Michel Nadeau, le parrain de la gouvernance d'entreprise

Publié le 19/10/2021 à 20:52

Michel Nadeau, le parrain de la gouvernance d'entreprise

Publié le 19/10/2021 à 20:52

Par Suzanne Dansereau

Michel Nadeau (Photo: archives Les Affaires)

Un texte paru le samedi 15 octobre 2005

 

On l’imagine froid et distant, cet ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui a fait enrager bien des bonzes de Bay Street qui le surnommaient « The Godfather ». 

En réalité, Michel Nadeau, nommé directeur général du nouvel Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques en septembre dernier, est plutôt charmant et boute-en-train, toujours prêt à raconter des anecdotes. 

Comme la fois où, après avoir accordé un prêt d’un milliard de dollars à Michel Gaucher pour l’achat de Steinberg, ils sont allés, lui, M. Gaucher et Jean Campeau (président de la Caisse à l’époque), manger un smoked meat chez Ben’s à 2 heures du matin. « Quand le serveur est arrivé et a demandé à M. Gaucher s’il voulait trois factures ou une, il a répondu : Trois ! »

 

Trois règles de base 

Attablé dans un restaurant sans chichi, M. Nadeau relate l’époque où, étudiant au M.B.A. à l’Université Laval, il s’intéressait au socialisme et se battait pour les droits des locataires. C’était dans les années 1970.

« La vie est mystérieuse. Il ne faut pas la prendre trop au sérieux, comme vous le verrez dans l’Audition », dit-il, évoquant le nouveau film québécois de l’heure, pour lequel il a trouvé des anges financiers.

Cinéphile, amateur d’art et d’architecture — il a aidé à la restauration du Cinéma Impérial avec Bernard Lamarre -, artiste dans l’âme et adepte du gym quatre soirs semaine, Michel Nadeau a beau ne pas prendre la vie trop au sérieux, il dit quand même obéir à deux règles de base : l’organisation et la discipline. « Sans cela, vous n’allez nulle part. »

Plus tard dans notre conversation, il en ajoutera une troisième : le respect.

Cette règle-là échappe parfois aux assoiffés de pouvoir, d’argent ou de notoriété, comme l’ancien magnat de la presse Conrad Black et Vincent Lacroix, le président de Norbourg impliqué dans une présumée fraude, que M. Nadeau a côtoyé quand il était à la Caisse. « Quand vous n’avez pas d’intégrité morale et de respect et qu’il ne suffit que d’un clic de souris pour déplacer des millions de dollars, la tentation est forte », dit-il.

 

Une façon pour le Québec de se distinguer

C’est pour cela qu’il faut des mécanismes de contrôle. Et c’est ici que la gouvernance intervient.

Avec la collaboration d’Yvan Allaire (administrateur et professeur à HEC Montréal) et la contribution financière de la Fondation Jarislowsky, Michel Nadeau aura la mission d’éduquer les dirigeants de PME québécoises et les administrations publiques aux meilleures pratiques en la matière. Du côté du secteur public, il pense notamment aux commissions scolaires, hôpitaux, organismes sans but lucratif, qui n’ont pas les moyens de payer 20 000 $ pour former leurs administrateurs dans les universités ontariennes.

Après avoir passé 10 ans au Devoir, où il a fait figure de pionnier du reportage financier — qui n’existait presque pas au Québec à cette époque, sauf aux Affaires —, puis 20 ans à la Caisse, où il a contribué à bâtir une industrie francophone de gestion financière, Michel Nadeau entreprend une troisième carrière : parrain de la gouvernance au Québec.

« Après s’être affirmés économiquement sur la base de nos ressources naturelles et nos bas coûts de main-d’œuvre, nous pourrons nous distinguer par notre créativité et notre bonne gouvernance », dit-il.

En 2003, Michel Nadeau n’était plus là lorsque la vérificatrice générale a dénoncé la mauvaise gouvernance au sein de la Caisse de dépôt dans deux dossiers : celui du nouveau siège social (le conseil d’administration n’avait pas été informé du suivi du dossier) et celui de Montréal Mode (l’indépendance du c.a. n’avait pas été assurée, avec le résultat qu’il n’a pu empêcher les abus et dérives de la direction). Ce sont des dossiers dont M. Nadeau n’avait pas la responsabilité.

Mais, tout en refusant d’épiloguer davantage, il dira avoir retenu deux leçons : « Résistez à la tentation d’aller trop vite, tenez votre c.a. au courant. Et donnez-lui les moyens de faire le contrepoids. »

 

La vie selon…

Le plaisir, c’est : apprendre et partager avec quelqu’un.

Philosophie de gestion : agir là où ça compte le plus.

Un violon d’Ingres : il suit des cours de chant.

Sa plus grande fierté : avoir forcé Loblaw, acquéreur de Provigo, à s’approvisionner localement.

Ce qu’il pense de l’achat de Vidéotron par Quebecor : « Oui, on l’a payée cher, mais si on ne l’avait pas fait, c’est Rogers qui l’aurait eue et aujourd’hui, Quebecor Media serait une fiducie de revenu. La convergence, j’y croyais et j’y crois encore. »

Sa plus grande valeur : « La meilleure façon de rendre un enfant heureux, c’est de donner un job à son père. »

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