Un décès sans chicane de famille, est-ce possible?

Publié le 16/10/2015 à 09:00

Un décès sans chicane de famille, est-ce possible?

Publié le 16/10/2015 à 09:00

Il n’est pas rare que le règlement d’une succession déchire une famille. Aucune famille, qu’elle soit modeste ou bien nantie, n’échappe à ce phénomène. Il semble que lorsqu’il est question d’argent, la chicane se pointe souvent le bout du nez!

Je me souviens d’une chicane ayant éclaté dans une famille pour un manteau de fourrure, ou pour une bracelet dans une autre famille. Ces chicanes peuvent laisser croire qu’elles sont occasionnées par les valeurs sentimentale ou monétaire rattachées à certains objets, comme le manteau ou le bracelet, mais je suis d’avis que généralement, il s’agit plutôt de chicanes qui sont en dormance depuis plusieurs années et qui dégénèrent avec le règlement de la succession à la mort de l’être cher.

Je pense que le problème est que les familles ne sont pas outillées afin de gérer et surmonter les conflits qui peuvent survenir lors d’une telle épreuve. La solution semble souvent être la rupture du lien familial, que ce soit entre frères et sœurs ou autres membres de la famille. Il n’est pas rare que cette rupture de lien puisse durer des années, voire une décennie. Il arrive parfois qu’une des parties prenantes décide de faire de véritables efforts pour rétablir la relation, une décision judicieuse! Ce n’est cependant pas toujours le cas, et certains conflits perdurent.

Voici quelques suggestions afin de tenter d’assurer une relation familiale positive lors d’un décès.

D’abord, je vous suggère de tenter, dans la mesure du possible, d’être équitable envers vos bénéficiaires. Si, par exemple, vous aidez votre fille à acheter une voiture, essayez d’aider votre fils d’une autre manière. Si vous avez aidé financièrement un enfant et pas l’autre, vous ouvrez la porte à l’envie et l’animosité entre ces derniers.

Si vous faites partie d’une famille dans laquelle personne ne se soucie du fait qu’un membre de la famille a reçu de l’aide financière et pas un autre, alors comptez-vous chanceux, ce n’est pas la norme!

Si votre situation financière actuelle ne vous permet pas d’aider votre fils comme vous l’avez fait pour votre fille, vous pouvez considérer faire les «ajustements» dans le testament. C’est une bonne idée de faire émettre une clause supplémentaire prévoyant une compensation destinée à votre fils, pour le don que sa sœur aura reçu de votre vivant. Ne pas faire un tel ajustement dans votre testament pourrait nourrir l’animosité et soulever des questions du genre « Pourquoi elle, mais pas moi? », ce qui n’a rien de bon pour le maintien de bonnes relations!

Il est totalement légitime, si tel est votre désir ou votre obligation, de faire bénéficier un de vos enfants plus qu’un autre, mais je juge qu’il vaut mieux expliquer ses choix à tous et être le plus transparent possible. Faire autrement, ne pas être transparent, c’est rendre très glissant le terrain de la bonne entente entre frères et sœurs une fois que vous aurez quitté ce monde.

En tant que parents, vous devez faire un choix à savoir qui sera le liquidateur en cas de décès. Ce choix est délicat. Souvent, ce sera l’enfant ainé qui sera désigné, ou tout autre enfant que vous percevez comme étant le plus compétent pour le travail à accomplir. Cependant, il peut arriver que les autres enfants ne soient pas en accord avec le choix de leurs parents, créant une perception d’injustice et un climat de méfiance. L’équilibre du pouvoir entre les enfants est alors décalé. Il peut même arriver que le beau-frère ou la belle-sœur décide de se mêler de la succession et influence son déroulement et son administration. Il s’agit d’une situation qui n’est pas souhaitable du tout! C’est pourquoi, parfois, mieux vaut nommer un liquidateur neutre, tel qu’un professionnel (avocat, notaire, compagnie de fiducie, comptable), afin d’assurer le maintien de la paix entre ses bénéficiaires. Du moins, si vous décidez de nommer votre fille Paule au lieu de votre fille Brigitte, ayez la bonne idée d’expliquer vos motivations!

Ce n’est pas évident d’aborder de tels sujets délicats. Nous avons tendance à vouloir éviter ces conversations pouvant mener à des conflits parents-enfants. Mais à mon avis, les gens aujourd’hui communiquent mieux qu’il y a 30 ans. C’est une question générationnelle. Mais n’oubliez pas qu’il va rarement sans heurts après votre décès si vous ne prenez pas la peine d’éclairer vos intentions de votre vivant.

À propos de ce blogue

Des études ont démontré qu’environ la moitié des Canadiens adultes ont un testament valide, ce qui est peu. Alors que certains aimeraient qu’à leur décès, leur conjoint ou leurs enfants héritent de tous leurs biens, d'autres préfèrent ne pas penser à ce genre de détail pour le moment. Peu importe votre situation, la rédaction d'un testament et l'établissement d'un plan visant la distribution de vos biens sont des étapes très importantes. En effet, clarifier le genre d’héritage que vous souhaitez léguer, ainsi que planifier les soins qui devront être prodigués si vous avez des personnes à votre charge, par exemple, représentent des gestes que vous pouvez poser et qui peuvent grandement bénéficier aux gens qui vous sont chers. Carmela vous amènera à réfléchir et analyser votre situation dans le but de vous aider à bien planifier vos affaires. Ce faisant, elle vous offrira un aperçu pratique des éléments dont vous devriez tenir compte ainsi que des questions personnelles que vous devriez aborder dans le cadre de la préparation de votre testament et de la planification de votre succession. L'objectif étant l’atteinte d’une tranquillité d'esprit une fois vos affaires financières en ordre.

Carmela Guerriero

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