Petite leçon d'optimisme, selon Matt Ridley

Publié le 21/07/2010 à 00:00

Petite leçon d'optimisme, selon Matt Ridley

Publié le 21/07/2010 à 00:00

Par Bernard Mooney

Photo : Bloomberg

Chronique. On accuse souvent les médias -, à juste titre -, de carburer aux mauvaises nouvelles.

Pourtant, quand on considère les progrès de l'humanité depuis plusieurs décennies, malgré les accidents et les ratés, il n'y a pas lieu d'être pessimiste, au contraire. Le bilan est fort positif. De plus, tout porte à croire que ces progrès continueront de s'accomplir à un rythme accéléré.

C'est d'ailleurs la thèse que défend Matt Ridley dans son livre The Rational Optimist, (publié en mai aux éditions Harper), que je vous recommande chaudement. M. Ridley décrit en détail l'extraordinaire réussite de l'espèce humaine, qu'on l'analyse sur plusieurs siècles ou sur quelques décennies.

Par exemple, depuis 1800, l'espérance de vie a plus que doublé, et le revenu net par personne a été multiplié par neuf, alors que la population a été multipliée par six.

Le constat est identique pour la période qui s'étend de 1955 à 2005. " Depuis 1955, les gens gagnent plus d'argent, mangent mieux, sont plus éduqués et disposent de beaucoup plus de biens utiles, comme des téléphones et des réfrigérateurs ", explique Matt Ridley.

Le zoologue et ancien éditeur au magazine The Economist souligne que l'être humain gagne en moyenne trois fois plus d'argent (en tenant compte de l'inflation) qu'il y a 50 ans, mange 30 % plus de calories, peut s'attendre à vivre 30 % plus vieux, risque moins de mourir à la naissance, au cours d'une guerre, d'être assassiné, ou de mourir des suites d'un accident, de famine, de maladies comme la tuberculose, le cancer ou une maladie cardiaque.

Tout cela dans un monde où la population a doublé en 50 ans. " C'est un accomplissement remarquable ", dit M. Ridley, qui a aussi écrit l'excellent Genome: The Autobiography of a Species in 23 Chapters.

Et cela s'applique à presque toutes les régions du monde; la longévité, la santé et la richesse ont progressé partout.

La clé de la réussite : les échanges

De plus, la qualité de l'environnement ne cesse de s'améliorer, selon M. Ridley. " En Europe et en Amérique, la qualité des rivières, des lacs, des mers et de l'air s'améliore constamment ", affirme-t-il. Par exemple, les émissions de monoxyde de carbone aux États-Unis ont diminué de 75 % en 25 ans.

Selon M. Ridley, cette réussite humaine s'explique ainsi : les gens échangent des biens, des services, et plus important encore, des connaissances. Ils créent ainsi une intelligence collective. La croissance économique s'est accélérée au cours des deux derniers siècles parce que, plus que jamais auparavant, les idées se sont mélangées.

Et ce n'est pas fini. " Plus nous nous spécialisons en tant que producteurs et plus nous nous diversifions en tant que consommateurs, plus nous échangeons et plus nous améliorons notre sort ", explique M. Ridley. Et plus nous continuerons de progresser.

Si 6,7 milliards de personnes continuent de se spécialiser, d'échanger et d'innover, il n'y a aucune raison pour qu'elles ne puissent pas résoudre les problèmes graves auxquelles elles sont confrontées - boom démographique, pénurie de nourriture, maladie, pauvreté, terrorisme, changements climatiques, etc.

Ainsi, l'auteur ne nie pas que l'humanité ait des problèmes à régler. Un milliard d'individus ne mangent pas à leur faim, autant n'ont pas accès à de l'eau potable et autant sont illettrés. " Mais c'est précisément parce qu'il y a encore beaucoup trop de souffrance, de pauvreté et de maladie que l'optimisme s'impose sur le plan moral. "

On n'arrêtera pas le progrès, à moins d'empêcher le commerce et l'innovation. " En fait, il est très probable que dans 100 ans, nous et notre planète, nous nous portions encore mieux qu'aujourd'hui ", dit M. Ridley.

En effet, il ne faut surtout pas changer la recette qui a fait la réussite de l'humanité.

POURQUOI TANT DE NÉGATIVITÉ ?

Si les perspectives socio-économiques sont si bonnes, pourquoi le pessimisme domine-t-il notre culture ?

La génération qui a le plus connu la paix, qui bénéficie le plus de la liberté, de loisirs, de soins de santé et qui est mieux éduquée que toutes les autres générations saisit chaque occasion de sombrer dans la négativité. Matt Ridley tente d'expliquer le phénomène dans The Rational Optimist.

D'abord, il ne faut pas croire que le pessimisme soit un phénomène moderne. Par exemple, en 1830, l'élite était convaincue que le monde avait atteint un point tournant et que les meilleurs jours étaient chose du passé. Un bestseller des années 1890, Degeneration, de Max Nordau, parlait d'une société au bord de l'effondrement. Au début du 20e siècle, les intellectuels affirmaient que des mesures radicales devaient être prises pour éviter une catastrophe. Familier, non ?

Prédire des catastrophes, c'est vendeur. Le livre de M. Ridley ne sera pas un bestseller, tandis que The Population Bomb, de Paul Ehrlich, s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires. M. Ehrlich avait annoncé entre autres que des centaines de millions de personnes mourraient de faim pendant les années 1970 et 1980. Il avait même affirmé que la population de la terre tomberait à deux milliards. Voilà qui vend, même si c'est faux !

De plus, nous avons une mémoire sélective : c'est le propre de la nature humaine de penser que les choses étaient meilleures jadis. " Mais où sont les neiges d'antan ", écrivait François Villon au... 15e siècle !

Mais c'est une grave erreur : la misère, la famine, la maladie et la violence étaient plus répandues dans le monde il y a 50 ans, 100 ans, 150 ans...

En moyenne, nous vivons beaucoup mieux que les millionnaires du début du 20e siècle.

Les pessimistes sont honorés

Ce qui est curieux, mentionne Matt Ridley, c'est que même si la plupart du temps les optimistes ont eu raison depuis 200 ans, les pessimistes font toujours les manchettes. " Les archi-pessimistes sont honorés et récompensés, et rarement confrontés à leurs erreurs passées. "

Des erreurs comme celles de Paul Ehrlich, qui en 1971, prédisait que l'espérance de vie aux États-Unis serait de 42 ans en 1980 en raison d'épidémies de cancer.

En fait, la plupart des énoncés de certains leaders écolos des années 1970 se sont avérés faux, sinon exagérés. Cela ne nous empêche pas de les prendre encore au sérieux !

À toutes les époques, on a enjoint l'humanité d'arrêter la croissance si elle voulait éviter la catastrophe. Or, Matt Ridley avertit que " le danger véritable, c'est de ralentir le changement ".

 

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