Pas de poissons à deux têtes dans les lacs du Québec

Publié le 26/10/2013 à 00:00, mis à jour le 24/10/2013 à 14:40

Pas de poissons à deux têtes dans les lacs du Québec

Publié le 26/10/2013 à 00:00, mis à jour le 24/10/2013 à 14:40

Au dernier décompte, on trouvait au Québec 2 635 lacs comportant des traces minimes d'uranium. Mais on n'y a toujours pas découvert de poissons à deux têtes. Les concentrations sont infinitésimales.

«Il y a de l'uranium partout, chez nous, et pourtant, le Québec n'a pas encore été évacué pour des raisons de santé publique !»

Ces propos sont ceux de Jean-Marc Lulin, président d'Exploration Azimut et ancien géologue en chef à la Société québécoise d'exploration minière (SOQUEM). Azimut possède l'un des plus grands nombres de concessions d'exploration (1 150) pour l'exploration minière au Québec. Il était l'un des conférenciers invités lors du plus récent événement sur le développement du Nord organisé par Les Affaires, le 16 octobre dernier. M. Lulin est inquiet. Pas à cause de l'uranium, mais bien par ce qu'en dit le projet de loi 43 sur les mines.

«Vous pouvez trouver des valeurs d'uranium dans toutes sortes de mines au Québec : des mines d'or, de lithium, de fer, de terres rares... C'est un élément omniprésent, dit-il. Or, on le traite comme une maladie à déclaration obligatoire : dorénavant, dès qu'on va trouver des traces même infimes d'uranium aux premiers stades d'exploration, la ministre des Ressources naturelles pourrait exiger des travaux additionnels en hydrogéologie pour évaluer les impacts potentiels sur l'environnement.» Donc, des délais et des coûts supplémentaires, sans compter l'incertitude...

Jean-Marc Lulin est formel. À ses yeux, rien ne justifie cet excès de précautions, qu'il juge arbitraire, surtout pas la crainte de risques pour la santé publique. Mais le potentiel de blocage des projets, lui, est bien réel. Déjà que les embûches se multiplient devant l'industrie minière québécoise, passée du rang de fierté à celui de paria dans bien des milieux. Cette affaire de l'uranium n'aidera pas les choses si certains s'en servent comme épouvantail.

À moins qu'on trouve dans un lac un monstre caché qui finisse par servir d'attraction touristique... Désolé, mais cet uranium naturel est trop diffus pour dégager la radioactivité suffisante à l'apparition d'une sorte de Godzilla à la québécoise !

Tant d'efforts anéantis

L'Inde vient de lancer des appels d'offres pour la construction de deux gigantesques centrales au charbon destinées à renforcer son alimentation en électricité, qui est souvent défaillante.

Jugez à quel point elles seront gigantesques ! Chacune devra procurer 4 000 mégawatts (MW) d'électricité. Ensemble, elles fourniront l'équivalent de la moitié de tout ce qu'engendre le complexe de la baie James. Sauf que nous parlons dans ce cas de centrales thermiques au charbon, pas de centrales hydroélectriques. En résulteront des émissions massives de gaz à effet de serre, qui vont anéantir à elles seules une bonne partie des efforts qu'entend déployer le Québec pour réduire ses propres émissions d'ici 2020. Voici le calcul.

Une centrale conventionnelle au charbon émet une tonne de gaz à effet de serre par 100 MW. La centrale de Boundary Dam, en Saskatchewan, dégage à elle seule 60 tonnes de CO2, alors que sa puissance installée est de 600 MW. On est en train d'y investir des sommes importantes pour capter une partie des gaz qui se répandent dans l'atmosphère, en testant une nouvelle technologie. Mais rien n'indique qu'on fera de même en Inde.

Sur cette base, les deux nouvelles centrales indiennes devraient émettre annuellement, à elles seules, environ 8 000 tonnes de gaz à effet de serre.

Pendant ce temps, le Québec se donne une des cibles les plus ambitieuses du monde occidental en voulant maintenant réduire de 25 % ses émissions au cours des sept prochaines années. Ce qui signifierait, par exemple, une forte diminution de la circulation routière ou un passage ultrarapide au transport électrique. L'intention est louable, mais de là à ce qu'elle soit réaliste...

En 2012, le Québec a rejeté environ 80 millions de tonnes de gaz à effet de serre. Si jamais, miraculeusement, l'objectif gouvernemental était atteint, on amputerait ce total de 20 millions de tonnes. Or, je le rappelle, les deux nouvelles centrales indiennes en ajouteront à elles seules 8 millions. Et on en projette d'autres.

Comme disait le chauffeur d'autobus, «avancez par en arrière» ! Malgré toutes nos bonnes résolutions, nous devrons admettre que nous ne pesons pas bien lourd dans la grande équation mondiale.

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