gestion de risque? Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est le même, il y aura atelier. Mais la stratégie pour favoriser l’engagement des organisations diffère. En fait, ma question s’applique à tous ces gestes de RSE: doit-on viser les individus ou les organisations?

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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