L'armée canadienne part en guerre contre les GES


Édition du 12 Mai 2018

L'armée canadienne part en guerre contre les GES


Édition du 12 Mai 2018

Par François Normand

[Photo : Getty Images]

Le ministère de la Défense nationale s'attaque à l'inefficacité énergétique et à sa consommation de carburants fossiles, qu'elle veut réduire drastiquement. Les occasions d'affaires seront nombreuses pour les entreprises qui pourront l'y aider, car le défi est relevé : l'armée émet 61 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du gouvernement fédéral.

La Stratégie énergétique et environnementale de la Défense a quatre objectifs : diminuer le gaspillage d'énergie, augmenter la consommation d'énergie propre, réduire l'empreinte environnementale de l'armée, et mieux gérer le rendement énergétique et environnemental.

Stéphane Girardin, conseiller principal en environnement auprès de la Défense nationale et d'autres ministères fédéraux, a présenté les grandes lignes de cette stratégie lors d'un événement organisé récemment à Québec par l'Association québécoise des producteurs d'énergie renouvelable (AQPER).

Il n'a pas été possible d'organiser, avec la Défense nationale, un entretien avec M. Girardin afin d'avoir plus de détails. Nous avons toutefois obtenu sa présentation.

Réduction des GES de 40 % d'ici 2030

La Défense nationale veut réduire de 40 % les émissions de GES d'ici 2030 par rapport au taux de 2005, en excluant les flottes militaires. Pour ce faire, le ministère prévoit investir 225 millions de dollars en infrastructures pour réduire son empreinte carbonique; remplacer 20 % de sa flotte de véhicules non militaires par des véhicules hybrides et électriques d'ici 2020 ; créer de nouveaux projets nécessaires pour respecter la norme « argent » du programme LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) ; conclure des contrats de rendement énergétique; et installer des bornes de recharge électrique.

Il aura besoin de nombreux fournisseurs, notamment de nouveaux carburants et de nouvelles sources d'énergie. La situation fait déjà saliver les associations représentant les « industries vertes ».

Le PDG de l'AQPER, Jean-François Samray, se dit « surpris » par l'ampleur de l'empreinte carbonique de la Défense nationale. « Si ses émissions représentent 61 % de celles du gouvernement fédéral, cela signifie qu'elle brûle beaucoup d'énergie. C'est donc intéressant pour nous », affirme celui qui représente des producteurs d'énergie renouvelable tels que Boralex, Innergex ou Énergie Brookfield.

L'armée a du reste déjà réduit ses émissions de GES. En 2017, la Défense nationale estimait avoir réduit de 12 % ses rejets par rapport à 2005. À terme, le ministère veut que 90 % de l'électricité consommée sur ses bases provienne de sources renouvelables.

Banc d'essai technologique

Pour sa part, Denis Leclerc, président et chef de la direction d'Écotech Québec, la grappe des technologies propres, trouve particulièrement intéressante la vitrine technologique que la Défense nationale offre pour les solutions qui n'ont pas encore été commercialisées. « La stratégie du Ministère offrira un banc d'essai pour les nouvelles technologies. C'est un aspect important pour Écotech », dit-il.

En ce qui concerne les bâtiments, la Défense nationale possède par exemple plusieurs bases militaires dans des régions éloignées qui consomment du diesel. Il existe plusieurs occasions d'affaires pour les entreprises qui peuvent produire de l'énergie éolienne ou solaire.

Le remplacement de 20 % de la flotte de véhicules non militaires par des véhicules consommant des carburants verts multipliera également les occasions, affirme M. Samray.

Selon M. Leclerc, le banc d'essai offert par la Défense nationale pourrait permettre de développer des carburants synthétiques (qui ne sont pas des biocarburants) pour les véhicules militaires de l'armée canadienne. « L'avantage de ces carburants, c'est qu'ils n'encrassent pas le moteur », explique-t-il.

L'armée canadienne n'est pas la seule armée à s'attaquer aux GES. La marine américaine a même commencé, depuis janvier 2016, à tester des biocarburants sur certains navires, dont un porte-avions, rapporte le quotidien britannique The Guardian.

En 2020, la U.S. Navy souhaite consommer 50 % de carburants verts. Au début de 2016, cette proportion était de 10 % de biocarburants et de 90 % de pétrole.

La ­Défense nationale en bref

- Des actifs de 26 G$
- 2,2 millions d’hectares de terrains
- 20 000 immeubles
- Plus de 200 emplacements dans tout le ­Canada
- 15 600 ouvrages, dont des jetées, des pistes, des aires d’entraînement et des routes
- 7 % des terres fédérales
- 38 % des bâtiments fédéraux
- 61 % des émissions de ­GES fédérales

Source : ­Défense nationale

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