Big Data: mais à qui appartiennent toutes ces données?


Édition du 06 Septembre 2014

Big Data: mais à qui appartiennent toutes ces données?


Édition du 06 Septembre 2014

Photo: iStock

L'exploitation des données personnelles à des fins commerciales pose plusieurs problèmes, tout d'abord celui de leur appartenance. Depuis quelques années, l'information disponible sur Internet grâce à la numérisation connaît une croissance fulgurante : le volume de données disponibles en ligne devrait passer de 2,8 zetta-octets en 2012 à 40 zettaoctets en 2020, d'après une étude de la firme de conseil International Data Corporation (IDC) réalisée en partenariat avec EMC Gartner.

À ce rythme-là, le marché du Big Data devrait atteindre 23,8 milliards de dollars en 2016, d'après les chiffres d'IDC. Si plusieurs entreprises admettent qu'elles commencent à s'intéresser à la question, toutes ont décliné nos demandes d'entrevues... Car l'information est hautement stratégique !

«Le Big Data est intéressant pour les entreprises qui souhaitent extraire des informations qui leur permettront de cibler certains marchés ou d'analyser des tendances», souligne Louis-Pierre Gravelle, avocat, ingénieur et agent de brevets au Canada de Robic.

Il cite l'exemple de Google, qui a racheté au début de l'année le fabricant de thermostats contrôlables par Internet, Nest Lab. «Google s'est procuré cette société, non pas parce qu'elle voulait vendre des thermostats, mais parce que ces thermostats recueillent des données sur les habitudes des consommateurs. Ce type d'information peut devenir un avantage concurrentiel important, voire, un fort désavantage pour ses concurrents», souligne Louis-Pierre Gravelle.

Louis-Pierre Gravelle, avocat, ingénieur et agent de brevets au Canada de Robic

Des données stratégiques

Les applications du Big Data sont en effet multiples : dans le domaine de l'assurance par exemple, la collecte et le traitement de ces masses de données pourraient permettre aux compagnies d'assurance de limiter leur risque en mesurant plus précisément le profil de leur clientèle. Un autre exemple ? Le service d'information trafic Waze, qui calcule le chemin le plus court entre deux points en temps réel grâce à diverses sources d'informations sur Internet et au feed-back de ses utilisateurs.

«La valeur de ce type de réseau provient du nombre d'utilisateurs, ainsi que de la masse d'information disponible», souligne M. Gravelle. Même principe lorsque vous obtenez une carte de fidélisation d'une épicerie : «Grâce aux informations récoltées, le magasin peut savoir quel type de pâtes vous aimez, si vous achetez les produits d'une certaine marque, et connaître les habitudes de ses consommateurs afin d'élaborer des tendances et des plans d'affaires», rappelle Jonathan Auerbach, associé, avocat et agent de brevets chez Stikeman Elliott. D'autres entreprises comme Amazon n'hésitent d'ailleurs pas à utiliser ces données pour établir des algorithmes qui leur permettront de vous suggérer des produits similaires ou complémentaires pour votre panier. «Celui qui n'aurait pas les données nécessaires ne pourrait pas faire une prédiction aussi pointue», note M. Gravelle.

Une protection efficace ?

Pour les entreprises, un des premiers défis sera donc de protéger les outils d'analyse et les produits développés à partir du Big Data, afin de conserver leur place dans le marché et leur avantage concurrentiel. Pour ce faire, il leur faudra prouver que les logiciels, mais aussi les données colligées, peuvent relever du régime du droit d'auteur.

«Selon la loi, le droit d'auteur doit être l'exercice d'un talent ou d'un jugement. Il n'est donc pas évident qu'un assemblage de données brutes puisse être systématiquement protégé par le droit d'auteur, alors qu'on peut considérer que le logiciel peut l'être» estime Marcel Naud, avocat et agent de marques de Robic.

«À titre d'exemple, il avait été décidé que les Pages Jaunes ou les pages blanches ne pouvaient pas être protégées, à moins qu'elles aient fait preuve d'un minimum d'originalité dans leur organisation ou dans l'organisation de l'information», rappelle François Guay, associé, avocat et agent de marques de commerce chez Smart Biggar.

La législation en matière de protection de la vie privée tend d'ailleurs à considérer que les données brutes restent la propriété du consommateur... à moins que les entreprises ne prévoient des clauses spécifiques dans leurs Conditions générales d'utilisation. «Les cartes de fidélisation des épiceries sont gratuites, mais les consommateurs doivent toujours signer les conditions générales, où ils peuvent par exemple accepter que ces données soient revendues à des tiers», rappelle Jonathan Auerbach, de Stikeman Elliott.

53,4 % - Croissance annuelle du marché des solutions de stockage des données d'ici 2016, selon IDC.

6 x - Le marché des technologies et services liés aux mégadonnées connaîtra d'ici 2017 une croissance six fois supérieure à celui des TIC. (IDC)

90 % - du volume des mégadonnées est constitué d'images, de vidéos et de musique, selon Digital & Ethics.

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