La fin du casse-tête chinois

Publié le 18/12/2014 à 16:52

La Chine est le premier exportateur mondial, la deuxième économie du monde en importance et le deuxième partenaire économique du Canada. Et ce, malgré le casse-tête de la devise chinoise. Car le renminbi (la monnaie du peuple) était difficilement convertible : une entreprise canadienne faisant affaire avec la Chine devait d’abord convertir ses renminbis en dollars américains ou en euros avant de reconvertir le tout en dollars canadiens.

Ce triangle fastidieux, qui coûte trois milliards de dollars par an aux importateurs canadiens, sera chose du passé en 2015 en raison de l’ouverture d’une chambre de compensation chinoise au Canada. Fini les maux de tête : les entreprises canadiennes pourront convertir leurs dollars directement en renminbis et même ouvrir un compte bancaire en renminbis dans une banque canadienne.

C’est la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC) qui exécutera le travail de conversion à partir d’un bureau situé à Toronto.

Les avantages seront nombreux pour les sociétés canadiennes. L’ouverture d’un Centre similaire à Londres en 2013 a entraîné une augmentation des transactions de 125 % en un an.

Avec un taux stable et prévisible, les partenaires chinois ou canadiens pourront désormais faire des soumissions ou des appels d’offres en disposant de prix dans les deux monnaies nationales. Selon un sondage de la HSBC, la moitié des entreprises chinoises pourraient offrir un rabais si elles pouvaient convertir directement les dollars canadiens en renminbis.

« Les entreprises canadiennes seront nettement mieux placées pour négocier avec les réseaux de fournisseurs », dit Charles Douville, premier vice-président, service aux grandes entreprises, Régions du Québec, Atlantique et Ottawa chez Banque HSBC Canada.

Il existe actuellement sept autres chambres de compensation de ce genre, à Londres, Paris, Frankfort, Doha, Singapour, Hong Kong et Séoul, qui font toutes le même travail de conversion et de compensation dans leurs monnaies respectives. La Chambre de compensation en renminbi du Canada sera la première sur le continent américain. Plusieurs multinationales américaines et latino-américaines déplaceront une partie de leur service de trésorerie au Canada pour profiter de ce service et des économies qui en découlent, dont celle de négocier les renminbis dans leur propre fuseau horaire.

La création de la chambre de compensation canadienne suit une politique du gouvernement chinois pour accroître la place du renminbi dans les transactions mondiales.

La Chine réalise 20 % de ses échanges en renminbi et cherche à hausser ce taux à 35 %. À cause des difficultés de conversion, seulement 5 % des échanges commerciaux avec le Canada se faisaient en renminbis. À la suite d’une série de politiques mises en place depuis 2009, le renminbi est passé de moins de 2 % des transactions mondiales en 2012 à 8,7 % à la fin de 2013, supplantant l’euro comme deuxième monnaie d’échange.

Deux autres protocoles signés par le Canada et la Chine visent à faciliter les investissements. Il s’agit de l’Accord sur la promotion et la protection réciproque des investissements (mieux connu sous l’acronyme anglais FIPA) et de la mise en vigueur d’un Permis d’investisseur institutionnel étranger admissible (RQFII pour l’acronyme anglais). Ces accords permettent la prise d’action dans des sociétés chinoises, et l’investissement de sociétés chinoises au Canada. Les grands investisseurs institutionnels canadiens pourront investir jusqu’à 9,2 milliards de dollars dans des entreprises chinoises.

« L’idée de tels accords est de réduire le niveau d’arbitraire dans les relations des investisseurs internationaux, dit David Watt, l’économiste en chef de la Banque HSBC Canada. C’est aussi important que d’offrir un taux de change stable et prévisible. »

La Chambre de commerce du Canada s’attend à une augmentation des exportations de 32 milliards de dollars sur dix ans. Selon HSBC, la création de la chambre de compensation est susceptible, à elle seule, de faire croître les exportations canadiennes vers la Chine de 11 %, et les importations, de 8 %, pendant les trois prochaines années.

Le gouvernement canadien souhaite corriger le déséquilibre actuel du commerce avec la Chine, qui représente seulement 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes par rapport à 53 milliards d’importations chinoises.

Le Canada n’est que le 21e partenaire économique de la Chine alors que, selon la taille de son économie, il devrait figurer au 11e rang environ. Il est donc urgent que les entreprises canadiennes prennent leur place, en particulier les entreprises québécoises. Le Québec, qui représente environ 20 % de l’économie canadienne, ne compte que pour 14 % du commerce avec la Chine.

Cet enjeu a été bien compris puisqu’à l’automne 2014, les gouvernements fédéral et québécois ont organisé chacun une mission en Chine. Et plusieurs PME québécoises, comme le facteur d’orgues Casavant, la troupe Cavalia et le cirque Les 7 doigts de la main, négocient déjà des ententes.

« On sait déjà que la transformation économique de la Chine créera une très forte demande pour encore quelques décennies. Avec la Colombie-Britannique et la Saskatchewan, le Québec figure parmi les provinces les mieux placées pour en profiter », conclut Charles Douville.

 

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