Budget: les entreprises en auraient voulu plus

Publié le 27/03/2018 à 16:50

Budget: les entreprises en auraient voulu plus

Publié le 27/03/2018 à 16:50

Par Stéphane Rolland

[Photo : Pixabay]

BUDGET 2018. Avec les mesures annoncées dans le budget pour les entreprises, le gouvernement Couillard donne d’une main ce qu’il a pris de l’autre, déplorent les représentants des lobbys d’entreprises rencontrés au budget. Malgré les milliards alloués, la compétitivité du Québec demeure précaire, particulièrement à un moment où l’incertitude plane sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Des baisses d’impôt pour les PME

Québec va graduellement réduire la contribution fiscale des petites entreprises (PME) d’un montant représentant une économie annuelle de 614 M$. La baisse d’impôt se fera par le biais d’une diminution du taux d’imposition des petites entreprises dans les secteurs des services et de la construction et d’une diminution de la cotisation au Fonds des services de santé (FSS). L’argent auquel renonce le fisc permettra aux entreprises d’investir dans l’innovation et la création d’emplois, espère-t-on au gouvernement. 

Du côté des représentants des PME, on estime que cette annonce n’est pas tant une réduction d’impôt, mais une atténuation des impacts des politiques «coûteuses» pour les entrepreneurs annoncées dans les semaines précédant le budget (modernisation des normes du travail et augmentation du salaire minimum). «Ça permettra quand même de souffler un peu et de préserver une certaine compétitivité», commente Martine Hébert, porte-parole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

La FCEI affirme que les changements aux normes du travail et l’augmentation du salaire minimum représenteront un coût de 1 G$ pour les entreprises. En contre-partie, l’allègement annoncé est plutôt de 614 M$. Mme Hébert reconnaît que le chiffre de 1 G$ touche toutes les entreprises tandis que l’économie de 614 M$ concerne uniquement les PME. «On s’entend que les changements des normes du travail, ça touche principalement les PME, ajoute-t-elle. Ce n’est pas un enjeu pour Bombardier.»

Le changement le plus important (314 M$ annuellement) provient d’une réduction des cotisations des PME au Fonds des services de santé (FSS), qui se fera graduellement jusqu’à 2022. De plus, le seuil de masse salariale donnant droit au taux réduit au FSS passera également de 5M$ à 7 M$, sur la même période.

Pour Mme Hébert, la réduction de la contribution au FSS est une bonne nouvelle pour les entrepreneurs. Cette manière de taxer est moins équitable que les impôts sur les bénéfices. «C’est une forme de taxe régressive, précise-t-elle. C’est imposé, peu importe que vous fassiez un bénéfice ou non. »

La fiscalité des PME du secteur des services et de la construction va diminuer également. Ainsi, le taux d’imposition de ces 30 000 entreprises va passer graduellement de 8% à 4% sur les premiers 500 000$ de revenus imposables. Dès cette année, le taux passe de 8% à 7%. Il diminuera d’un point de pourcentage par année jusqu’à 4% en 2021. L’économie d’impôt annuel pourra atteindre jusqu’à 20 000$. Les secteurs manufacturier et primaire sont déjà imposés à un taux de 4%.

Besoin d’une assurance ALENA

Les baisses d’impôt pour les PME sont une bonne chose, mais le gouvernement devrait en faire plus pour aider les grandes entreprises à demeurer concurrentielles, juge Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ). «C’est bon ce qui est annoncé pour les PME, mais il y a les grandes entreprises aussi », a-t-elle souligné en entrevue.

Le gouvernement aurait dû en faire davantage pour contrer l’incertitude entourant l’ALENA, même si on ignore encore qu’elle sera l’issue des négociations, plaide-t-elle. Le Québec n’est pas assez compétitif à un moment où le contexte commercial est incertain, selon elle. «Si une entreprise hésite entre faire un projet au Québec ou aux États-Unis, elle va le faire aux États-Unis pour ne pas prendre de risques », prévient-elle.  

Du côté du gouvernement, on se fait rassurant sur l’issue des négociations. On affirme qu’il est trop tôt pour réagir avant de connaître l’issue des négociations.

Au Conseil du patronat (CPQ), on partage la même préoccupation qu’au MEQ. On affirme que les fardeaux financiers et administratifs des entreprises de grande taille augmentent à un moment où le contexte international devient plus incertain.

Série de mesures

Le budget contient tout de même une série de mesures particulières destinées à différents secteurs de l’économie. Des investissements additionnels seront accordés à la Stratégie numérique du Québec et au soutien à l’innovation, notamment.

L’une des mesures phares est la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023. Durant cette période, le gouvernement prévoit investir 810 M$. Les différentes mesures de cette stratégie visent à s’assurer que la main-d’œuvre disponible conviennent mieux aux besoins des entreprises grâce à des mesures touchant l’intégration au travail, la formation et l’immigration. Les détails doivent encore être annoncés, mais Mme Proulx invite le gouvernement à presser le pas, car la pénurie de main-d’œuvre représente un coût d’opportunité important pour les entreprises.

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