Cet enjeu stratégique et financier enfoui sous les mers

Offert par Les Affaires


Édition du 21 Novembre 2015

Cet enjeu stratégique et financier enfoui sous les mers

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Édition du 21 Novembre 2015

Par Julien Abadie

Il y a 86 ans, nous vivions le premier krach de l'ère de l'information. Un krach d'origine sismique, contre lequel, malgré les années et les avancées technologiques, nous ne sommes aujourd'hui prémunis qu'en partie.

Le 21 novembre 1929, un séisme localisé à 400 km à l'est de Halifax secouait la côte et provoquait un tsunami qui allait ravager une partie de la péninsule de Terre Neuve. Bilan : 28 morts et 10 000 sans-abris.

Sous l'eau, une autre catastrophe se jouait en sourdine : 12 des câbles télégraphiques transatlantiques situés près de l'épicentre ne résistèrent pas. Ils cédèrent en 28 points.

En quelques secondes, la moitié du réseau océanique venait de s'écrouler. Une gigantesque opération de réparation, l'une des plus complexes de l'histoire maritime, sera alors organisée depuis Halifax : il faudra huit mois de travail acharné pour tout remettre en état. Découvrez toute l'histoire ici.

Et aujourd'hui?

Une catastrophe de cette ampleur pourrait-elle se reproduire aujourd'hui ? À l'évidence, non. De nos jours, ce sont presque 300 câbles bourrés de fibres optiques qui tapissent les océans du globe sur 550 000 milles. Ensemble, ils forment un réseau de routes redondantes que l'information peut emprunter en cas de rupture.



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Ce maillage est donc virtuellement indestructible. Et heureusement, a-t-on envie d'ajouter : ces tubes transportent 99 % de nos communications, propulsent plusieurs dizaines de téraoctets (To) de données chaque seconde, permettent l'échange de 10 billions de dollars américains chaque jour... Mais si le réseau dans son ensemble ne peut pas s'écrouler, des coupures peuvent isoler un pays pendant des jours.

En 2005, une rupture a par exemple touché des millions d'habitants d'Asie du Sud-Est pendant deux semaines. En 2008, une ancre a également bousillé trois câbles reliant l'Asie à l'Europe, coupant de facto 80 % des connexions indiennes. Depuis 10 ans, on recense une dizaine d'incidents de ce genre, pour certains naturels, pour d'autres accidentels... et pour quelques-uns criminels.

Le 25 octobre dernier, le New York Times rapportait ainsi des mouvements de navires russes à proximité des câbles connectant les États-Unis. De quoi rendre les autorités américaines nerveuses : des coupures dans les zones inaccessibles du globe sont désormais possibles. Il y a eu des précédents pendant la guerre froide.

Cibles potentielles

Maintenant que l'information apparaît à la fois comme une denrée et une arme, ces infrastructures sont clairement devenues des cibles potentielles. Donc leur contrôle, un enjeu stratégique.

En 2013, un institut australien réclamait ainsi une sécurisation accrue du réseau sous-marin du pays en insistant à raison sur sa «vulnérabilité». L'année dernière, le Brésil a annoncé son intention de déployer son propre câble pour échapper à l'espionnage de l'Agence nationale de sécurité des États-Unis (NSA). Même le grand architecte Google a récemment déployé un tube de 9 000 km, offrant au Japon la connexion la plus rapide de l'histoire du Pacifique (60 terabits par seconde).

Ces décisions prouvent bien que l'avenir de nos sociétés dématérialisées se joue paradoxalement dans la réalité. Au propre comme au figuré, nous sommes «connectés».



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