Éthique ou rendement, le grand dilemme

Publié le 29/05/2010 à 00:00

Éthique ou rendement, le grand dilemme

Publié le 29/05/2010 à 00:00

Les caisses de retraite ont l'obligation légale d'obtenir les meilleurs rendements pour leurs déposants. Elles sont donc confrontées à un important dilemme : exclure les pétrolières et les minières de leurs portefeuilles, comme le font les investisseurs éthiques, ou conserver ces placements qui procurent souvent de bons rendements.

Le Fonds de pension du gouvernement norvégien a fait parler de lui quand il a exclu le producteur aurifère Barrick Gold de son portefeuille en novembre 2008. Il lui reproche les " graves dommages environnementaux " causés par ses activités. Fort de ses quelque 405 milliards de dollars canadiens d'actifs, ce fonds est un poids lourd dans l'échiquier financier mondial.

En se débarrassant du titre de Barrick, il " laisse de l'argent sur la table ", dit Robert Pouliot, professeur en finance à l'Université du Québec à Montréal et spécialiste du risque fiduciaire. " Les investisseurs éthiques excluent parfois des entreprises qui produisent d'importants rendements à court terme ", dit-il.

Le Fonds norvégien n'a pas fait une croix sur les ressources naturelles. Par exemple, il possède des actions des pétrolières exploitant les sables bitumineux de l'Ouest canadien. " Il n'y a que 48 sociétés qui soient exclues, dans un portefeuille de 8 400 titres ", dit Trude Myklebust, con- seillère spéciale au service de gestion d'actifs, au ministère des Finances norvégien.

Le fonds exclut cependant l'industrie du tabac, ainsi que les entreprises qui participent à la fabrication d'armement nucléaire ou prohibé par les traités. Le Conseil éthique du gouvernement peut étudier le dossier d'entreprises au cas par cas, s'il les soupçonne de violation des droits de l'homme, de pollution grave ou de corruption.

C'est ainsi que le fonds norvégien a boycotté Walmart, Rio Tinto et Barrick Gold. Les conséquences financières de ces décisions sont négligeables, assure Pål Haugerud, directeur général adjoint du département de gestion d'actifs. " En excluant 48 entreprises sur 8 400, il aurait fallu que notre portefeuille soit très concentré pour que cela nuise à nos rendements ", dit-il. En 2009, le Fonds a réalisé un rendement de 23,5 %.

Gestion indicielle : un casse-tête éthique

Les fabricants de tabac représentent aussi une faible proportion du portefeuille de la Caisse de dépôt et placement du Québec : 235,6 millions de dollars sur 35,4 milliards en valeurs mobilières à la fin de 2009. Quant aux entreprises fabriquant des armes prohibées ou nucléaires, leur poids était encore plus faible.

La Caisse refuse de dire pourquoi elle conserve ces titres. Olivier Gamache, président du Groupe d'investissement responsable, croit que ces investissements litigieux sont détenus par l'entremise de fonds indiciels.

Après les rendements désastreux de 2008, la Caisse a décidé d'investir une plus grande partie de l'argent qu'elle gère dans des fonds indiciels, qui reproduisent notamment le S&P 500 de la Bourse de New York. Cet indice comprend toutes les plus importantes entreprises de tabac et d'armement des États-Unis. " Quand on investit dans ces produits, on dépend des entreprises présentes dans les indices ", dit M. Gamache.

Les caisses de retraite ne sont pas condamnées à investir dans ces sociétés pour faire de la gestion indicielle, assure Michael Jantzi. Son entreprise, Jantzi Sustainalytics, conçoit les indices éthiques du même nom. " Nous n'incluons que les entreprises affichant les meilleurs bilans environnementaux et sociaux de leur secteur, dit-il. Le tabac, les armes prohibées et le nucléaire, civil ou militaire, sont exclus. "

Cette firme utilise des modèles sophistiqués pour que l'ensemble garde les mêmes caractéristiques que l'indice de départ, dit M. Jantzi. Ces produits ne sont d'ailleurs pas étrangers à la Caisse, assure-t-il. " Ils sont clients : nous leur fournissons des études sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance. "

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