Et si Bombardier vendait sa filiale dans le transport?

Publié le 12/04/2015 à 21:04

Et si Bombardier vendait sa filiale dans le transport?

Publié le 12/04/2015 à 21:04

Photo: Bloomberg

J’avoue avoir été surpris par la rumeur voulant que les dirigeants de Bombardier(Tor., BBD.B) explorent l’idée de se départir de leur division active dans le transport. Mais, après réflexion, ce pourrait bien être le geste audacieux que la société québécoise a besoin pour se relancer.

D’abord, précisons qu’il n’y a rien de fait. Il ne s’agit que de bruits, de rumeurs et, possiblement, de discussions. On est donc loin d’une transaction.

Lisez Bombardier songe à vendre sa division Transport

Je suis par ailleurs surpris car, comme bien des gens, j’en suis venu par voir ses deux filiales, Transport et Aéronautique, comme indissociables. Mais c’est une erreur comme vous le verrez.

En jetant un œil aux états financiers de Bombardier, j'ai pu constater l’importance relative de ses deux grandes activités. Par exemple, en 2014, Bombardier Transport a réalisé des revenus de 9,6 milliards de dollars (G$) US (tous les montants sont en US) par rapport à 8,8G$ l’exercice précédent. Cela se compare à des revenus totaux de 20,1G$, ce qui signifie que les activités ferroviaires représentent un peu moins de la moitié de Bombardier.

Du côté des profits, sur la base des bénéfices avant les frais d’intérêts, d’amortissement et d’impôts, Transport a réalisé 486M$ contre 505M$ en 2013 (ces données excluent les éléments exceptionnels).

Cela se compare à des bénéfices de 923M$ pour Bombardier au total, ce qui signifie que le transport a contribué 52% des profits l’an dernier. Il faut noter que Transport a vu ses bénéfices reculer en 2014, de 3,3%.

Performance peu reluisante

Ce qui me frappe davantage c’est que Bombardier Transport a une performance peu reluisante depuis quatre ans. Tandis que ses revenus sont passés de 8,7G$US en 2011 à 9,6G$ en 2014, ses profits eux sont passés de 675M$ à 486M$, une baisse de 28%. En fait, le recul de 189M$ explique la plus grande partie de la baisse des profits de Bombardier en entier alors que la société a déclaré un peu moins de 1,2G$ en bénéfices en 2011.

L’autre facette critique est le fait que la société québécoise n’arrive pas à générer de l’argent une fois qu’elle dépense dans ses immobilisations («free cash flow»). Globalement, lors des quatre derniers trimestres, ses liquidités libres ont été négatives de 3,7G$, ce qui explique ses problèmes financiers.

Ce «trou» est attribuable à la division Aéronautique, car le Transport a généré près de 1G$ pendant cette période. Si vous vous dites que c’est une raison pour vendre l’Aéronautique et non le Transport, je comprends votre réaction. Vous oubliez toutefois que la division aéronautique a investi des sommes importantes dans ses nouveaux projets d’avions qui n’ont pas encore généré de revenus. Si ces projets décollent (jeu de mots facile, j’en conviens), le meilleur est à venir de ce côté et ce n’est définitivement pas le temps de vendre.

Nous n’avons pas tous les chiffres pour disséquer la rentabilité des activités de transport, mais une société qui génère moins de 300M$ par année en liquidités libres avec des revenus de 8-9G$ et des bénéfices de 500-600M$ n’est pas si rentable.

Selon certains analystes, Bombardier pourrait avoir jusqu’à 5G$ pour cette division, quelque 16 fois ses free cash flow. Si cela se concrétise, ça mérite réflexion, car cela changerait profondément le portrait de Bombardier en faisant une société puissante financièrement, capable d’aller au bout de ses projets.

Réaction politique

Je ne veux pas m’étendre sur la réaction politique à la suite de ces rumeurs. Les politiciens ont tout suite grimpé dans les rideaux, craignant pour les emplois québécois. Je comprends les enjeux, mais il me semble qu’on devrait aussi avoir une pensée, une certaine compassion pour ses actionnaires qui ont perdu pratiquement 90% de leur capital depuis presque 15 ans.

Sinon, qu’on fasse de Bombardier une société d’état….

Bernard Mooney

 

Blogues similaires

Canada Goose : le coup de froid

Édition du 26 Janvier 2019 | François Pouliot

CHRONIQUE. Le Canada a bon nom à l'étranger. Utilisons-le pour tenter de donner du levier à nos produits. Bonne ...

Shopify: prochaine victime de la malédiction boursière canadienne?

BLOGUE INVITE. Shopify est-elle différente des Nortel, Research in Motion, Valeant, Barrick Gold et autres?

Garder ses gagnants, les cas de CN et CP

Édition du 28 Octobre 2020 | Dominique Beauchamp

ANALYSE. Les transporteurs ferroviaires sont un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement, comme le ...