Alexandre Mars: l'entrepreneur qui parle de partage

Publié le 29/03/2019 à 17:10

Alexandre Mars: l'entrepreneur qui parle de partage

Publié le 29/03/2019 à 17:10

Alexandre Mars (Photo: Broadsoft)

Le Français Alexandre Mars a démarré quatre entreprises. Fin trentaine, il vend tout et amorce une étude de marché de trois ans. Il cherche une solution pour que les gens donnent plus et mieux. En 2014, il lance Epic, une plateforme proposant aux donateursdes organisations caritatives triées sur le volet. Depuis 2014, 4000 dossiers ont été évalués. Seules cinq organisations ont été sélectionnées en 2018. Epic propose également des solutions de dons sur-mesure aux entreprises et aux individus.


Parlez-nous de vos trois vies: la première tournée vers le partage, la seconde tournée vers le succès et la troisième recentrée sur le partage.


Je suis né en 1974. Mes parents ont divorcé lorsque j’avais trois ans. J’ai vécu avec ma mère, une femme tournée vers l’aide aux autres. Forcément, nos parents sont nos premiers modèles. À l’adolescence, je me suis aussi tourné vers les autres. Mon implication s’est vécue auprès de mes camarades. J’ai été, entre autres, président des élèves de mon lycée.


À 17 ans, j’ai réalisé que j’avais plus d’ambitions que de moyens. Pour combattre les injustices, j’ai décidé qu’il me fallait d’abord réussir financièrement. En 20 ans, j’ai lancé quatre entreprises. Chaque fois, mon succès a reposé sur mon flair pour les tendances: internet, mobile, réseaux sociaux, etc. Tous les cinq ans, j’ai lancé une nouvelle entreprise.


Fin trentaine, alors que j'étais installé à New York avec ma femme et mes enfants. J’entame le prochain chapitre de ma vie par une gigantesque étude de marché. Je veux aider, mais j’ignore comment.


Vous pensiez creuser des puits et bâtir des écoles, mais votre action philanthropique a pris une autre tangente. Racontez-nous…


Pendant mon étude de marché, qui a duré trois ans, j’ai rencontré divers acteurs de la philanthropie, dont Matt Bannick, ex-numéro 2 d’eBay qui a joint le Omidyar Network. « Quel est ton objectif? », m’a-t-il demandé. Spontanément, j’ai parlé de puits et d’écoles. «Combien de personnes peuvent le faire? », a-t-il répliqué. Il m’a ramené à mes talents et à mes compétences. Ma force n’est pas de bâtir des infrastructures, d’autres peuvent le faire. Moi, je sais convaincre, construire un projet et diriger à grande échelle. C’est cette capacité que je dois mettre au bénéfice du bien social.



Qu’a révélé votre étude de marché?


D’abord, 95% des gens estiment qu’ils ne donnent pas suffisamment.


Ensuite, nous avons tous les mêmes trois raisons de ne pas donner plus: le manque de confiance, le manque de connaissances et le manque de temps. Manque de confiance envers les ONG et les organisations caritatives. Manque de connaissances et paralysie face à l’excès de choix de causes. Manque de temps pour trouver une cause qui nous correspond. Ce qui nous pousse à aller au plus simple – les causes les plus visibles - et à donner peu, par manque de confiance.


En quoi votre parcours d’entrepreneur a-t-il influencé la construction de la plateforme de don Epic?


J’ai pensé innovation, produits et solutions. Epic est un produit qui propose une solution aux insatisfactions des donateurs. Cette solution permet d’optimiser un marché sous-exploité, celui du don. Comme entrepreneur, j’ai cherché une solution pour que les gens donnent plus et mieux.


Comment fonctionne votre plateforme?


Chaque année, l’équipe d’Epic consulte des experts à travers le monde pour identifier les organisations qui ont le plus d’impact pour améliorer le sort des enfants et des jeunes. Nous évaluons leur impact (à quel problème s’attaque-t-elle, avec quels résultats?), leur organisation (structure, stratégie, viabilité financière, processus de prise de décision) et leur gouvernance (compétence et robustesse de l’équipe).


Chaque dossier est soumis à trois niveaux de vérification diligente. Depuis 2014, nous avons analysé plus de 4000 dossiers. En ce moment, notre plateforme propose 29 organisations. Elles demeurent sur la plateforme pendant trois ans, puis nous les réévaluons. Chaque année, nous identifions une thématique particulière.


Parlons des donateurs, à qui s’adresse votre plateforme?


Nous visons les individus, les entreprises et les collectivités locales (gouvernements). Les collectivités ne donnent pas nécessairement de l’argent, mais elles peuvent accorder leur appui pour contribuer à implanter une innovation sociale dans un nouveau marché.


Face au partage, vous identifiez deux types de dirigeants, quels sont-ils?


Le plus petit groupe est composé des activistes du bien social. Ceux-là ont envie de remplir une mission. Les seconds sont les pragmatiques. Ils partagent, et donnent, pour une raison très basique: ils savent qu’ils ont intérêt à le faire. Et comme les individus, les entreprises donnent moins qu’elles le pourraient. Je me suis dit qu’en leur proposant une solution simple et évidente prouvant que leur argent a un impact, ils donneraient plus. Car lorsque vous donnez à une organisation, vous vous branchez sur ses résultats et pouvez les consulter régulièrement.



Epic a imaginé une forme de don sur mesure pour les startups. De quoi s’agit-il?


Plusieurs de ces entreprises planifient dès le début une stratégie d’exit. Nous proposons aux startuppeurs de prévoir au même moment redonner une portion de la plus-value au portefeuille Epic. Cela étant fait, l’entrepreneur se concentre sur la croissance et la valorisation de sa boîte. Son don futur injecte du sens à cette croissance, puisque les fruits en seront partagés.


Quel produit de don avez-vous imaginé pour les capitaux-risqueurs?


Ils peuvent s'engager à donner une portion de leur frais de gestion annuels au portefeuille Epic.


Aux employés, vous offrez le don à partir du salaire. L’argent est généralement remis à la cause retenue par l’employeur. Il en résulte des causes orphelines qui ne répondent pas à aucun objectif corporatif…


Vous avez raison. La cause à laquelle contribue une entreprise ne devrait pas être choisie par la direction seule. Cela devrait être le résultat d’un choix collectif de toute l’organisation.



Le don, le partage, l’entraide… ce sont tous de « vieux » mots qui semblent tirés d’une autre époque…


En effet, ce sont des termes vieux comme Hérode. Mais ils reviennent en force parce que le capitalisme boursier nous a fait oublier certaines valeurs humaines fondamentales. Pour équilibrer cet ultra libéralisme, il faut devenir hypersocial.


Alexandre Mars sera de passage à Montréal les 4 et 5 avril, pour la promotion de son livre "Donner, la révolution du partage".

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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