Ce que vous pouvez faire

Publié le 20/07/2013 à 00:00

Ce que vous pouvez faire

Publié le 20/07/2013 à 00:00

Plusieurs dizaines de personnes disparues et le coeur de la ville brûlé, explosé. C'était tellement gros que ça paraissait irréel, au point où Martin Tardif, vice-président de Bestar, a mis plus de 24 heures à songer à son usine de mobilier de bureau. Il cherchait d'abord famille et amis. Et puis, la production a repris le jeudi, à peine six jours après la tragédie du 6 juillet.

«Quand les gens sont rentrés au travail, la question qu'on se posait entre nous c'était : t'as perdu qui, toi ? Et ça n'existe pas, ici, quelqu'un qui n'a perdu personne», raconte M. Tardif, dont l'entreprise familiale emploie 120 personnes à Lac-Mégantic. Le président du syndicat fait partie des victimes, et un employé a perdu sa conjointe et ses deux enfants dans l'incendie.

«C'est le service d'aide psychosociale qui a pris le contrôle ce jour-là, ce n'est pas nous [la direction]», ajoute-t-il, fatigué, ébranlé, mais debout.

Chez le fabricant de portes Masonite, tout près, trois employés ont perdu la vie. La tristesse est partout.

«On pleure avec les employés, mais quelque part, ça fait du bien de partager nos émotions», dit le président de Panolite, Gilles Pansera, qui a demandé les services d'aide de la Croix-Rouge pour soutenir deux employés effondrés.

S'il a rappelé tout le monde au travail dans son usine de panneaux légers pour le design industriel, commercial et résidentiel, c'est parce qu'il croit aux vertus de la réinsertion, mais aussi parce que Lac-Mégantic a déjà trop perdu dans le drame.

«Les entreprises n'ont pas besoin en plus de perdre leurs clients. Si les gens pensent qu'il faut arrêter de commander ici, tout va tomber. Inondez-nous de commandes, on va s'en occuper», prie cet industriel qui supervise aussi deux scieries et une usine de tournage de bois dans la région.

Jusqu'ici, la Croix-Rouge a priorisé les dons en argent pour venir en aide à Lac-Mégantic. Ainsi, plusieurs particuliers et entreprises ont répondu à l'appel. CGI et Québecor y sont allées de contributions de 100 000 $ chacune, Manuvie et la Banque Nationale ont donné 50 000 $, Bell, 25 000 $ et Rogers, 15 000 $. TC Transcontinental (propriétaire de Les Affaires) a offert des espaces publicitaires à la Croix-Rouge d'une valeur de 50 000 $, des épiciers et des quincailliers recueillent les dons aux caisses enregistreuses ; un immense élan de générosité et de solidarité se construit jour après jour.

Les PME aussi se montrent généreuses. Touchés par la mort d'un entrepreneur-athlète de leur cohorte à l'École d'entrepreneurship de Beauce, deux collègues, Éric Pelletier, président de Louevan, et Karine Goyette, directrice des opérations de CAT Transport, sont à l'origine d'une chaîne de solidarité, avec Picard Mécanique de Laval, qui a permis de recueillir et de livrer des vêtements, des jouets, des meubles, des livres (la bibliothèque a brûlé) et de la vaisselle aux sinistrés. Des remorques sont aussi mises à la disposition des gens de l'endroit, aussi longtemps que nécessaire, pour entreposer des biens.

À Québec, le Golf de la Faune proposait un prix réduit de 33 % le lundi 15 juillet et remettait tous les revenus, pas seulement les profits, à la Croix-Rouge.

«C'est la moindre des choses. Et si je peux également donner l'exemple à d'autres PME d'embarquer, je serai content. On peut faire notre part», estime le propriétaire José de Freitas.

La difficile question de la relocalisation

L'aide de 60 millions de dollars du gouvernement québécois, d'une ampleur sans précédent, dit-on sur le terrain, est aussi un baume pour les Méganticois.

«Il y a de l'aide à la relocalisation, de l'aide pour le fonds de roulement, pour les pertes de revenu ; il y a quelque chose à tous les niveaux pour les entreprises, précise Michèle Tardif, directrice générale du Centre local de développement MRC du Granit. Mais évidemment, relocaliser est une décision difficile à prendre quand on ne sait pas si c'est pour un mois, trois mois, un an ou deux ans.»

Tout dépendra de l'ampleur de la contamination et du temps qu'il faudra pour assainir le sol. Rien n'est encore précisé, mais des locateurs qui avaient des locaux vacants voudraient signer des baux à long terme hors du centre-ville. Quatre-vingts travailleurs et entreprises cherchaient des locaux après la catastrophe.

«La revitalisation du centre-ville avait pris 10 ans et, si maintenant les commerces s'éparpillent et signent des baux à long terme, ce sera difficile de les ramener, dit Mme Tardif. Il faut sensibiliser les gens et, au besoin, la mairesse peut agir.»

Colette Roy-Laroche, figure rassurante, presque devenue la mère de Lac-Mégantic, accompagne sans relâche ses citoyens. Elle a aussi demandé aux Québécois de soutenir le tourisme, qui représente une part de l'économie locale. Tout n'est pas détruit et souillé autour du grand lac, loin de là.

Et on peut faire plus pour soutenir l'économie locale, alors que 350 personnes ont perdu temporairement un emploi au centre-ville.

«Ça fait des années qu'on achète en Chine sans remords, mais il y a des choses qui se font ici. C'est manufacturier, Lac-Mégantic», souligne Martin Tardif, de Bestar.

«Les dons à la Croix-Rouge, c'est très, très bien, mais achetez aussi des produits de Lac-Mégantic. C'est ça dont on a besoin, parce qu'alors on va embaucher du monde, relancer l'économie et rebâtir le centre-ville», renchérit Gilles Pansera, au terme de la «pire semaine de sa vie».

Citoyens, ébénistes, designers et autres entreprises peuvent agir en ce sens, car les produits de Lac-Mégantic peuvent être commandés directement dans certains cas ou achetés chez Costco, Bureau en gros et d'autres détaillants. On peut les repérer sur les sites Web des entreprises méganticoises.

Rebâtir

Dans les jours suivant la tragédie, les Méganticois se sentaient portés par le reste du Québec. En moins de 36 heures, tous les services d'aide étaient en place. Mais tout le monde redoute le moment où cette aide repartira, comme à la fin d'une veillée funéraire. «Notre rêve à tout le monde, c'est d'avoir de bonnes nouvelles. Que Dollarama, Jean Coutu, la Banque Nationale ou Korvette annoncent qu'ils rebâtissent, ça ferait du bien», dit Martin Tardif.

La Banque Nationale et Dollarama ont déjà envoyé les bonnes nouvelles. D'autres suivront sans doute. À titre personnel, l'éditeur du Groupe Les Affaires, Stéphane Lavallée, originaire de Lac-Mégantic, travaille avec les propriétaires du Musi-Café pour rouvrir rapidement l'établissement, lieu de rencontre de la communauté.

Mais peut-être que le rêve ultime, c'est d'accueillir de nouveaux résidents et entreprises, prochainement, à Lac-Mégantic. Ça ne comblera pas les grands trous dans le coeur laissés par la perte de 50 citoyens, mais ce serait revivre plutôt que de survivre.

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