Le Québec perd la bataille de la reconnaissance de l'hydroélectricité

Publié le 09/01/2010 à 00:00

Le Québec perd la bataille de la reconnaissance de l'hydroélectricité

Publié le 09/01/2010 à 00:00

De projets de loi à l'étude aux États-Unis forceront Jean Charest à revoir à la baisse son ambitieux projet de positionner Hydro-Québec comme le " réservoir d'énergie verte des Américains ", pour reprendre l'expression de l'ex-ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard.

Le Congrès ne reconnaîtra pas l'électricité produite à partir des réservoirs d'eau des grands barrages comme une énergie renouvelable, de sorte que la demande américaine pour l'énergie du Québec sera sans doute moins forte que prévu au cours des prochaines années, estiment certains analystes.

La Chambre des représentants et le Sénat planchent sur des projets de lois portant sur l'énergie et le climat, qui s'inscrivent dans la volonté des États-Unis de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les distributeurs achèteront plus vert

Ces projets prévoient des dispositions qui établissent une quantité minimale d'énergie provenant de sources non polluantes - les Renewable Portfolio Standards (RPS) ou les Renewable Electricity Standards (RES) - dans les livraisons que les distributeurs d'électricité achemineront aux États-Unis à l'avenir.

Or, même si elle émet peu de GES, la grande hydraulique - la plus grande partie du parc de production d'Hydro-Québec - n'est pas considérée comme une énergie renouvelable comme l'énergie éolienne, solaire, à partir de la biomasse ou géothermique.

Et à moins d'un revirement, qui paraît improbable aux yeux des experts, la version finale des projets de loi comprendra toujours l'exclusion de l'hydroélectricité. Seule la petite hydraulique produite à partir de barrages existants aux États-Unis sera reconnue comme renouvelable.

" Le but de cette politique est d'encourager le développement de nouvelles sources d'énergies renouvelables ", souligne Carolyn Fisher, Senior Fellow au Resources For the Future, de Washington, un organisme de recherche sur l'énergie, l'environnement, les ressources naturelles et la santé publique.

Hydro-Québec n'est pas directement visée par le Congrès. En fait, elle est la " victime collatérale " d'une campagne bien orchestrée par plusieurs lobbys contre la grande production hydraulique. Et ce, selon deux sources proches du dossier à Washington, qui requièrent l'anonymat, pour des raisons politiques, économiques et environnementales.

La position du Congrès est un échec cuisant pour le Québec et pour les autres provinces exportatrices d'hydroélectricité, comme le Manitoba et la Colombie-Britannique, qui essaient de faire reconnaître la grande hydraulique comme une énergie renouvelable aux États-Unis.

La reconnaissance de l'hydroélectricité comme énergie propre par le secrétaire américain à l'Énergie, Stephen Chu, ou par les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre n'y changera rien : seule la reconnaissance du Congrès importe dans ce dossier, car c'est le Congrès, et non la Maison-Blanche, qui établit les règles nationales.

La position du Congrès pourrait devenir problématique, dit Joseph Doucet, spécialiste en énergie de l'Université de l'Alberta. " Hydro-Québec risque d'avoir plus de difficulté à augmenter ses exportations aux États-Unis ", dit-il.

Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la société d'État, qui pensait écouler principalement sur le marché américain les importants surplus d'énergie prévus au cours des prochaines années. L'offre d'achat d'Énergie Nouveau-Brunswick, qui possède des interconnexions avec la Nouvelle-Angleterre, s'inscrit dans cette stratégie.

Si les distributeurs d'énergie américains ont toujours besoin de l'énergie d'Hydro-Québec, ils l'achèteront pour répondre aux besoins de leurs clients, et non pour se conformer à de nouvelles règles environnementales.

" L'énergie du Québec sera considérée au même titre que les autres sources d'énergie ", croit Linda Church Ciocci, directrice exécutive du National HydroPower Association, le regroupement des producteurs d'hydroélectricité aux États-Unis.

Hydro-Québec minimise l'impact des projets de loi

La position du Congrès n'inquiète pas Hydro-Québec outre mesure. La société d'État estime que l'exclusion de la grande hydraulique des énergies renouvelables aura un impact mineur sur ses exportations aux États-Unis.

" Il aurait été intéressant que la grande hydraulique soit reconnue, mais cela ne nous empêchera pas d'exporter ", dit la porte-parole Marie-Élaine Deveault, qui admet qu'une reconnaissance aurait " peut-être ouvert d'autres portes " sur le marché américain.

La société d'État voit même un élément positif dans le projet de loi adopté par la Chambre des représentants, qui reconnait l'hydroélectricité comme une énergie émettant peu de GES. L'hydroélectricité, tout comme l'énergie nucléaire, sera exclue du calcul de base du bilan énergétique des distributeurs d'électricité aux États-Unis.

Prenons le cas d'un distributeur américain qui vend 1 000 mégawattsheures (MWh) d'électricité par an, dont 100 MWh seraient de l'hydroélectricité.

Ainsi, si le seuil requis en énergie verte est, par exemple, de 20 %, le plancher s'appliquera à partir de 900 MWh, et non de 1 000 MWh. Ce qui réduit les nouveaux besoins en énergie renouvelable de ce distributeur à 180 MWh (20 % de 900) au lieu de 200 MWh (20 % de 1 000).

" C'est une reconnaissance indirecte du fait que l'hydroélectricité est une énergie renouvelable ", affirme Mme Deveault.

Cette opinion n'est pas partagée. Il est exagéré de parler d'une reconnaissance de l'hydroélectricité, même indirecte, dit un autre analyste, qui veut aussi taire son identité. " Le Congrès n'a pas voulu pénaliser les producteurs d'hydroélectricité ou d'énergie nucléaire, mais il n'a pas voulu non plus les récompenser. C'est simplement un compromis. "

francois.normand@transcontinental.ca

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