Un cocktail explosif pour la Caisse de dépôt

Publié le 29/05/2010 à 00:00, mis à jour le 07/04/2011 à 18:02

Un cocktail explosif pour la Caisse de dépôt

Publié le 29/05/2010 à 00:00, mis à jour le 07/04/2011 à 18:02

Par Hugo Joncas

La Caisse de dépôt et placement du Québec a adhéré en 2006 aux principes d'investissement responsable de l'Organisation des Nations Unies. Cet engagement n'implique aucun retrait des secteurs d'activité les plus controversés. La valeur des investissements de la Caisse dans les industries du tabac et de l'armement a même augmenté en 2009. Dans l'absolu, ces placements occupent une infime partie du portefeuille de la société d'État. Cette situation la place tout de même au coeur d'un important dilemme : l'éthique doit-elle primer sur le rendement ?

En 2007, selon le Landmine Monitor Report, les mines antipersonnel ont tué ou blessé 5 426 personnes dans d'anciennes zones de conflit, après la fin de combats. Un grand nombre de cas passent cependant inaperçus, et le chiffre est sans doute beaucoup plus élevé.

Qu'à cela ne tienne. En 2009, la Caisse de dépôt et placement du Québec a acheté de nouvelles actions de Singapore Technologies Engineering (STE), qui fabrique des mines. Le nombre d'actions qu'elle détient dans l'entreprise est passé de 1,9 à 2,7 millions, portant la valeur de son investissement à 6,6 M$ au 31 décembre 2009.

La Caisse a également fait passer de 13 300 à 155 800 le nombre d'actions qu'elle détient dans Hanwha Corporation, pour une valeur de 6,7 M$. Cette entreprise fabrique également des mines antipersonnel, selon Mines Action Canada.

À la Caisse, le secteur militaire était à la mode en 2009. Une dizaine d'entreprises dont plus de la moitié du chiffre d'affaires vient du secteur de l'armement ont fait leur entrée dans son portefeuille. La société d'État détient maintenant pour environ 100 M$ d'actions de sociétés actives dans ce secteur.

La Caisse est actionnaire d'au moins neuf sociétés qui ont des activités dans la production d'armes nucléaires, selon le Fonds de pension du gouvernement norvégien. Ce modèle en matière d'investissement éthique les a exclues de son univers de placements.

Les cigarettiers ont la cote

Tandis que Québec poursuit les fabricants de tabac pour récupérer les coûts que leurs produits occasionnent en soins de santé, la Caisse a fait passer de 287 000 à 2,3 millions d'actions son investissement dans le cigarettier Philip Morris. Au 31 décembre 2009, la valeur totale de ses actions dans le secteur du tabac était d'au moins 236 M$.

Et pendant que le premier ministre Jean Charest vante le bilan du Québec en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la Caisse augmente ses investissements dans les sables bitumineux et le charbon.

Maxime Chagnon, porte-parole de la société d'État, n'a pas voulu expliquer pourquoi le poids de ces secteurs dans le portefeuille de la Caisse augmente.

Au 31 décembre 2009, la Caisse détenait aussi pour 446 M$ en actions de Barrick Gold. Ce producteur aurifère canadien est exclu de l'univers d'investissement du Fonds de pension du gouvernement norvégien. Il reproche à Barrick de rejeter des résidus contenant des métaux lourds directement dans une rivière, à sa mine de Porgera, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et d'exposer directement la population locale à ces déchets toxiques.

Même s'ils se comptent par centaines de millions de dollars, ces investissements à l'éthique litigieuse ne représentent qu'une fraction du portefeuille de valeurs mobilières de la Caisse, qui s'établissait à 35,4 milliards de dollars (G$) en décembre dernier.

Pas de filtres d'exclusion

" Nous ne défendons pas les activités de ces entreprises ", répond Maxime Chagnon, de la Caisse. La question de l'éthique des investissements est " très importante ", insiste-t-il.

Le porte-parole précise que la Caisse a déjà revendu des actions d'entreprises dont elle ne partageait pas les valeurs, sans toutefois citer d'exemple.

Même s'il s'est doté d'une politique d'investissement responsable, le gestionnaire de fonds des Québécois n'a pas de politique d'exclusion de titres sur le plan éthique. " La Caisse a choisi d'agir par l'entremise de sa politique de droits de vote et de dialogue avec les dirigeants ", dit M. Chagnon. Il souligne qu'en 2009, elle a voté 39 434 propositions dans 4 301 assemblées d'actionnaires pour obtenir des changements dans les pratiques d'entreprises dont elle est actionnaire.

Ce n'est cependant pas suffisant pour Gilles Dussault, porte-parole du Secrétariat intersyndical des services publics, qui représente 262 000 employés du gouvernement.

Il ignorait que la Caisse détient des actions d'entreprises fabriquant des mines antipersonnel, des bombes à sous-munitions, des missiles nucléaires et des cigarettes. " Vous m'apprenez cela, et je suis dégoûté, dit-il. Ces informations nous forcent à mettre de la substance autour du concept d'investissement responsable. "

Le représentant des cotisants du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics, le plus important déposant de la Caisse, ignorait lui aussi la situation. " À la prochaine réunion que nous aurons avec eux, nous essaierons de savoir ce qui se passe ", dit Jean-Jacques Pelletier.

La Commission de la construction du Québec, un autre déposant de la Caisse, cotise au Régime supplémentaire des rentes pour les employés de son secteur. L'organisme réféchit aussi à la position qu'il doit adopter sur le plan de l'investissement responsable.

René Villemure, président de l'Institut québécois d'éthique appliquée, pense que des changements s'imposent. " Dans le cas des actions dans le tabac et l'armement, c'est aberrant, dit-il. La Caisse devrait se doter d'une politique d'investissement qui reflète les valeurs des citoyens du Québec. "

Plus transparente que ses pairs

Cela dit, la Caisse est loin d'être un mouton noir en ce qui a trait à la divulgation de ses investissements. En Ontario, le Régime de retraite des enseignants (Teachers') et le Régime de retraite des employés municipaux (OMERS) refusent de les rendre publics. Ni les fabricants d'armes prohibées, ni les cigarettiers ne sont exclus de leurs portefeuilles.

Les deux plus importantes caisses de retraite d'Amérique du Nord, la California Public Employees' Retirement System et la California State Teachers' Retirement System, investissent elles aussi dans l'armement et le tabac. Mais comme la Caisse, elles le font en toute transparence, en dévoilant la totalité de leurs investissements.

Parmi les grands régimes de retraite canadiens, seul l'Office d'investissement du Régime de pensions du Canada en fait autant. Ce gestionnaire de fonds a d'ailleurs exclu les fabricants de mines antipersonnel de son portefeuille.


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